Les mineurs de Glencore Pérou réclament de meilleures conditions de travail
Des membres de la FNTMMSP, qui est affiliée à IndustriALL Global Union, ont organisé une grève et une manifestation afin d'inciter l'entreprise, que contrôle Glencore, à se conformer aux derniers décrets du gouvernement.
Le décret DS-001-2002-TR dispose que les entreprises ne peuvent pas externaliser leurs activités spécialisées, c’est-à-dire celles liées à leur activité de base. Par ailleurs, le décret DS-014-2022-TR amende le règlement fondé sur la Loi sur les relations de travail collectives, à la suite de changements apportés au droit de syndiquer, aux conflits collectifs, à l'enregistrement des organisations syndicales, à la négociation collective et d'autres changements bénéficiant aux travailleurs.
Le 15 août, les travailleurs ont rencontré des représentants du ministère de la Promotion de l'emploi et du travail et ont aussi demandé une entrevue au président Pedro Castillo Terrones pour lui faire part de leurs doléances.
Les mineurs affirment que Los Quenuales n'écoute pas leurs revendications et va jusqu'à les menacer d'une "suspension du travail parfaite" (un mécanisme qui permet à l'employeur de suspendre le versement du salaire mensuel des salariés sans rompre la relation d'emploi) et de licenciements collectifs, alors que les travailleurs ne font que demander que les normes des derniers décrets soient respectées.
"Nous, la FNTMMSP, avertissons le gouvernement que nous ne laisserons pas les compagnies minières piétiner nos droits. Nous disons NON aux suspensions parfaites et aux licenciements collectives en représailles pour des appels au respect de la loi. (…) Nous espérons que vous recevrez une délégation de mineurs sans tarder afin de remédier aux problèmes qui ont toujours été négligés,"
a déclaré la fédération dans un communiqué.
Le syndicat réclamait de meilleures conditions de travail, comme par exemple une amélioration de la qualité des aliments fournis et le respect des normes de santé et sécurité professionnelles dans les campements miniers.
Le secrétaire régional d'IndustriALL, Marino Vani, a déclaré :
"Nous espérons que la compagnie cessera ses menaces et entamera des négociations de bonne foi, en avançant des propositions concrètes en réponse aux revendications légitimes des travailleurs.
"Nous appelons l'État et le gouvernement à veiller à ce que le dialogue prévale et à ce que soit conclu un accord qui garantit le respect de la loi, de meilleures conditions de travail et une solution au conflit. Les travailleurs et la fédération des mineurs ont notre soutien total."
Syndicats et employeurs exhortent les marques internationales à soutenir l'industrie de l'habillement au Sri Lanka
La crise économique continue de frapper le Sri Lanka alors même qu'on été nommés un nouveau président, un premier ministre et un cabinet par intérim. Des réserves de devises étrangères au plus bas ont causé une montée en flèche de l'inflation, qui a bondi de près de 60 pour cent au seul mois de juillet. L'augmentation du coût de la vie a aggravé la situation de la population active.
Dans une lettre commune, les affiliés sri-lankais d'IndustriALL, le Free Trade Zones and General Services Employees Union (FTZGSEU), le National Union of Metal and Migrant Workers in Sri Lanka (NUMMS), le Sri Lanka Nidahas Sewaka Sangamaya (SLNSS) et le Ceylon Industrial Workers Union (United Federation of Labour) et l'organisation faîtière des organisations de l'industrie du vêtement au Sri Lanka, la Joint Apparel Association Forum (JAAF), appellent les grandes enseignes mondiales du vêtement à continuer de passer des commandes auprès des ateliers du Sri Lanka afin de maintenir l'économie à flot.
La confection est une source importante de devises étrangères pour le pays. Les affiliés sri-lankais et la JAAF craignent que, si ces marques arrêtent de commander ou commandent moins par crainte de la crise économique, l'économie en souffre encore davantage.
Apoorva Kaiwar, la secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Asie du Sud, a déclaré :
"Il est important que les marques mondiales accordent leur soutien à l'industrie du vêtement du Sri Lanka en ces temps difficiles. Elles doivent faire en sorte que les travailleurs de leurs chaînes d'approvisionnement ne perdent pas leurs emplois à cause d'annulations de commandes."
Les affiliés d'IndustriALL et l'organisation des employeurs ont assuré ces marques de leur coopération pour répondre aux commandes qui sont passées auprès de fabricants au Sri Lanka. Ils ont aussi témoigné de leur détermination à assurer de bonnes relations sociales dans l'industrie en évoquant le Mémorandum d'accord qu'ont récemment signé les employeurs et trois affiliés d'IndustriALL s'agissant de la liberté d'association et d'un mécanisme paritaire de règlement des conflits.
En réponse à cette lettre commune, le géant suédois de la mode H&M s'est dit décidé à maintenir ses liens avec ses fournisseurs au Sri Lanka. Dans un autre courrier, l' American Apparel and Footwear Association (AAFA) a donné les mêmes assurances.
Les syndicats combattent une inflation galopante au moyen de cuisines communautaires
Depuis le début de l'année, le Sri Lanka connaît une crise économique et politique sans précédent. Des réserves de devises étrangères au plus bas ont causé une montée en flèche de l'inflation ainsi que de graves pénuries de produits de première nécessité, tels que denrées alimentaires, carburant et médicaments.
L'inflation a bondi de plus de 60 pour cent en juillet, ce qui est insupportable pour le quotidien. Un travailleur de l'habillement qui, auparavant, avait du mal à se payer un bon repas par jour avec un salaire mensuel moyen de 26.000 roupies (72 $) est maintenant bien plus mal loti.
Les syndicats demandent que les ménages dont le revenu est inférieur à 75.000 roupies (208 $) puissent acheter du combustible, du kérosène, de pain, du blé, du riz, etc. aux prix de janvier 2020.
Les affiliés sri-lankais d'IndustriALL, le Syndicat des salariés des zones franches et des services généraux (FTZGSEU), le Syndicat national des travailleurs de la métallurgie et migrants du Sri Lanka (NUMMS) et le Syndicat des travailleurs de l'industrie de Ceylan (United Federation of Labour) ont organisé des programmes de cuisines communautaires dans les zones franches d'exportation (ZFE).
Les travailleurs et travailleuses vivant dans les pensions de la ZFE de Katunayake mettent en commun leurs ressources avec le soutien financier des syndicats pour cuisiner ensemble des repas pendant les week-ends, dans les pensions ou les bureaux des syndicats. La plupart sont des femmes venues de régions éloignées qui sont ou étaient employées dans des ateliers de confection de la ZFE.
"Au Sri Lanka, les travailleurs opposent une résistance farouche devant cette crise sans précédent dans leur pays. Nous exhortons le gouvernement à remédier immédiatement à ces problèmes en prenant en compte les revendications légitimes des organisations syndicales,"
a déclaré Anton Marcus, le secrétaire général du FTZGSEU.
En plus de cette initiative collective, le FTZGSEU profite de l'occasion pour discuter des questions de droits des travailleurs et renforcer la solidarité entre les travailleurs.
Swasthika Arulingam, le secrétaire général adjoint du Syndicat des travailleurs de l'industrie de Ceylan (United Federation of Labour), a déclaré :
"Les syndicats doivent se substituer au gouvernement pour assumer les responsabilités dans lesquelles il a failli. Nous nous efforçons de remédier à la pénurie de combustible avec ces cuisines communautaires. Il reste encore beaucoup à faire."
Comment établir un tribunal international du travail ?
SPECIAL REPORT
From Global Worker No 1 June 2022
Theme: Global labour dispute resolution mechanism
Text: Walton Pantland
Un rôle pour l'OIT
Ce qui se rapproche le plus d'un tribunal international du travail est la Commission de l'application des normes (CAN) de l'Organisation internationale du travail (OIT), qui examine les rapports sur les violations des droits des travailleurs pendant la Conférence internationale du travail, chaque été. Mais la CAN n'examine que les plaintes déposées contre les gouvernements, et non contre les entreprises, et n'a que peu de pouvoir de sanction.
Il est techniquement possible pour l'OIT de gérer l'arbitrage mondial du travail par le biais d'un accord international, comme l'accord de la CCNUCC sur les émissions (l'accord de Paris) ou la Déclaration universelle des droits de l'homme. Toutefois, cela dépend de la volonté politique des États membres, qui fait actuellement défaut.
Le bâtiment du BIT à Genève. Photo : Marcel Crozet/OIT
L'OIT
L'OIT a été fondée en 1919 pour créer un compromis institutionnalisé entre le capital et le travail, géré par des structures tripartites comprenant les États, et supervisé par des normes fixées par un organisme international.
L'impulsion pour la création de l'OIT, la plus ancienne organisation internationale du système des Nations unies, était une réponse à la Première Guerre mondiale et à la peur de la révolution. Après que la guerre a déchiré la structure de l'ancien monde, des vagues révolutionnaires se sont propagées en Russie, en Allemagne et ailleurs. Les gouvernements du monde entier ont compris que sans justice sociale, il n'y aurait pas de paix, et ont entrepris de créer un organisme mondial chargé de régir le monde du travail par le dialogue social.
À mesure que la menace de révolution s'est estompée et que le réalisme capitaliste a pris le dessus, on a assisté à un recul des valeurs de l'OIT. Les États se sont concertés pour saper le droit de grève, et les conventions de l'OIT ne sont souvent pas respectées. La résurgence mondiale des régimes autoritaires se traduit par des violations croissantes des droits des travailleurs dans le monde entier. Même dans les démocraties avancées, le droit du travail a été assoupli ou contourné avec le développement du travail sur plateforme ; les droits des travailleurs ont fait un grand pas en arrière.
Malgré le déclin de l'influence et du statut de l'OIT, la nécessité de gérer le capital et de prévenir ses pires excès demeure, et l'idée d'un accord mondial entre le capital et le travail s'est réaffirmée d'autres manières. En l'absence d'un système international solide soutenu par un dialogue social à niveau mondial, un ensemble de mesures disparates a vu le jour pour obliger les entreprises à rendre des comptes.
Législation en matière de diligence raisonnable
De nombreux consommateurs sont consternés d'apprendre que les produits qu'ils achètent sont fabriqués par des travailleurs exploités et ont revendiqué des mesures de la part des entreprises et des gouvernements ; il en résulte un corpus législatif croissant pour régir les chaînes d'approvisionnement mondiales.
La plus avancée d'entre elles est la législation allemande sur les chaînes d'approvisionnement, la Lieferkettengesetz. À partir du 1er janvier 2023, les travailleurs et leurs défenseurs pourront poursuivre les entreprises allemandes devant les tribunaux allemands en cas de violation des droits environnementaux et des droits de l'homme, y compris des droits des travailleurs.
Une législation similaire, moins ambitieuse mais visant le même objectif, existe également dans d'autres pays et la Commission européenne a proposé une Directive sur la diligence raisonnable. Si celle-ci est adoptée par le Parlement européen, elle sera transposée dans la législation nationale des États membres.
Le Mécanisme international de conciliation et d'arbitrage du travail
Le plan d'action d'IndustriALL, adopté au Congrès en 2021, appelle au développement d'un Mécanisme international de conciliation et d'arbitrage du travail (MICAT) pour faire appliquer les accords contraignants entre les fédérations syndicales internationales et les multinationales.
En 2016, IndustriALL et UNI Global ont déposé un dossier d'arbitrage auprès de la Cour permanente d'arbitrage (CPA) contre deux enseignes de confection pour violation de l'Accord du Bangladesh. Basée à La Haye, la CPA est un service d'arbitrage international qui peut résoudre les différends contractuels par l'arbitrage, la conciliation et la médiation. Dans le cas du Bangladesh, c'est la première fois qu'elle a été utilisée pour résoudre un conflit entre des fédérations syndicales internationales et des multinationales. La première enseigne a conclu un accord en décembre 2017 et la seconde en janvier 2018. En 2018, la CPA a clos l'affaire car les enseignes ont respecté toutes les conditions des règlements, notamment en versant plus de 2,3 millions de dollars pour remédier aux conditions dangereuses dans les usines de confection au Bangladesh. L'Accord a distribué l'argent aux usines éligibles.
Si cette victoire est importante, le processus qui y a mené a été coûteux, long et complexe, ce qui montre que nous avons besoin d'un meilleur moyen de résoudre les conflits du travail internationaux. Dans le cadre de ce règlement, les enseignes ont également contribué au Fonds de soutien des FSI aux travailleurs des chaînes d'approvisionnement. Ce fonds a été utilisé pour financer le développement d'un outil plus approprié, un mécanisme international de conciliation et d'arbitrage du travail, basé sur les Règles de La Haye concernant l'arbitrage des affaires et des droits de l'homme. Les Règles de La Haye mettent en pratique les Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l'homme, créant ainsi un outil solide, conforme aux normes internationales, qui peut être inclus dans les accords entre les Fédérations syndicales internationales et les entreprises multinationales.
Accords-cadres mondiaux
Le mouvement syndical a porté les négociations collectives nationales à un niveau mondial par le biais d'accords-cadres mondiaux (ACM) avec les multinationales. Depuis la signature du premier ACM entre l'UITA, l'internationale des travailleurs de l'alimentation, et Danone en 1988, de nombreux accords de ce type ont été signés.
Les ACM utilisent le pouvoir de négociation collective des syndicats dans le pays d'origine d'une multinationale pour étendre les droits des travailleurs aux autres pays où l'entreprise exerce ses activités, en garantissant généralement, et au minimum, la neutralité par rapport au fait syndical et donc l'absence de toute tentative d'empêcher les travailleurs et travailleuses de se syndiquer. Cependant, bien que certains ACM aient une base juridique dans le droit national, il est difficile de les faire appliquer dans toutes les juridictions. Dans certains cas, aucune sanction n'est prévue en cas de violation, si ce n'est le retrait de l'accord.
Pour créer des ACM juridiquement contraignants et dotés d'un mécanisme de résolution des litiges, il faut inclure un mécanisme (MICAT) dans les accords mondiaux. Mais les entreprises sont réticentes à signer des accords contraignants, les considérant comme des mesures restrictives qui ajoutent des responsabilités sans apporter d'avantages.
L’Accord international
Dans la foulée de la catastrophe du Rana Plaza, la nécessité de ne pas être accusées de ne rien faire a conduit de nombreuses enseignes mondiales de confection à signer l'Accord du Bangladesh, juridiquement contraignant, avec UNI et IndustriALL en 2013. L'Accord du Bangladesh a maintenant été étendu pour devenir un Accord international, axé sur la santé et la sécurité dans le secteur. Les termes de l'Accord international le rendent juridiquement contraignant car il est exécutoire dans le pays d'origine des signataires.
Tracer une voie à suivre
L'absence d'un système mondial unique a donné lieu à une mosaïque de mécanismes permettant de réclamer des comptes aux entreprises. Ce patchwork devient de plus en plus dense et complexe et des travaux innovants sont menés pour construire de toutes pièces des mécanismes d'examen des plaintes mondiaux à partir d'éléments existants. Le moyen le plus efficace est de négocier des accords mondiaux qui incluent un MICAT. Mais même en l'absence de ce dispositif, les syndicats ont réussi à obtenir justice pour les travailleurs et travailleuses en combinant la législation, les principes directeurs de l'OCDE, les engagements pris dans les conventions collectives, les codes de pratique des entreprises, etc.
Dans le secteur du textile et de la confection, par exemple, les syndicats utilisent un certain nombre d'outils :
l'Accord international juridiquement contraignant, qui a été signé par 174 enseignes
le MICAT, que les membres de l'Accord peuvent utiliser pour résoudre les conflits
les ACM entre les fédérations syndicales internationales et les enseignes
les réseaux syndicaux, qui permettent aux syndicats des pays d'origine de soulever des questions au nom des syndicats des pays producteurs
les législations d'un nombre croissant de pays qui exige que les enseignes fassent preuve de diligence raisonnable
Étant donné que de nombreux pays en développement ne disposent pas de systèmes de relations sociales ou de sécurité sociale bien développés, certaines enseignes se sont associées à des syndicats pour développer un dialogue social tripartite dans le cadre du programme Action, Collaboration, Transformation (ACT). Ce programme comprend un mécanisme de résolution des conflits, que les parties concernées, enseignes de stature mondiale, usines des fournisseurs, fédérations syndicales internationales et syndicats nationaux, ont accepté de considérer comme contraignant.
De nombreux autres secteurs ont leurs propres composantes qui peuvent être réunies pour traiter les conflits de manière similaire. À mesure que ce réseau de plus en plus dense de textes législatifs, d'accords et de mécanismes se développe, le cadre d'un système mondial commence à prendre forme.
Le problème des États où les droits des travailleurs ne sont pas respectés
Un défi pour un mécanisme mondial de résolution des conflits constitué d'un patchwork de lois et de conventions nationales est qu'ils ne sont contraignants que dans certaines juridictions. Il ne fait aucun doute que cela constitue un avantage concurrentiel pour les entreprises opérant dans des pays où elles sont libres de violer les droits des travailleurs et crée un désavantage coûteux pour les entreprises qui doivent, elles, faire preuve de diligence raisonnable. L'exemple le plus évident est celui de la Chine, où de nombreux produits sont fabriqués par des travailleurs et travailleuses qui n'ont pas droit à une représentation indépendante.
Cependant, nous ne devons pas oublier que les États-Unis n'ont pas ratifié les principales conventions de l'OIT. De nombreux États américains ont des lois antisyndicales restrictives, et les entreprises nord-américaines n'ont généralement pas signé l'Accord international, les ACM, ni d'autres accords mondiaux.
Bâtir une volonté politique pour un système mondialisé
À court et moyen terme, les syndicats doivent se concentrer sur la mise en place d'un réseau de plus en plus dense de lois, d'accords et d'obligations visant à obliger les entreprises à rendre des comptes, notamment en intégrant un MICAT dans les accords généraux. Plus ces outils seront utilisés, plus il y aura de précédents.
À long terme, cependant, nous avons besoin d'un traité contraignant de l'ONU et d'une convention de l'OIT sur les chaînes d'approvisionnement, ainsi que d'un système mondial d'arbitrage, géré par l'OIT ou par un groupe distinct sur le modèle du GIEC. La meilleure façon de susciter la volonté politique nécessaire est de démontrer qu'un système mondial est moins complexe et plus juste qu'un patchwork de normes bricolées. Il est dans l'intérêt des entreprises et des pays d'insister sur des règles du jeu équitables pour les droits des travailleurs, de la même manière que l'Organisation mondiale du commerce le fait pour le commerce.
La meilleure résolution des conflits est locale : un système d'arbitrage mondial fonctionnerait en soutenant le développement de systèmes d'arbitrage nationaux solides, avec des syndicats indépendants, des associations d'employeurs et des gouvernements nationaux visant à résoudre les conflits au niveau le plus bas possible : idéalement sur le lieu de travail, grâce à l'implication du syndicat. En cas d'échec, la solution pourrait être recherchée dans le système d'arbitrage national et seulement en dernier recours dans le système mondial.
Pour que cela fonctionne, les pays doivent également mettre en place des systèmes de sécurité sociale capables de proposer des voies de recours aux travailleurs, ainsi que des allocations de chômage, des pensions, etc.
De plus en plus d'appels sont lancés dans le monde entier pour que les droits fondamentaux des travailleurs soient universellement reconnus et respectés. De nombreux travailleurs et travailleuses des pays développés ont constaté le lien entre l'exploitation dans les pays en développement, la baisse des salaires et l'érosion de leurs droits dans leur pays. Les normes mondiales du travail mettent fin au nivellement par le bas et protègent les travailleurs et travailleuses partout dans le monde.
Les syndicats doivent contribuer à transformer cet appel en un système mondial capable de réclamer des comptes au capital et de rendre justice aux travailleurs et travailleurs du monde entier.
Au Pakistan, 40.000 ouvriers tisserands en grève pour de meilleurs salaires
Ils ont répondu à un appel à la grève de nos affiliés Pakistan Textile, Garments and Leather Workers Federation (PTGLWF) et Ittehad Labour Union Carpet Industries Pakistan (ILUCIP) aussi appelé Fédération des travailleurs du textile et du tissage.
Le 26 mars, le gouvernement a annoncé une hausse de 17 pour cent des salaires de ces travailleurs, avec effet au 1er juillet. Malgré cette annonce du gouvernement et plusieurs courriers et démarches des syndicats, les employeurs n'ont pas augmenté les salaires. Le 26 juillet, ils ont mis à l'arrêt quelque 450 métiers à tisser en réponse aux revendications des travailleurs.
Or, au prétexte de sortir le conflit de l'impasse, l'administration du district fait pression sur les dirigeants syndicaux pour qu'ils arrêtent la grève et a promulgué des ordonnances interdisant les rassemblements. Malgré cela, dirigeants syndicaux et grévistes tiennent bon et ont voté la poursuite de la grève jusqu'à ce que les employeurs augmentent les salaires.
Le secrétaire général du PTGLWF, Nadeem Parwaz, a déclaré :
"Les travailleurs recourent à la grève, ce qui est leur droit inscrit dans la loi, parce que les salaires officiels ne sont pas payés. Le Pakistan connaît cette année un taux d'inflation sans précédent. Le gouvernement a supprimé toutes les subventions et augmenté les prix de l'électricité, du gaz, du pétrole et de presque tous les articles domestiques pour faire suite aux demandes du Fonds monétaire international. Les ouvriers tisserands n'ont d'autre choix que de faire grève pour le paiement de leurs salaires."
Apoorva Kaiwar, la secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Asie du Sud, ajoute :
"Nous soutenons la grève des ouvriers tisserands et exhortons les employeurs et les autorités locales de Faisalabad à respecter le droit des travailleurs de faire grève, la liberté d'association, et le droit de percevoir un salaire minimum vital."
10 travailleurs toujours pris au piège après l'effondrement d'un mine au Mexique
Ces mineurs creusaient à la main un puits de 60 mètres de profondeur dans le charbonnage lorsque les parois se sont effondrées, provoquant une inondation de 34 mètres de profondeur dans trois puits voisins et piégeant les 10 mineurs.
Le Président du Mexique, Andrés Manuel Lopes Obrador, a déclaré dans une conférence de presse du 9 août que le gouvernement fédéral s'efforçait depuis la date de l'accident de secourir les travailleurs bloqués dans la mine et que des plongeurs arriveraient sur place en quelques heures. Il indiqua que, alors que 10 mineurs restaient pris au piège, 5 autres avaient été ramenés à la surface et recevaient des soins.
Le président assura agir en coordination avec le gouvernement de l'État de Coahuila et les autorités municipales. Il souligna que des groupes électrogènes avaient été installés en des lieux stratégiques d'accès à la mine ainsi que des pompes dans chaque puits pour en extraire autant d'eau que possible pour pouvoir accéder à la mine et secourir les mineurs au plus vite.
Il déclara aussi qu'une enquête était ouverte sur les causes de l'accident et que l'on savait déjà qui gère la mine, détient les permis, procède aux inspections et vend le charbon.
Entretemps, le sénateur Napoleón Gómez Urrutia, qui est aussi secrétaire général du syndicat Los Mineros, affilié à IndustriALL, a déclaré que les autorités du travail ne remplissent pas leurs obligations de contrôle et d'inspection dans le secteur charbonnier, ce qui explique pourquoi ces tragédies sont si fréquentes.
M. Urrutia a aussi expliqué que, malgré ses pressions sur le sénat pour qu'il approuve la convention 176 de l'Organisation internationale du travail qui oblige les compagnies à assurer la santé et la sécurité dans les mines, sa ratification est en attente depuis 1995.
Ce n'est pas la première fois que ce genre d'accident survient dans le secteur minier au Mexique. 63 hommes sont toujours ensevelis au fond du charbonnage de Pasta de Conchos qui explosa il y a 16 ans dans la même ville de l'État de Coahuila, tuant 65 mineurs.
Le secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie, déplorant cet accident, a dit :
"Nous exhortons le gouvernement mexicain à poursuivre ses efforts pour extraire les mineurs vivants, pour enquêter sur l'effondrement et demander des comptes aux responsables, pour ratifier la convention 176 de l'OIT, et pour garantir des inspections dignes de ce nom des compagnies minières."
Du 1er au 3 août, des dirigeants syndicaux du secteur industriel du Brésil étaient réunis à São Paulo pour un atelier consacré à l’élaboration d’un processus et d’un plan de stratégie visant à syndiquer les travailleurs de 400 entreprises industrielles du pays, dans le cadre d’un projet financé et mis en œuvre par IndustriALL Global Union, IG Metall et IndustriALL-Brazil.
Pendant ces trois jours de réunions, les participants ont élaboré un plan de travail pour chaque participant qui aura la tâche de former dix autres représentants syndicaux dans son organisation syndicale de base. Ainsi, 400 responsables syndicaux participeront à des activités de recrutement et de campagne.
Les participants ont étudié des stratégies visant à identifier et épauler des responsables syndicaux susceptibles de contribuer à la syndicalisation au Brésil. Ils ont aussi travaillé en groupes afin de cerner les problèmes, les atouts, les faiblesses et les opportunités qui se présentent dans leurs usines et leurs syndicats.
Edson Dias Bicalho, le secrétaire général de la FEQUIMFAR, qui est aussi membre du comité exécutif d'IndustriALL, a souligné l’importance de la syndicalisation en déclarant :
« La réforme de la législation du travail de 2017 a autorisé la négociation à titre individuel entre le travailleur et l’employeur. Depuis, nous avons assisté à un recul des droits collectifs, parce qu’il ne peut avoir de syndicats forts sans une participation en masse des travailleurs. C’est pourquoi nous devons atteindre l’industrie avec des stratégies de communication modernes, en donnant plus de visibilité à notre combat commun, aux propositions des syndicats et à notre lutte pour de meilleurs salaires. »
Le président d'IndustriALL-Brazil, Aroaldo da Silva, qui assistait également à ces trois journées de discussions, a insisté sur la nécessité de renforcer l'organisation des travailleurs sur les lieux de travail et déclaré :
« Nous devons augmenter nos effectifs et accroître notre représentation afin de nous donner plus de pouvoir, dans la négociation collective sur le lieu de travail comme à la table des négociations des négociations collectives avec les employeurs et les autorités régionales et nationales. Hors du syndicat, nous n’avons pas les moyens de surmonter les défis qui se posent à nous.»
Les participants ont aussi discuté du rôle du syndicat, de la mise sur pied d’une campagne de recrutement réussie, et ont aussi pu se familiariser avec les stratégies de recrutement utilisées en Allemagne et aux États-Unis.
Le harcèlement sexuel bloque la formation des jeunes femmes dans l'industrie automobile au Kenya
"En tant que jeune femme, vous ressentez le besoin d'acquérir des compétences et vous voulez apprendre, parce que vous découvrez le domaine. Or, les possibilités de formation artisanale se trouvent dans les garages du secteur informel où la plupart de ceux qui peuvent vous former sont des hommes qui veulent des faveurs sexuelles en échange. Ainsi, la plupart des jeunes femmes passent d'un garage à l'autre à la recherche d'un lieu propice où elles peuvent apprendre et acquérir compétences et qualifications sans être harcelées sexuellement. Imaginez que vous êtes couchée sur le dos pour réparer une voiture et un homme commence à vous tripoter. Cela freine votre volonté d'apprendre,"
a raconté Wambui à l'atelier auquel assistaient 30 personnes, dont 11 femmes.
"Dans un garage, j'ai travaillé des mois sans toucher une clé anglaise, sans la moindre possibilité d'apprendre. J'ai terminé en lavant les voitures, tout simplement parce que personne ne voulait me prendre comme apprentie. À l'évidence, j'étais punie pour avoir refusé des avances sexuelles. Parfois aussi, les techniciens essaient de vous appâter avec de l'argent, en vous donnant des sommes élevées pour des réparations mineures. Mais lorsque vous repoussez leurs avances, alors ils vous ignorent."
"Les femmes sont vulnérables en début de carrière dans le secteur automobile parce que la plupart ne sont pas payées lorsqu'elles sont en formation. Le pire est qu'il n'existe pas de mécanisme d'accompagnement pour les jeunes femmes qui intègrent l'industrie et, dans la plupart des cas, elles sont seules. Ce n'est qu'après avoir adhéré à l'Amalgamated Union of Kenyan Metal Workers (AUKMW) que j'ai réalisé que les syndicats peuvent fournir un soutien aux jeunes artisanes."
Wambui explique que le harcèlement sexuel est très répandu dans un secteur informel dominé par les hommes et où il est appelé Jua Kali, c’est-à-dire soleil chaud en swahili, parce que la plupart des réparations se font à l'extérieur, dans les garages et ateliers à ciel ouvert le long des routes.
Pour Rose Omamo, la secrétaire générale de l'AUKMW et vice-présidente d'IndustriALL :
"Les délégués d'atelier doivent amorcer le dialogue sur la violence et le harcèlement fondés sur le genre dans le secteur automobile et le Jua Kali. Le syndicat doit réclamer la ratification de la convention 190 afin d'éliminer la violence et le harcèlement fondés sur le genre dans le monde du travail, ainsi que l'application de la recommandation 206 afin de combler les failles de la loi. Tous les travailleurs, hommes et femmes, doivent être sensibilisés à la violence et au harcèlement fondés sur le genre,"
a expliqué la secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Afrique subsaharienne, Paule France Ndessomin, qui participait à la réunion.
"Il faut que nos mentalités changent, en tant que syndicalistes, si nous voulons traiter la violence et le harcèlement fondés sur le genre comme il se doit. Les travailleuses doivent connaître leurs droits et les mécanismes qui sont là pour empêcher ce phénomène, et elles doivent signaler les violations et agir contre leurs auteurs."
L'AUKMW, qui est affilié à IndustriALL Global Union, et le bureau régional pour l'Afrique subsaharienne d'IndustriALL étaient les organisateurs de cet atelier. L'AUKMW, qui représente les travailleurs du secteur automobile, a noué des partenariats avec le secteur automobile Jua Kali afin de protéger les droits des travailleuses et travailleurs.
Victoire syndicale : la justice indienne réintègre 150 travailleuses du vêtement licenciées abusivement
Le 6 août, un tribunal du travail a ordonné la réintégration des 150 travailleuses licenciées illégalement par la direction, avec versement des arriérés de salaires et primes d'ancienneté.
La direction de SLAM Clothing, qui a une usine à Chennaï, avait procédé à un lock-out pour empêcher le personnel d'accéder aux ateliers après que le syndicat ait réclamé le versement d'arriérés de salaires. Plutôt que d'entamer le dialogue avec le syndicat ou de demander au gouvernement l'autorisation de fermer l'usine comme l'exige la loi, la direction a préféré bloquer l'accès du personnel à l'usine. Cela veut dire que l'usine a été fermée de manière unilatérale par la direction qui a aussi fabriqué de fausses lettres de démission en contrefaisant les signatures.
Le GAFWU a porté l'affaire du lock-out illégal devant le Commissaire au travail. Devant le refus de la direction de participer à la procédure de conciliation, aucun accord n'a pu être trouvé. C'est pourquoi le Commissaire au travail a soumis le cas à la juridiction du travail.
L'ordonnance du tribunal accordant le versement des arriérés de salaires va permettre au syndicat de les réclamer à SLAM Clothing.
Palani Bharathi, le secrétaire général du GAFWU, a déclaré :
"Désormais, notre combat ne peut que s'intensifier. Nous avons gagné une bataille devant les tribunaux, mais la direction, arrogante, qui a choisi d'être absente de toute la procédure, doit encore rendre compte de ses graves violations des droits des travailleurs."
"Nous saluons la victoire des travailleurs devant les tribunaux contre les tactiques antisyndicales de la direction de SLAM Clothing et nous espérons qu'elle servira de leçon à certains employeurs qui devraient savoir qu'on peut obtenir plus par la paix sociale en écoutant les revendications des travailleurs et en leur versant leurs salaires à temps,"
a déclaré Apoorva Kaiwar, la secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Asie du Sud.
Les pratiques d'achat des grandes marques assimilées à de la maltraitance des travailleuses du vêtement en Asie du Sud
Plusieurs cas de violations flagrantes des droits des travailleurs dans des ateliers de confection ont été signalés en Asie du Sud, là où se fournissent principalement les grandes marques mondiales. Les femmes, qui constituent plus de 80 pour cent de la main-d’œuvre du secteur, sont victimes jour après jours de harcèlement sexuel au travail. Des affiliés d'IndustriALL de la région ont signalé maintes fois ce problème qui s'est aggravé au fil du temps alors que la production répondait aux besoins en constante évolution du secteur.
La maltraitance des femmes est systémique dans un pays où un régime patriarcal solidement enraciné joue un rôle essentiel en ce qu'il assure la soumissions des femmes au travail. Les excès des hommes détenteurs d'autorité s'expriment sous la forme de violences et de harcèlement fondés sur le genre. Les maltraitances vont des effleurements et frôlements aux attouchements, aux coups, coups de poings, gifles; elles sont tirées par les cheveux et subissent des commentaires offensants sur leur physique, des plaisanteries à contenu sexuel, des gestes obscènes et des messages agressifs, entre autres choses.
La violence est aussi utilisée par la direction pour assurer la productivité. Les femmes font l'objet de moqueries incessantes, parce qu'elles ne travailleraient pas assez vite pour atteindre leurs objectifs, mais aussi pour aller fréquemment à la toilette, en raison de leur tenue, de leurs menstruations ou de leur grossesse. Une adhérente d'un affilié indien d'IndustriALL a raconté que son contremaître menaçait de la violer si elle ne faisait pas son travail comme il fallait.
Des affiliés du Sri Lanka et du Bangladesh ont confié que des chefs de production et des contremaîtres essaient souvent d'avoir des rapports sexuels avec des travailleuses en leur promettant par exemple des hausses de salaires ou d'alléger leur charge de travail. Les travailleuses qui refusent risquent d'être punies, voire licenciées en raison du statut hiérarchique des contremaîtres, qui sont des hommes, et des travailleuses, qui sont des femmes. Les menaces de licenciement sont aussi souvent utilisées pour "discipliner" les travailleuses.
Anton Marcus, le secrétaire général du Syndicat des salariés des zones franches et des services généraux, affilié à IndustriALL, explique que :
"Les travailleuses subissent du harcèlement sexuel et des mauvais traitements, non seulement sur leur lieu de travail, mais aussi sur le chemin du travail et dans les foyers où elles logent. Nous avons constaté que, par rapport à leurs collègues masculins, les femmes qui travaillent sur machine subissent davantage de critiques et d'abus de la part des contremaîtres."
La honte de se dire victime de harcèlement sexuel et le laxisme mis à faire respecter la loi dissuadent les travailleuses de dénoncer ces abus. Ce qui a pour effet d'enhardir les agresseurs qui poursuivent leur harcèlement. Lorsque des femmes signalent des maltraitances, elles sont souvent pénalisées par la direction qui veut ainsi faire un précédent pour dissuader d'autres de faire de même. Soit elles sont renvoyées pour des motifs futiles, soit elles sont embarquées dans une spirale de brimades continues dans laquelle leurs objectifs de production sont augmentés, leurs congés refusés et leurs salaires diminués sur des accusations arbitraires. Elles sont parfois reclassées dans des emplois précaires. De ce fait, les affiliés de la région ont beaucoup de mal à réagir aux cas de harcèlement sexuel.
Ce harcèlement sexuel endémique que dénoncent nos affiliés est un danger, non seulement pour les travailleuses qui le subissent, mais aussi pour les marques qui se fournissent auprès de ces ateliers. Ce sont elles qui, en finale, sont responsables des conditions de travail dans leurs chaînes d'approvisionnement et, par conséquent, doivent veiller à ce que les femmes soient en sécurité sur leurs lieux de travail.
Des mécanismes existent, comme le mécanisme de plainte du RMG Sustainability Council au Bangladesh, et les comités de surveillance nationaux mis en place par l'accord-cadre mondial entre IndustriALL et H&M, compétents pour traiter les cas de harcèlement sexuel, en plus des recours légaux existant. Les affiliés forment leurs membres à l'utilisation de ces mécanismes contre le harcèlement sexuel. Les marques vont devoir faire leur part en obligeant leurs fournisseurs à respecter ces mécanismes et à s'y soumettre.
Apoorva Kaiwar, la secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Asie du Sud, déclare :
"La lutte contre le harcèlement sexuel et la violence fondée sur le genre fait partie intégrante de la lutte pour le travail décent dans les chaînes d'approvisionnement. C'est aux grandes enseignes de la distribution, qui tirent profit de ces chaînes d'approvisionnement, qu'incombe en dernière analyse la responsabilité de traiter ce poison dans la chaîne d'approvisionnement de l'habillement. Une action collective s'impose pour s'assurer que ces enseignes assument leurs responsabilités."