Pas de place pour les entreprises responsables au Myanmar : rapport

Ce rapport, commandé par Ethical Trading Initiative (ETI), conclut à l'impossibilité pour les marques de respecter leur devoir de diligence au Myanmar et de suivre les critères d'activité responsable mondialement reconnus. ETI est un organisme multipartenarial composé d'organisations syndicales, d'ONG et d'entreprises. Ses membres sont notamment H&M, Inditex, Primark, Lidl et New Look, des entreprises qui continuent de produire au Myanmar en dépit des nombreuses démarches de syndicats locaux et d'IndustriALL les appelant à désinvestir.

Le rapport souligne que le régime militaire se rend coupable de crimes contre l'humanité et multiplie les violations des droits de l'homme, comme le travail forcé, le travail des enfants, la violence fondée sur le genre et les crimes de guerre. Dans les deux semaines qui ont suivi le coup d'État de février 2021, le régime militaire a changé la loi pour suspendre les droits de l'homme et poursuivre et emprisonner les dissidents. 

Dans ces conditions, impossible pour les grandes marques mondiales de s'acquitter de leur devoir de diligence. La liberté d'association est inexistante et les syndicats et autres organisations de travailleurs ne peuvent fonctionner, même au seul niveau de l'entreprise, tandis que le régime militaire met tout en œuvre pour démanteler le mouvement syndical et les autres structures démocratiques. Les syndicats sont interdits et 301 dirigeants syndicaux ont été arrêtés, 55 ont été tués et 27 membres de comités exécutifs de syndicats sont sous le coup de mandats d'arrestation.

Le travail forcé est généralisé, notamment par l'obligation de faire des heures supplémentaires non rémunérées, ce qui oblige les travailleurs à rentrer chez eux après le couvre-feu, se mettant ainsi en danger face à l'armée, la police et les gangs criminels. Une femme au moins a été violée en rentrant du travail. La situation se dégrade encore avec la propagation du travail précaire et l'effondrement des salaires par lequel, même ceux qui ont un emploi à temps plein ne peuvent plus subvenir à leurs besoins.

Il n'existe aucune voie de recours parce que les activités de l'OIT, d'autres institutions des Nations unies et organisations internationales ont été fortement restreintes. Beaucoup d'organisations, comme l'Initiative ACT, ont cessé leurs activités au Myanmar et des gouvernements occidentaux ont limité les leurs. Les grandes marques internationales n'ont pas de prise sur le régime militaire.

La corruption est générale, les travailleurs devant soudoyer les fonctionnaires pour obtenir un emploi et, dans certains cas, des employeurs ont payé les forces de sécurité pour qu'elles interviennent dans des conflits du travail et intimident les travailleurs. Les sommes versées sont alors déduites des salaires.

La junte militaire étend sa mainmise sur l'économie, et pénètre de plus en plus de secteurs, l'industrie du textile et de l'habillement ne pouvant plus se dissocier du reste de l'économie. Les infrastructures de transport et de logistique en particulier sont contrôlées par les militaires, sans cesse plus impliqués dans l'immobilier, la banque et les entreprises de service public.
Les marques qui continuent de se fournir au Myanmar le feront en violation des instruments internationaux sur le devoir de diligence; elles enfreindraient aussi des lois telles que la législation allemande sur le devoir de diligence et la législation européenne sur le travail forcé, et pourraient aussi enfreindre les sanctions. Selon le rapport, elles risquent de ternir leur réputation, mais aussi des conséquences financières et légales.

L'économie du Myanmar est déjà en récession à cause de la guerre que les militaires livrent à leur population. Le départ des marques internationales causera d'autres pertes d'emplois, et il faut qu'elles négocient une sortie responsable du pays, notamment en indemnisant leurs travailleurs.

Le secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie, a déclaré :

“Nous avons été très patients et nous avons attendu que ce rapport confirme ce que nous affirmons depuis un an déjà. Les excuses ne sont plus de mise : le rapport montre à suffisance qu'il est impossible d'avoir des activités commerciales responsables au Myanmar. Les marques qui ont encore des activités dans le pays doivent entamer immédiatement des négociations en vue d'une sortie responsable.”

Violente attaque contre des syndicalistes au Myanmar

Ces syndicalistes ont été arrêtés alors qu’ils se rendaient à une manifestation pacifique appelant les Nations unies à reconnaître le Gouvernement d’unité nationale (GUN) du Myanmar et son représentant permanent auprès de l’ONU, U Kyaw Moe Tun.

Un groupe d’agents de sécurité en civil est apparu, utilisant des bâtons pour frapper les manifestants et tirant quelques coups de feu.

Vingt-neuf manifestants ont été arrêtés, dont quelques étudiants et jeunes militants. Daw Zuu Zuu Ra Khaing et Daw Yamin Kay Thwe Khaig de l’IWFM, U Nay Min Tun et U Than Aung de la Fédération des travailleurs du bâtiment et du bois du Myanmar (BWFM), ainsi que le chauffeur de la Confédération des syndicats du Myanmar (CTUM) U Than Zaw, figuraient parmi ces 29 personnes.

Le Président de la CTUM, Maung Maung, a publié un communiqué de presse condamnant cette attaque inhumaine et cruelle et exprimant son respect pour les camarades révolutionnaires qui se consacrent à la lutte démocratique non violente.

“Nous exigeons la libération immédiate de tous les manifestants par la junte illégitime. La communauté internationale doit agir rapidement, sinon les manifestants seront interrogés et torturés par les militaires. Veuillez soutenir la lutte démocratique des travailleurs et travailleuses du Myanmar ; une manifestation pacifique n’est pas un crime,”

a déclaré la Présidente de l’IWFM, Khaing Zar.

Ce n’est pas la première attaque violente de ce type contre des membres d’IndustriALL au Myanmar. La junte a tué un membre de la Fédération des mineurs du Myanmar (MWFM), Chan Myae Kyaw, en mars 2021.

Il y a cinq mois, un véhicule militaire a foncé sur un taxi transportant des syndicalistes. Khaing Thinzar Aye, membre de la CTUM, et Ei Phyu Phyu Myint, membre de la MWFM, sont toujours détenus.

“La junte du Myanmar doit cesser d’opprimer le peuple et les travailleurs. Nous soutenons de tout cœur la revendication des manifestants selon laquelle le GUN doit être reconnu lors de la 77e session de l’Assemblée générale des Nations unies,”

a martelé Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL.

La 77e session de l’Assemblée générale des Nations unies se tient du 13 au 26 septembre. Avec d’autres fédérations syndicales internationales, IndustriALL demande instamment à la Commission de vérification des mandats et à l’Assemblée générale de reconnaître le GUN comme gouvernement légitime.

IndustriALL poursuit sa campagne en faveur de sanctions économiques complètes contre la junte du Myanmar et pour que les entreprises se désengagent du Myanmar.

Au Kenya, les travailleurs du verre l'emportent après une grève pour obtenir le minimum vital et des équipements de sécurité

La convention collective prévoit que l'entreprise payera le salaire minimum de 15.201 shillings kényans (125 $) fixé par le gouvernement et fournira des tenues de travail et des chaussures de sécurité. En mai, le salaire minimum a augmenté de douze pour cent ce qui, pour les travailleurs, ne suffit pas étant donné le coût de la vie. Cependant, en plus de ces douze pour cent, l'employeur a accepté des hausses supplémentaires de cinq pour cent l'an pour les deux prochaines années, et les travailleurs recevront aussi des primes de logement.

Le KGWU explique qu'une des clauses de la convention collective souligne qu'en cas de blessure consécutive à un accident du travail, le salarié est indemnisé conformément à la Loi de 2007 sur les lésions professionnelles et les prestations. En outre, un équipement de protection individuelle composé d'uniformes, de salopettes et de chaussures de sécurité sera fourni gratuitement aux travailleurs. La convention reconnaît aussi les droits au congé de maternité et de paternité ainsi que les droits à la retraite.

Elle institue aussi un comité de santé et de sécurité professionnelles composé de représentants de l'employeur et du syndicat, comme le prévoit la législation du travail. S'agissant du VIH et du Sida, les travailleurs sont protégés contre toute discrimination de la part de l'employeur fondée sur leur statut sérologique. Par ailleurs, des campagnes de sensibilisation au VIH et au Sida seront organisées.

Maurice Okoth, le secrétaire général du KGWU explique : 

"La majorité du personnel de FEAC est composée de travailleurs occasionnels et notre syndicat les recrute et les organise. Nous voulons qu'ils aient des emplois permanents pour obtenir la sécurité d'emploi et les autres prestations que nous avons négociées dans la convention collective."

"Avec la hausse du coût de la vie au Kenya, les salaires doivent aussi augmenter pour permettre aux travailleurs de subvenir aux besoins de leur famille. Nous comprenons que le KGWU réclame de meilleurs salaires. En outre, il est important d'appliquer les normes de santé et sécurité au travail chez FEAC pour prévenir les accidents et créer un cadre de travail sûr,"

a déclaré la secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Afrique subsaharienne, Paule France Ndessomin.

FEAC est une entreprise à capitaux chinois ayant son siège à Nairobi. Elle fabrique des produits en aluminium et en verre pour l'industrie de la construction.

Crise salariale en Asie du Sud

Selon le Rapport mondial 2020-2021 sur les salaires de l’OIT, la productivité du travail en Asie du Sud a augmenté entre 2010 et 2019, mais la croissance réelle du salaire minimum est restée à la traîne. Le Sri Lanka et le Bangladesh ont connu les plus fortes baisses des salaires minimums réels au niveau mondial. Le rapport souligne également qu’en 2019, le salaire minimum au Bangladesh n’a même pas atteint le seuil de pauvreté international le plus bas. Les salaires en Inde et au Sri Lanka étaient également proches de ce seuil.

L’expérience des syndicats montre que même sur les lieux de travail où l’on peut négocier un accord salarial à long terme, en réalité, les employeurs attendent des mois, voire des années, avant de finaliser l’accord. Entre-temps, l’augmentation salariale a déjà pris du retard sur l’inflation qu’elle était censée neutraliser.

Les affiliés d’IndustriALL ont travaillé sans relâche pour obtenir de meilleurs salaires pour les travailleurs et travailleuses. Au Pakistan, après une campagne soutenue des affiliés d’IndustriALL et des travailleurs de l’industrie du tapis, le gouvernement du Pendjab a annoncé une augmentation de salaire de 2.500 PKR (14 dollars) en juin 2021. Mais la lutte des travailleurs et travailleuses ne s’est pas arrêtée là, car, malgré l’ordre donné par le gouvernement, les employeurs ont refusé de s’y conformer. Il a fallu six mois avant que les employeurs n’acceptent d’augmenter les salaires.

En août 2022, des affiliés pakistanais ont cessé le travail pendant plus d’un mois à Faisalabad pour revendiquer une augmentation de 16 % des salaires, compte tenu de l’inflation galopante dans le pays. Le taux d’inflation au Pakistan a grimpé à 27,26 % en août, alors que le pays était aux prises avec des inondations massives qui ont grevé des prix déjà très élevés.

Niaz Khan, Secrétaire général de l’ILUCIP, a déclaré :

“Les salaires des travailleurs et travailleuses ne sont pas suffisants pour faire face à la hausse des prix des denrées alimentaires et du carburant. Les employeurs et les gouvernements doivent le reconnaître et prendre des mesures énergiques pour résoudre ce problème.”

Au Sri Lanka, nos affiliés ont revendiqué une augmentation de salaire de 10.000 LKR (34 dollars) pour les travailleurs et travailleuses dont le salaire mensuel est inférieur à 60.000 LKR (206 dollars), et une augmentation du salaire minimum de 16.000 LKR (55 dollars) à 26.000 LKR (89 dollars) par mois. Ces revendications n’ont pas encore été satisfaites. L’inflation des denrées alimentaires dans le pays a atteint 93,7 % en août. Selon la dernière évaluation de la Banque mondiale, le Sri Lanka est classé cinquième parmi les dix pays où l’inflation des prix des aliments est la plus élevée au monde. Les affiliés organisent des programmes de cuisine communautaire pour faire face à cette inflation massive des prix de l’alimentaire.

Les affiliés bangladais ont revendiqué une augmentation du salaire minimum national, dont la dernière révision remonte à quatre ans et qui s’élève actuellement à 8.000 BDT (84 dollars).

Au Népal, les gens sont descendus dans la rue pour protester contre la flambée des prix des denrées alimentaires et du carburant.

En Inde, les travailleurs et travailleuses en sous-traitance de la compagnie minière Singareni Collieries Company Limited, qui gagnent une fraction de ce que gagnent les travailleurs permanents, ont appelé à une grève illimitée pour faire valoir leurs revendications, qui comprennent une augmentation de salaire et la régularisation de leur emploi.

SQ Zama, Secrétaire général de la Fédération nationale indienne des travailleurs des mines, a déclaré :

“Il est bien triste de constater qu’alors que les bénéfices des entreprises s’envolent, les salaires des travailleurs et travailleuses n’augmentent qu’à peine. Le pire, c’est que même pour une modeste augmentation de salaire, il faut se battre avec acharnement.”

Apoorva Kaiwar, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Asie du Sud, a déclaré :

“En tant que représentants des travailleurs, nous devons nous battre pour que ceux-ci obtiennent leur part légitime des bénéfices. Nous ne pouvons pas accepter que, d’un côté, les profits explosent et que, de l’autre, les salaires des travailleurs et travailleuses ne suffisent pas pour leur maintenir un niveau de vie décent.”

Illustration : © Marcel Crozet  / OIT

L’Argentine adopte une loi visant à promouvoir l’industrie automobile

Ce 1er septembre, une proposition de loi visant à stimuler les investissements dans l’industrie des pièces détachées automobiles et sa chaîne de valeur a été votée et approuvée à l’unanimité par le Sénat.

“Cette proposition provient des syndicats de base, des centrales syndicales nationales ainsi que des entreprises du secteur et constitue un engagement ferme en faveur de la croissance d’une industrie nationale (…). La législation définit un programme de développement industriel intelligent et un plan d’action pour les années à venir. Elle est le fruit d’un secteur et de ses acteurs qui n’ont pas négligé l’essentiel : garantir et créer des emplois de qualité et permanents,”

a indiqué dans un communiqué l’affilié d’IndustriALL, SMATA.

Les représentants syndicaux du SMATA et de l’UOM ont participé à diverses discussions pour promouvoir le projet de loi depuis décembre 2019. L’objectif de la législation est d’assurer l’intégration de la chaîne de valeur, de rendre le secteur plus compétitif et d’attirer davantage d’investissements. Cela permettra au pays de s’industrialiser, de se diversifier et de créer davantage d’emplois.

Le dispositif prévoit des avantages potentiels pour les investissements automobiles, tels que le remboursement anticipé de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), en établissant une réduction de la période de remboursement de six à trois ans et, dans le cas de l’amortissement des biens d’équipement, de cinq à trois ans.

La loi prévoit également la création d’un programme de promotion des nouveaux investissements et la mise en place d’un Institut de la mobilité, composé de membres désignés par les chambres de commerce et les syndicats.

Le ministre argentin de l’économie, Sergio Massa, a déclaré :

“Notre industrie automobile a positionné l’Argentine comme un acteur stratégique sur la scène régionale. Avec une production supérieure aux niveaux pré-pandémiques [50 % de plus qu’en 2019], les perspectives sont énormes. […] Si l’État, les travailleurs et les entreprises continuent à œuvrer ensemble, le secteur peut générer une balance commerciale positive de 400 millions de dollars…”

Le Secrétaire régional adjoint d’IndustriALL, Cristian Alejandro Valerio, a pour sa part indiqué :

“Nous nous félicitons que les syndicats argentins soient des acteurs clés dans la promotion de politiques et de législations industrielles. Les syndicats se sont efforcés d’inciter les chambres de commerce et les gouvernements nationaux, provinciaux et locaux à soutenir cette initiative.

Il est essentiel qu’ils soient proactifs, compte tenu de la désindustrialisation de la région et des changements dans l’industrie automobile mondiale.”

Un fournisseur d'Apple de Malaisie doit cesser immédiatement ses attaques contre le syndicat

Il y a sept mois, l'EIEUNR a dénoncé les actions antisyndicales de Molex Malaysia, un des fournisseurs du géant de la technologie Apple, au moment où son personnel allait se prononcer par bulletin secret sur son adhésion à ce syndicat affilié à IndustriALL.

La direction a convoqué les travailleurs dans une salle publique pour les menacer de perdre leurs primes et avantages s'ils votaient pour le syndicat.

Le Département des relations professionnelles a diligenté une enquête et suspendu les résultats du scrutin. L'EIEUNR lui a remis un enregistrement des menaces faites verbalement par la direction de l'entreprise, mais il a ensuite décliné les demandes d'interrogatoires du département, car cela pourrait exposer les syndicalistes à de nouvelles intimidations.

"Nous exhortons nos camarades du monde entier à souscrire à notre pétition en ligne. Si nous ne remportons pas le scrutin, les travailleurs n'auront pas le droit de négocier collectivement. Ces menées antisyndicales violent la loi malaisienne ainsi que les normes internationales du travail, mais à ce jour, aucune mesure rigoureuse n'a été prise contre l'entreprise,"

a déclaré le secrétaire général de l'EIEUNR, David Arulappen.

"Les travailleurs de Molex n'ont pas le droit de choisir librement leur syndicat, et c'est scandaleux. Tout montre que les droits des travailleurs sont bafoués et Molex doit intervenir immédiatement. En outre, IndustriALL prie Apple de revoir son propre code de bonne conduite s'agissant du respect des droits des travailleurs dans sa chaîne d'approvisionnement et de s'assurer que l'EIEUNR est reconnu librement sans plus de délai à l'usine Molex de Penang,"

précise le directeur d'IndustriALL en charge de l'électricité et de l'électronique, Alexander Ivanou.

Molex est une multinationale spécialisée dans le matériel électrique, l'électronique et la fibre optique. Son code de bonne conduite stipule qu'elle adhère au principe de non-discrimination et aux pratiques d'emploi légales, notamment au respect de la liberté d'association des travailleurs. Apple est un des principaux clients de Molex.

Les syndicats d'ArcelorMittal réclament le dialogue

Les bénéfices engrangés par ArcelorMittal en 2021 et au premier semestre 2022 sont les plus élevés jamais obtenus. Cela malgré la guerre en Ukraine qui freine la production dans le pays ainsi qu'au Kazakhstan et en Europe. En outre, de plus en plus de hauts fourneaux sont à l'arrêt et les travailleurs sont contraints d'accepter de travailler à temps partiel avec réduction de salaire.

À l'ouverture de la réunion, l'Ukrainienne Natalya Marynyuk a relaté la situation désespérée à Kryvyi Rih. Les participants ont réitéré leur volonté de rester solidaires avec les ouvriers de la sidérurgie d'ArcelorMittal en Ukraine.

Une discussion animée a suivi sur le dialogue social dans l'entreprise. Les affiliés brésiliens ont fait état de l'absence de volonté de la direction locale d'entamer un dialogue avec les syndicats et les délégués d'atelier. Plusieurs affiliés européens ont dénoncé les tentatives de la direction pour paralyser le comité d'entreprise européen en réduisant fortement le nombre de délégués. En Afrique du Sud, un conflit dur a marqué le début de l'année et ne s'est achevé que sur une décision de justice donnant raison aux affiliés d'IndustriALL en grève pour de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail.

La direction, représentée par le vice-président exécutif et directeur des ressources humaines Bart Wille, et par Stephanie Werner-Dietz, qui prend sa succession, a participé à deux sessions pour répondre aux questions et aux déclarations.

Tous les participants ont exprimé de vives objections à l'évolution récente de la situation en matière de santé et de sécurité, en particulier devant le nombre croissant d'accidents mortels dans l'entreprise. Tous ont convenu de la nécessité d'intensifier et optimiser l'action du conseil paritaire mondial sur la santé et la sécurité.

"Nous sommes heureux de la présence de Bart Wille et Stephanie Werner-Dietz à cette réunion et nous apprécions leur disponibilité pour un dialogue avec les syndicats. Mais dans beaucoup de pays, comme le Brésil, il n'en va pas de même, comme nous l'ont dit nos affiliés brésiliens. Nous attendons de l'entreprise qu'elle s'engage dans le dialogue social à tous les niveaux, ce pourquoi nous réclamons à nouveau un accord-cadre mondial.

"Pour ce faire, nous voulons et nous avons besoin d'une structure mondiale et d'un engagement ferme d'ArcelorMittal. Nous voulons plus que des belles paroles; nous voulons un réel engagement! Dans la ligne de nos objectifs à long terme, nous avons adopté une nouvelle déclaration, que nous avons soumise à la direction du groupe à la fin de la réunion,"

a déclaré le directeur d'IndustriALL en charge des matériaux de base, Matthias Hartwich.

Il faut des usines sûres pour les travailleurs et travailleuses de la confection du Pakistan

En octobre 2021, le tout premier Recueil de directives pratiques pour l’industrie du textile et de la confection a été adopté à l’OIT après des négociations entre gouvernements, employeurs et syndicats. Ce nouveau recueil de directives contient des conseils concrets pour améliorer la santé et la sécurité.

La Conférence internationale du travail, qui s’est tenue à Genève en juin, a ajouté la santé et la sécurité aux principes et droits fondamentaux au travail de l’OIT. Cela signifie que tous les États membres de l’OIT s’engagent à respecter et à promouvoir le droit fondamental à un environnement de travail sûr et sain, qu’ils aient ou non ratifié les conventions de l’OIT pertinentes à cet égard.

Au niveau national, il y a encore beaucoup de choses à faire. Le Pakistan fait partie des pays où la situation doit s’améliorer afin d’éviter de nouveaux incendies et effondrements de bâtiments.

L’Accord international, conçu après l’homicide industriel du Rana Plaza en 2013, a permis de rendre plus sûres les usines de confection et de textile du Bangladesh. Le travail préparatoire à sa mise en œuvre au Pakistan ont commencé.

“En ce jour, nous rendons hommage aux personnes décédées et blessées dans l’incendie d’Ali Enterprises,”

a déclaré Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL.

“Les travailleurs et travailleuses de la confection ont besoin d’usines sûres ; la sécurité est un droit, pas un privilège. Nous savons que les mécanismes contraignants de l’Accord international font la différence dans le secteur et nous sommes impatients de travailler avec les enseignes, les fabricants et nos syndicats pour le mettre en œuvre au Pakistan.”

Illustration : Travailleuses de la confection au Pakistan © OIT

Un travailleur tué, quatre autres blessés après une fuite de gaz en Inde

La fuite, qui provoquait des nausées, des migraines et des vertiges, s'est produite tôt dans la matinée, alors que les travailleurs descendaient de l'équipe de nuit.

La direction a promis de verser à la famille du décédé 0,6 million de roupies (7.513 $) à titre d'indemnisation.

Sanjyot Vadhavkar, le secrétaire général de notre affilié Chemical Mazdoor Federation of India (CMFI), a déclaré :

"Il est scandaleux qu'un travailleur périsse à cause de manquements graves dans la sécurité au travail. Faire l'aumône d'une indemnisation aux proches de la victime n'est en rien une solution aux violations de la sécurité au travail qui sont légion dans le pays."

L'industrie manufacturière indienne se distingue par les risques pour la santé et la sécurité des travailleurs qui paient un lourd tribut, parfois au prix de leur vie. D'après les données rassemblées par IndustriALL, 78 accidents industriels ou miniers au moins se sont produits pendant le premier semestre 2022, et ils ont tué au moins 199 travailleurs et en ont blessé plus de 348.

Apoorva Kaiwar, la secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Asie du Sud, a déclaré :

"Il faut que les employeurs prennent au sérieux les pertes de vies de travailleurs. Les travailleurs ne vont pas au travail pour y mourir et c'est à la direction qu'il incombe de faire en sorte que cela n'arrive pas. IndustriALL exhorte les employeurs et le gouvernement à améliorer de toute urgence la sécurité des travailleurs en Inde."

Qu’implique pour les travailleurs et travailleuses du pétrole et du gaz la Transition juste ?

En décembre 2020, avant la crise énergétique actuelle en Europe, le gouvernement danois a adopté une loi contraignante pour la neutralité climatique d’ici 2050. Cette loi prévoit l’abandon progressif de l’extraction du pétrole et du gaz par des mesures de Transition juste et le renoncement au cycle actuel d’octroi de licences.

Selon Oliver Warwick, de la confédération syndicale danoise FH, les syndicats ont salué les objectifs ambitieux du gouvernement, à une exception près : l’annulation du dernier cycle d’octroi de licences, qui n’aurait pas d’impact sur les objectifs climatiques, mais bien un impact négatif sur les travailleurs et travailleuses.

Lors du sommet de la mer du Nord qui s’est tenu en 2022 au Danemark, les dirigeants d’Allemagne, de Belgique et des Pays-Bas ont annoncé un objectif commun : multiplier par quatre la capacité éolienne en mer d’ici 2030, et par dix d’ici 2050.

“Un tel investissement dans les énergies renouvelables nécessite également un investissement important dans la formation et la requalification. Les partenaires sociaux ont créé une académie offshore où les syndicats et les entreprises s’assurent que les compétences des travailleurs et travailleuses correspondent aux compétences requises dans le secteur naissant,” a indiqué Oliver Warwick.

Anya Kartoffel du syndicat ver.di, d’Allemagne, a expliqué que les syndicats allemands ont été fortement impliqués et ont soutenu le plan national pour éliminer progressivement le recours au charbon. Cependant, avec la crise actuelle et la dépendance du pays au pétrole et au gaz importés de Russie, il est difficile de poursuivre le démantèlement de la filière charbon selon le calendrier initial.

Bien que confrontée à la même crise que le reste de l’Europe, l’électricité en France est décarbonée grâce à la production d’énergie nucléaire.

“Nous devons investir dans une consommation d’énergie efficace et les entreprises impliquées dans la transition énergétique doivent investir dans la formation d’une main-d’œuvre qualifiée pour la dite transition,”

a précisé Christophe Beginet de la CFDT, France.

La centrale syndicale néerlandaise FNV soutient les politiques climatiques du gouvernement mais insiste sur la création de fonds pour le charbon afin de soutenir les travailleurs et travailleuses en transition. La FNV s’efforce d’influencer les fonds de pension néerlandais pour qu’ils se désengagent des industries fossiles et investissent plutôt dans des industries plus durables. En collaboration avec le gouvernement et les entreprises, les syndicats travaillent sur une plateforme pour une conduite responsable du secteur des énergies renouvelables.

Sur le continent américain, la situation des syndicats est plus encourageante. Aux États-Unis, la loi sur la réduction de l’inflation vise à créer des emplois dans le secteur de l’énergie propre, à stimuler les investissements dans les énergies renouvelables, à revitaliser le secteur manufacturier et à réduire les coûts des soins de santé. Cette loi devrait permettre de créer 1,5 million d’emplois dans les secteurs de la construction et de la fabrication.

“C’est la première fois que nous avons quelque chose qui ressemble à une politique industrielle aux États-Unis, surtout s’agissant d’une politique axée sur le climat et l’énergie,”

a commenté Brad Markell de l’AFL-CIO.

“Il s’agit d’une évolution positive, même si la transition elle-même suscite encore des inquiétudes. L’augmentation de la part des énergies propres entraînera une réduction de l’utilisation du charbon et du pétrole, ainsi que des véhicules à combustion interne. Mais s’agissant des travailleurs et travailleuses de ces secteurs, il n’y a toujours pas de dispositions les concernant. La loi a ses limites et les syndicats continueront à se battre.”

a conclu Brad Markell.

Daniel Gaio de la CUT, Brésil, a fait le point sur les élections à venir et sur les engagements de l’ancien président Lula en faveur de davantage d’actions sur le changement climatique et la Transition juste.

“Le gouvernement Bolsonaro a été calamiteux pour l’environnement et pour les travailleurs. Il a annulé les investissements de Petrobras, la compagnie pétrolière et gazière publique brésilienne, dans les énergies renouvelables, privant ainsi l’État d’un outil essentiel pour mener la Transition juste. La privatisation et le recours accru à des travailleurs en sous-traitance au sein de Petrobras ont entraîné des pertes d’emplois, tout en aggravant la situation. Mais nous avons de grands espoirs pour l’éventuel retour d’un gouvernement sous l’autorité de Lula,”

a indiqué Daniel.

Les syndicats canadiens se sont battus pour obtenir une loi nationale sur la Transition juste, attendue à la fin de cette année ou au début de 2023. Selon Tara Peel, du Congrès du travail du Canada, la principale leçon à tirer du groupe de travail canadien sur la Transition juste pour l’élimination progressive du charbon est que les syndicats doivent avoir plus qu’un rôle consultatif.

“Nous devons avoir une place à la table où se prennent les décisions et c’est bien la revendication du Congrès du travail du Canada et de ses affiliés.”

Sari Saarinen, d’Unifor Canada, a déclaré que des mesures réelles sont nécessaires et que les travailleurs et les communautés concernées doivent faire partie de la transition afin de garantir des emplois bien rémunérés au sein de ces communautés.

“C’est là le véritable défi et ce qui manque, ce sont des politiques industrielles et sectorielles ainsi que des formations pour fournir les compétences à la prochaine génération de travailleurs et travailleuses. Il s’agit d’un rôle clé que les gouvernements, tant fédéral que provinciaux, doivent assumer,

a indiqué Sari Saarinen.

Cette initiative sur la Transition juste, organisée par la Confédération syndicale internationale (CSI), LO Norvège et IndustriALL, offre aux syndicats une plateforme mondiale pour échanger des informations sur la Transition juste dans la chaîne de valeur du pétrole et du gaz.