DRDH : transformer la conformité aux normes en véritable levier

En ouverture de session, le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a avisé que même si les accords-cadres mondiaux ont fait avancer le débat, ils ne sont pas juridiquement contraignants. Leur portée s’avère donc insuffisante pour protéger pleinement les travailleurs et travailleuses. À titre d’exemple, les réglementations récemment adoptées en France, en Allemagne, en Norvège et au sein de l’UE marquent certes un progrès majeur sur les cinq dernières années, a-t-il déclaré, mais il reste toutefois des batailles décisives à livrer pour aboutir à leur mise en œuvre.

Lors de son discours inaugural, Judith Kirton-Darling, Secrétaire générale d’industriAll Europe, a fait valoir qu’à défaut d’une volonté concertée des syndicats d’asseoir leur pouvoir et de faire de la DRDH un outil vivant, les cadres juridiques n’ont pas de réelle utilité. Elle a souligné qu’il nous appartient aussi de nous adapter à mesure que les modèles économiques évoluent, en veillant à défendre sans relâche les droits des travailleurs et la liberté syndicale au sein d’une économie en mutation rapide.

La tâche des syndicats consiste à créer une véritable dynamique autour de la DRDH en rapprochant les efforts de syndicalisation dans les pays du Nord et du Sud et en rendant possible l’application de la diligence raisonnable à l’ensemble des chaînes d’approvisionnement. Des syndicats forts et des structures durables sont essentiels, comme l’a pointé Atle Høie, car sans syndicats, il n’y a pas de véritable démocratie.

Les syndicats doivent être moteur de changement

Au cours de ces deux journées d’échanges, les intervenants ont mis l’accent tant sur les risques que sur les opportunités qui se présentent. Veronica Nilsson, membre de la Commission syndicale consultative TUAC, a souligné l’importance incontournable des points de contact nationaux de l’OCDE, tandis que Kan Matsuzaki, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a insisté sur la nécessité de renforcer la densité syndicale et de soutenir directement les travailleurs et travailleuses sur le terrain.

Les participants ont exprimé leur vive inquiétude quant au fait que les entreprises se refont une virginité par le biais d’initiatives industrielles peu contraignantes et d’audits volontaires. Changer la réalité sur les lieux de travail grâce à un renforcement du contrôle, de la communication et des réseaux syndicaux transfrontaliers s’impose comme une priorité pour bon nombre d’entre eux.

Les discussions au plan sectoriel ont fait ressortir l’urgence de la situation. Justice Chinhema, du syndicat du diamant du Zimbabwe ZDAMWU, a fait état de violations quotidiennes des droits syndicaux fondamentaux dans le secteur minier et s’est interrogé sur la manière dont le cadre de la DRDH s’applique lorsque les investisseurs en Afrique subsaharienne proviennent de pays non européens. Claudia Rahman, du syndicat allemand IG Metall, a souligné qu’une DRDH efficace dépend de structures solides et d’une  évaluation scrupuleuse des risques, en ce compris les mesures de représailles contre les travailleurs et travailleuses. Elle a fait remarquer que les syndicats des maisons mères disposent d’un levier important, mais que leurs succès reposent sur une coopération beaucoup plus étroite avec les syndicats des pays de production. Ildikó Krén a mis en exergue, au nom d’industriAll Europe, la nécessité de former les salariés et d’élaborer des stratégies de syndicalisation concrètes qui permettent de transposer le concept abstrait de DRDH en améliorations concrètes des conditions de travail.

La deuxième journée avait pour thème la coordination le long des chaînes de valeur mondiales. Karin Ström, a présenté, pour le compte du syndicat Unionen, un outil d’analyse de la transparence permettant de cartographier les chaînes d’approvisionnement tandis que Nazma Akter, du syndicat bangladais SGSF, a cité l’Accord international pour preuve que des mécanismes juridiquement contraignants, axés sur les travailleurs et travailleuses, peuvent fonctionner lorsqu’ils se fondent l’unité.

La conférence de Paris a lancé un message explicite : les syndicats sont prêts à agir avec les outils dont ils disposent. Le défi consiste désormais à y recourir de manière stratégique afin que la DRDH ne se résume pas seulement à une question de conformité, mais fasse aussi office de levier.

De la conformité à un véritable levier

Prenant appui sur les entretiens de Paris, IndustriALL et industriAll Europe continueront à faire avancer le dialogue sur la manière de traduire ces idées en une approche plus structurée et coordonnée. Les prochaines étapes potentielles comprennent une cartographie plus élaborée des outils réglementaires et instruments de levier, le renforcement des réseaux syndicaux mondiaux, l’exploration de moyens pour mieux intégrer la DRDH dans les accords-cadres mondiaux ainsi que le renforcement du potentiel des affiliés à tous les niveaux.

Les syndicats argentins orchestrent une grève nationale contre la réforme du travail

L’objectif était d’opposer un refus, le jour même de son débat en Chambre des députés, au projet de loi sur la « modernisation du travail » promu par le Président argentin Milei. Les salariés affirment que ce texte, qui ampute certains droits individuels et collectifs inscrits dans la Constitution nationale, pourrait accroître la précarité de l’emploi.

Vendredi dernier, en tout début de matinée, les Députés ont approuvé la réforme du travail par 135 voix pour et 115 contre. Cependant, en raison de nouveaux amendements, le Sénat doit ratifier le texte avant sa promulgation. La modification majeure réside dans l’abandon de l’article 44, qui portait une coupe sombre à l’indemnisation des congés de maladie, avec une couverture réduite à 75 % voire 50 %.

Dans son appel officiel à la grève nationale, la Confédération générale du travail de la République argentine (CGT) a mis en avant la perte de quelque 120.000 emplois dans le secteur privé et 80.000 dans le secteur public. Le nombre d’employés de maison a, quant à lui, baissé de 25.000 durant les deux années du mandat de Milei. Elle a également mis le doigt sur l’aggravation de la crise, la destruction du tissu industriel, la hausse du chômage, la diminution du pouvoir d’achat ainsi que sur l’accroissement de la dette publique et privée.

La CGT a fait ressortir que les graves problèmes de pauvreté, de chômage, de précarité et de détérioration du contexte social ne découlent pas des réglementations inhérentes au marché du travail, mais sont la conséquence directe d’une absence de croissance et d’investissements productifs au plan des politiques économiques nationales. Elle a souligné, par ailleurs, que ses adhérents sont ouverts à une véritable modernisation du travail, qui soit respectueuse des droits acquis et qui fasse œuvre commune afin que le pays, en équilibrant croissance et progrès, puisse offrir de meilleures perspectives de développement personnel, familial et communautaire.

Les Centrales syndicales argentines CTA-A et CTA-T se sont également jointes à la grève contre la réforme du travail, la qualifiant de régressive pour la classe ouvrière. La CTA-A a déclaré que le projet de loi en question constitue à la fois une attaque directe contre les droits de la population dans son ensemble et une atteinte à la démocratie. Elle a martelé qu’il abolit des acquis historiques tels que les congés payés, le repos hebdomadaire, les indemnités de licenciement, la journée de travail de huit heures et les dispositifs de protection de base. Elle anticipe les conséquences de l’adoption d’un tel document, à savoir une plus grande précarité, une flambée du travail informel, une hausse du chômage et une exclusion sociale accrue.

La CTA-T a qualifié la réforme d’acte d’agression du gouvernement contre les travailleurs et travailleuses, qui survient dans un contexte anxiogène, alors que l’Argentine affiche l’un des salaires moyens les plus bas d’Amérique latine assorti d’une perte du pouvoir d’achat d’environ 30 %, le tout sur fond de milliers de nouveaux licenciements. Elle a expliqué que la réforme du travail et son cortège de mesures d’austérité ne constituent pas un volet isolé, mais s’inscrivent dans un projet régressif qui vise à faire peser le poids de la crise sur les épaules de celles et ceux qui vivent de leur travail.

IndustriALL soutient fermement les syndicats argentins dans leur opposition à la réforme du travail. Celle-ci soulève de sérieuses préoccupations du point de vue syndical, car elle propose des mesures susceptibles d’affaiblir la négociation collective, de restreindre l’activité syndicale et de porter atteinte aux droits fondamentaux reconnus par les normes internationales du travail de l’OIT, en particulier la liberté d’association, le droit à la syndicalisation et à la négociation collective.

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a déclaré :

« Je félicite nos affiliés argentins de résister à ces assauts contre les droits des travailleurs. La réforme de la loi du travail prouve à quel point le Président Milei se moque du sort des travailleurs et travailleuses. La grève nationale témoigne d’une opposition forte dont le Parlement devra tenir compte. »

Coup d’accélérateur à Chattanooga : une convention historique chez VW franchit la ligne d’arrivée

L’accord verrouille une augmentation salariale de 20 %, une réduction des coûts de santé, des garanties en matière de sécurité de l’emploi ainsi qu’une procédure exécutoire pour le règlement des conflits, offrant ainsi la dignité, la sécurité et le respect tant attendus sur le lieu de travail. Ce scrutin marque l’aboutissement d’une lutte longue de plusieurs années pour obtenir la reconnaissance syndicale et le droit à la négociation collective.

Cette victoire fait suite à la décision prise par les travailleurs et travailleuses, en avril 2024 et à une écrasante majorité, de s’affilier au Syndicat américain de l’automobile (UAW), avancée majeure pour la syndicalisation dans le Sud, traditionnellement hostile aux syndicats. En octobre 2025, après plus d’un an de négociations, les salariés ont fait preuve de leur détermination par le vote d’une grève leur permettant d’obtenir un accord équitable. Le mandat ainsi donné a renforcé leur pouvoir de négociation et, début février, un projet de convention a été conclu, approuvé depuis, de façon retentissante, par les adhérents.

« Cette victoire est révélatrice de ce qui devient possible lorsque les travailleurs et travailleuses se mobilisent et refusent d’être ignorés. Nous n’avons pas seulement obtenu de meilleurs salaires et des normes plus élevées au sein de notre usine d’assemblage, nous avons imposé le respect à la table des négociations et avons couché le tout sur le papier », a déclaré Yogi Peoples, membre du Comité de négociation. « Notre victoire ici chez Volkswagen doit parler à tous les salariés du secteur de l’automobile : ne laissez pas la direction vous diviser. Lorsque les travailleurs et travailleuses se battent ensemble, unis et sans crainte, nous pouvons surmonter les obstacles et obtenir gain de cause. »

Le Président de l’UAW, Shawn Fain, a salué le courage et la persévérance des travailleurs et travailleuses :

« Les travailleurs de Volkswagen ont encore une fois soulevé des montagnes. Ils ont eu le courage de se dresser et de se syndiquer, puis la force de caractère d’autoriser une grève et de tenir bon pour obtenir une convention qui les honore. Ils montrent la voie à l’ensemble du mouvement syndical et aux salariés du secteur de l’automobile non syndiqués partout dans le monde. Bienvenue dans la famille UAW. »

La victoire de Chattanooga a été obtenue grâce à une solidarité qui dépasse les frontières. Les travailleurs et travailleurs ont reçu le soutien du Conseil d’entreprise de Volkswagen et d’IG Metall, le puissant syndicat allemand des métallurgistes, affilié à IndustriALL, démontrant ainsi l’importance de la coopération syndicale à échelle mondiale au sein des entreprises multinationales.

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, s’est félicité de cette avancée :

« Il s’agit d’une victoire historique non seulement pour les travailleurs de Volkswagen à Chattanooga, mais aussi pour l’ensemble des salariés partout aux États-Unis et dans le monde. Elle prouve que lorsque les travailleurs et travailleuses se syndicalisent collectivement et restent fermes, ils peuvent obtenir des accords contraignants. Cela envoie un signal fort aux entreprises multinationales partout dans le monde : le respect des droits syndicaux et de la négociation collective n’est pas facultatif, il est fondamental. »

Peu après avoir obtenu la reconnaissance syndicale, les adhérents ont élu un comité de négociation composé de 20 membres issus de leurs rangs, afin de s’assurer que l’ordre du jour des négociations reflète les priorités de la base. Le texte ratifié fournit désormais un cadre juridiquement contraignant synonyme de salaires équitables, de soins de santé plus accessibles, de conditions de travail plus sûres et de protections probantes contre le favoritisme.

Illustrations : site web de l’UAW

Les travailleurs et les syndicats démocratiques du Myanmar face à une pression croissante sous le régime militaire

Le 15 février, les dirigeants d’IndustriALL ont rencontré ceux, en exil, de la Fédération des travailleurs industriels du Myanmar (IWFM) afin de débattre des défis persistants auxquels sont confrontés les travailleurs et travailleuses ainsi que les adhérents syndicaux depuis le coup d’État militaire de 2021. Des responsables et des membres de l’IWFM toujours présents dans le pays ont accédé à la réunion en distanciel, mettant ainsi en relief la poursuite du travail du syndicat en dépit de la répression et des risques pour leur sécurité.

Depuis plus de cinq ans, les autorités militaires du pays ont accentué leur répression contre la société civile, les mouvements démocratiques et les droits des travailleurs. L’IWFM a indiqué que les syndicats indépendants ont été interdits, que leurs dirigeants ont été arrêtés et que la liberté syndicale a été fortement restreinte, ce qui affecte travailleurs, travailleuses et syndicats tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des frontières du pays.

Les chefs de file de l’IWFM en exil ont décrit les conditions qui les ont contraints à fuir après la prise de pouvoir par l’armée. Ils ont partagé des témoignages sur la répression systématique des activités syndicales et l’effondrement des protections fondamentales des travailleurs sous le régime militaire.

KhaingZar Aung, Président de l’IWFM, a déclaré :

« Depuis le coup d’État militaire, de nombreux dirigeants syndicaux de l’IWFM ont été contraints de vivre en exil dans des conditions extrêmement difficiles. Ils sont confrontés à une insécurité permanente, à un statut juridique précaire, à des difficultés financières et à l’éloignement de leurs familles, tout en continuant à assumer leurs responsabilités syndicales. En dépit de ces obstacles, ils restent déterminés à syndicaliser les travailleurs et travailleuses, à documenter les violations des droits du travail, à mener des actions de plaidoyer au niveau international et à coordonner les réseaux de soutien aux travailleurs et travailleuses déplacés et migrants.

« Vivre en exil nécessite une adaptation constante : il faut appréhender de nouveaux systèmes juridiques, s’assurer des moyens de subsistance et préserver la communication avec les collègues qui subissent la répression au pays. Leur résilience et leur solidarité ont permis à l’IWFM de conserver ses structures organisationnelles et de poursuivre la lutte pour les droits des travailleurs, la démocratie et la justice sociale, même dans des conditions de déplacement prolongé. »

Les dirigeants de l’IWFM ont souligné que la période que nous traversons actuellement représente un test crucial pour la communauté internationale, en particulier en ce qui concerne l’application de l’article 33 de la Constitution de l’OIT. Celui-ci permet d’appeler les États membres à prendre des mesures lorsqu’un pays ne se conforme pas aux recommandations relatives à des violations graves et récurrentes des normes du travail.

Bien que sa pleine exécution reste complexe, l’IWFM a relevé que la pression coordonnée des gouvernements, des employeurs et des institutions internationales s’avère essentielle pour garantir que les décisions de l’OIT ne soient pas purement symboliques. La Fédération a réaffirmé sa politique de collaboration avec la CTUM et les forces démocratiques alliées.

L’IWFM et IndustriALL sont convenus d’intensifier leur plaidoyer en faveur d’un suivi approprié au titre de l’article 33, visant à tenir les autorités militaires responsables de leurs actes, à restreindre l’accès aux ressources économiques qui alimentent la répression et à rétablir le respect des droits fondamentaux du travail au Myanmar. Le plan d’action conjoint comprend le renforcement de leur travail à l’intérieur du pays par la syndicalisation et le recours à des mesures correctives en cas de conflit.

 Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a déclaré :

« Nous admirons profondément le courage et la détermination des dirigeants syndicaux de la Fédération des travailleurs industriels du Myanmar, tant ceux qui sont en exil que ceux qui œuvrent à l’intérieur du pays, exposés à des risques immenses. Leur engagement inébranlable va bien au-delà de la défense des droits des travailleurs au présent. Il contribue à mettre le cap sur le rétablissement de la paix, de la démocratie et d’un futur serein pour le pays.

Vous n’êtes pas seuls dans votre lutte pour la démocratie au Myanmar. IndustriALL se tient à vos côtés et vous pouvez compter sur son soutien indéfectible. »

La réunion s’inscrivait dans le cadre d’une mission conjointe de la CSI-AP et des Fédérations syndicales internationales, en collaboration avec la Confédération des syndicats du Myanmar (CTUM), afin de débattre d’une action coordonnée en faveur de la démocratie et du mouvement syndical démocratique autour de la CTUM, en ce compris la campagne sur la résolution de l’OIT relative à l’article 33. La délégation a également engagé un dialogue avec des représentants du Gouvernement d’Unité Nationale, en particulier avec le Ministère du Travail.

« Je n’étais pas un prisonnier, j’étais l’otage du système » : Gennady Fedynich après sa libération d’une prison biélorusse

En décembre dernier, IndustriALL s’est rendue à Vilnius pour rencontrer Gennady Fedynich. Dans cet entretien, il évoque son emprisonnement, son état de santé, la destruction des syndicats indépendants en Biélorussie et les défis auxquels sont confrontés les syndicalistes en exil.

La Biélorussie figure parmi les pires pays au monde pour les travailleurs : les syndicats indépendants y ont été démantelés, les droits du travail criminalisés et la liberté syndicale complètement abolie, ce qui a suscité des appels urgents à une action internationale et à l’intervention de l’OIT. Les syndicats de Biélorussie subissent des attaques depuis août 2020, par le biais de perquisitions dans leurs bureaux et aux domiciles de leurs dirigeants et militants, des sanctions administratives ainsi que des détentions et des emprisonnements pour ceux qui luttent en faveur des droits des travailleurs.

Vous êtes libre, bien qu’expulsé. Comment allez-vous aujourd’hui ?

« La prison vous marque à jamais. Je prends soin de ma santé perdue. J’ai développé un diabète en prison et je devais subir une arthroplastie de remplacement que j’ai refusée. L’un des médecins m’a déconseillé de la faire pratiquer, car je risquais d’y laisser la vie. Dans notre pays, soigner les gens est un problème, mais se débarrasser des corps ne l’est pas.

Vous avez évolué de nombreuses années au sein du mouvement syndical. Avec le recul, qu’est-ce qui vous marque le plus ?

« J’avais 32 ans lorsque j’ai rejoint le mouvement syndical, et j’y ai été actif pendant 35 ans. Je ne le regrette en aucun cas. »

En avril 2022, le Comité pour la sécurité de l’État de Biélorussie (KGB) a qualifié le REP d’organisation extrémiste et interdit ses activités. Le KGB a affirmé que le REP n’avait pas respecté une décision de justice ordonnant le retrait de certains documents qu’il considérait extrémistes. La réponse du syndicat a été simple : cette décision de justice ne lui a jamais été notifiée, il ne pouvait dès lors ni la contester ni s’y conformer.

Lorsque le KGB s’est rendu compte de cela, il a compris que l’affaire aurait dû être classée. Pour ce faire, il aurait fallu en référer à un officier supérieur. Les poursuites ont donc suivi leur cours sur base d’une décision de justice elle-même essentiellement fabriquée de toutes pièces.

Au fil des ans, la pression sur les syndicats en Biélorussie s’est accrue. Je me suis toujours demandé pourquoi les dirigeants du REP avaient été condamnés aux peines de prison les plus longues, soit huit, neuf et dix ans. Le KGB m’a dit qu’il me surveillait depuis 16 ans. C’est très long. »

Qu’est-ce qui a conduit à votre emprisonnement ?

« C’était en 2023, à l’époque nous étions trois membres du REP à passer devant le tribunal dans le cadre d’une audience à huis clos. Une nouvelle accusation avait été introduite, en vertu de l’article 130, et nous avions en outre été déclarés extrémistes, ce qui est passible d’une peine pouvant aller jusqu’à douze ans de réclusion. Le tribunal n’a cité aucun fait prouvant l’extrémisme et le ministère public n’a même pas demandé l’application de cet article.

Nous avons nié toutes les accusations, mais notre sort avait été décidé d’avance. En Biélorussie, il existe ce que nous appelons la justice téléphonique et les décisions sont prises en fonction d’ordres venus d’en haut plutôt que par les tribunaux. La juge ne nous a pas infligé la peine maximale. Lorsque nous lui avons demandé pourquoi, elle a répondu que c’était parce que nous étions retraités. »

Comment étaient les conditions en prison ?

« Le personnel reçoit ses ordres de Minsk. Et les prisonniers politiques constituent une catégorie spéciale, destinée à être tournée en ridicule. Les autres prisonniers n’étaient pas autorisés à communiquer avec nous.

Les informateurs recevaient du thé, du café ou des cigarettes en échange de renseignements, notamment sur les prisonniers politiques. Et si vous étiez un détenu ordinaire, vous pouviez acheter à la cantine pour 200 roubles. Mais un prisonnier politique ne pouvait se fournir que pour 80 roubles.

Au début, ils nous ont donné des tenues de prisonnier matelassées, mais elles nous ont été retirées par la suite. La nuit, on parvenait à dormir environ 30 minutes, puis on se réveillait parce qu’il faisait trop froid. Je me levais donc généralement pour faire quelques exercices.

Tout le monde passe par l’isolement cellulaire. J’y ai passé dix jours. Il n’y avait que des bancs. Pendant la journée, on n’avait pas le droit de s’allonger, on ne pouvait que s’asseoir. »

Y a-t-il eu des moments particulièrement marquants ?

« Juste avant notre libération, après notre transfert à la prison du KGB, le matin ils ont joué l’hymne national biélorusse et demandé à tout le monde de se lever. Nous étions 13 à refuser de le faire. On nous a alors privé de petit-déjeuner.

Ils ont confisqué les documents relatifs à l’affaire, ma correspondance personnelle, les photos des membres de ma famille, mon rasoir électrique et même 700 roubles de ma pension. En quittant la prison, nous avons dû signer un document attestant que tout nous avait été rendu, ce qui en réalité n’a pas été le cas. »

Serait-il possible de recréer le REP en Biélorussie ?

« Bien sûr, une décision officielle de recréer le syndicat peut être prise, mais elle doit s’accompagner de mesures concrètes, notamment la restitution de nos locaux, sinon cela n’a aucun sens. Il est très dangereux d’être un syndicaliste indépendant en Biélorussie : impossible donc aujourd’hui de décider simplement de recréer notre organisation.

Les syndicats sont importants en termes de politique. Nous savons qu’une vingtaine de syndicalistes sont actuellement toujours en prison en Biélorussie, mais il y en a peut-être d’autres dont nous ne savons rien.

Un jour, les choses changeront, nous devons donc être prêts. »

Comment communiquez-vous avec votre famille qui est toujours en Biélorussie ?

« Nous nous parlons au téléphone. Après ma libération, sans même avoir reçu d’attestation la confirmant, ma femme et mon fils aîné sont venus me rendre visite. Un jour, ma femme a reçu un appel : on lui demandait où se trouvait son mari. Elle a appris à répondre : il est là où vous l’avez emmené.

Mais être séparés est un énorme problème pour nous. Nous aimerions être ensemble, mais où vivrions-nous ? Ma femme va prendre sa retraite pour pouvoir me rejoindre. La loi en Biélorussie a changé et il faut désormais être physiquement présent dans le pays pour effectuer des transactions immobilières. Je ne peux pas y retourner, car je n’ai plus de passeport. Nous sommes donc coincés pour le moment.

C’est une situation précaire qui n’a pas de solution simple. Nous devons dès lors faire attention à ce que nous disons et faisons pour protéger nos proches en Biélorussie. Mais nous continuons à planifier notre avenir en vue d’un retour à Minsk. Le statut précaire qui est le nôtre empêche qu’une issue simple puisse se dessiner. »

Quatre ans de guerre : En Ukraine les travailleurs continuent d’en payer le prix

La guerre d’agression menée par la Russie, qui a débuté par une offensive à grande échelle le 24 février 2022, inflige encore aujourd’hui des dommages désastreux aux travailleurs et travailleuses ukrainiens ainsi qu’à leurs syndicats. Quatre ans plus tard, les mines, les chemins de fer et les infrastructures énergétiques continuent d’être pris pour cibles avec pertes civiles.

Ce 1er février, dans la région de Dnipropetrovsk, les forces russes ont dirigé une attaque au moyen de drones de type Shahed contre une entreprise minière et un bus transportant des mineurs entre deux postes de travail. Douze personnes ont été tuées : dix mineurs et deux civils qui se sont précipités pour leur porter secours. Au moins 16 autres ont été blessées, dont plusieurs gravement. Quatre-vingt-onze mineurs ont été piégés sous terre dans des conditions dangereuses : tous des travailleurs du secteur de l’énergie qui assuraient le fonctionnement du réseau électrique ukrainien par un hiver glacial.

La même semaine, un drone a touché un train de voyageurs, provoquant la mort de civils à bord. Les infrastructures énergétiques, les chemins de fer et les installations industrielles font l’objet d’attaques systématiques. Des villes entières se retrouvent régulièrement privées d’eau, d’électricité et de chauffage. Les travailleurs et travailleuses sur le front ou dans des régions proches poursuivent leurs tâches sous une menace permanente.

À ce jour, les salariés ukrainiens ont déjà payé un lourd tribut à cette guerre. Plus de 1.000 d’entre eux ont été blessés sur leur lieu de travail en 2025 à la suite d’actes hostiles, dont au moins 200 ont semé la mort. Rien qu’au cours des premières semaines de 2026, des dizaines de travailleurs et travailleuses ont été blessés ou tués.

Les salariés du secteur de l’énergie, les mineurs, les cheminots, les postiers et les secouristes continuent d’œuvrer sous les bombardements pour assurer le fonctionnement du pays. En dépit de conditions hivernales rigoureuses, avec des températures chutant jusqu’à moins 27 degrés Celsius, les salariés du secteur de l’énergie s’évertuent à rétablir l’électricité après chaque frappe, pour voir leurs efforts réduits à néant lors d’une nouvelle attaque. Le bureau du Syndicat indépendant des mineurs d’Ukraine (NPGU), bien que privé d’électricité 20 à 22 heures par jour, persiste à défendre ses adhérents et à leur fournir assistance.

Les syndicats ukrainiens lancent un appel urgent à la solidarité

Début février, le Syndicat indépendant des mineurs d’Ukraine a lancé un appel à IndustriALL et à industriAll Europe à la suite des dernières attaques meurtrières. L’organisation a souligné qu’il ne s’agissait pas d’incidents isolés mais de frappes systématiques contre les salariés et des infrastructures critiques pour l’énergie, les transports et la vie économique du pays.

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a déclaré :

« Depuis quatre ans, les travailleurs ukrainiens font preuve d’un courage exemplaire pour défendre leurs lieux de travail, leurs communautés et leur pays. Les attaques incessantes de la Russie contre les mineurs, les travailleurs du secteur de l’énergie et les civils sont intolérables et doivent cesser. L’élan solidaire du mouvement syndical international ne faiblira pas. La paix, la démocratie et le respect des droits des travailleurs doivent prévaloir. »

Les syndicats ukrainiens ont également exprimé leur vive préoccupation quant au processus de réforme du droit du travail en cours.

Le 29 janvier dernier, IndustriALL et industriAll Europe ont sollicité par écrit une intervention urgente de l’OIT afin de garantir un processus de réforme conforme aux normes internationales du travail et l’instauration d’un véritable dialogue social.

Le projet de code du travail a été déposé précipitamment sans consultation significative des syndicats. Les affiliés ukrainiens ont exprimé leur profonde inquiétude face à l’érosion de droits fondamentaux et à la mise à l’écart des partenaires sociaux d’un processus destiné à façonner les relations de travail pour les années à venir.

Même en temps de guerre, les réformes doivent respecter les conventions de l’OIT ratifiées par l’Ukraine et défendre les principes du tripartisme et du dialogue démocratique.

Paix, démocratie et reconstruction

Dès les premiers jours de l’invasion, IndustriALL a fait preuve d’une solidarité sans faille envers ses affiliés ukrainiens en fournissant une aide humanitaire, en menant des actions de plaidoyer au niveau international et en soutenant des projets de reconstruction fondés sur les droits syndicaux.

Les syndicats ukrainiens ont été clairs : le fardeau de la guerre, de la reconstruction et des menaces pour la sécurité ne peut reposer sur les épaules des travailleurs et travailleuses. La reconstruction de l’Ukraine doit renforcer la négociation collective, la protection sociale et le travail décent, non les affaiblir.

IndustriALL soutient la campagne « Syndicats pour la paix et la démocratie » de la CSI, qui appelle à la fin de la guerre, au respect total du droit international et au rétablissement d’une paix fondée sur la justice et la démocratie.

Quatre années se sont écoulées et les travailleurs et travailleuses ukrainiens continuent de défendre leurs lieux de travail, leurs communautés et leur pays sous les attaques continues. IndustriALL réitère son soutien indéfectible aux travailleurs ukrainiens et à leurs syndicats et appelle à la fin immédiate de l’agression russe, au respect total du droit international humanitaire et à une reconstruction fondée sur les droits syndicaux, le dialogue social et les principes démocratiques.

La CSI a créé un Fonds de solidarité pour l’Ukraine. IndustriALL exhorte tous ses affiliés à verser, en cet hiver critique, des contributions ciblées, spécialement affectées à cette action, en signe de solidarité avec les travailleurs ukrainiens et leurs syndicats. Détails ci-dessous :

Référence : Fonds de solidarité

Compte CSI : 068-9007804-23

(BIC/Swift: GKCCBEBB – IBAN: BE92 0689 0078 0423)

Banque Belfius S.A.

Place Rogier 11

1000 Bruxelles Belgique

Chaînes d’approvisionnement mondiales : justices climatique et salariale indissociables

À Paris, lors du 12e forum de l’OCDE sur la conduite responsable des entreprises, les débats de la deuxième journée ont porté sur l’impact croissant du changement climatique sur les travailleurs et travailleuses. Les syndicats ont délivré un message clair : la résilience climatique et les droits des travailleurs sont indissociables.

Les études présentées lors de cette session ont montré une augmentation des consultations médicales et de l’absentéisme durant les périodes de chaleur extrême. Les travailleurs et travailleuses en font souvent les frais sous forme de perte de revenus, de répercussion sur les cadences de production et de conditions de travail hasardeuses.

Les représentants des usines ont énoncé des mesures d’adaptation telles que l’amélioration de la ventilation, la mise à disposition de systèmes d’hydratation, la modulation des horaires de travail, la planification des urgences et la modernisation des infrastructures. Cependant, beaucoup ont reconnu que les fournisseurs ne peuvent assumer seuls ces investissements. Sans changement dans les pratiques d’achat et sans partage des responsabilités financières, les coûts d’adaptation risquent d’être répercutés une fois de plus sur les travailleurs et travailleuses tout au long de la chaîne d’approvisionnement.

Les représentants des syndicats et des travailleurs informels ont souligné que l’adaptation aux changements climatiques doit inclure le point de vue des travailleurs, la protection sociale et la sécurité des revenus, en particulier pour les femmes et les travailleurs de l’économie informelle qui essuient des pertes financières importantes lorsque les températures augmentent. Le devoir de diligence doit aller au-delà des politiques et des audits pour inclure un suivi en temps réel, des normes de santé et de sécurité exécutoires et des pratiques d’achat qui permettent une certaine flexibilité quand les conditions deviennent dangereuses.

Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL, a réaffirmé que la résilience climatique est indissociable des droits syndicaux, avisant que les solutions adoptées seront vouées à l’échec si les travailleurs sont exclus du débat.

« Soyons honnêtes : à ce jour, nous manquons cruellement de protection. La production de nos vêtements se fait dans des pays où la chaleur devient un grave problème sanitaire et où les syndicats n’ont guère leur place. Si vous faites obstruction à l’existence de syndicats, vous ne trouverez jamais de solutions à ces problèmes, car les personnes qui les vivent au quotidien doivent être présentes à la table des négociations. Les droits syndicaux sont un droit humain fondamental. »

Il a précisé qu’on ne peut pas attendre des travailleurs qu’ils supportent les coûts de l’adaptation. Les enseignes, les propriétaires d’usine et, en définitive, les consommateurs doivent en assumer la responsabilité. Des modèles évolutifs tels que l’Accord international, qui envisagent notamment le stress thermique comme une problématique majeure sur le lieu de travail, sont en cours d’élaboration afin de garantir une répartition des coûts et une protection renforcée en matière de santé et de sécurité.

Les accords contraignants portent leurs fruits : les syndicats sont gage d’amélioration des salaires et de responsabilité assumée dans les chaînes d’approvisionnement mondiales

Lors du 12e Forum de l’OCDE sur la conduite responsable des entreprises, qui s’est tenu à Paris et marquait le 50e anniversaire des Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales, IndustriALL a livré un message clair : la résilience doit reposer sur des accords contraignants, des pratiques d’achat responsables et des négociations collectives, non pas sur des engagements volontaires.

Lors de la table ronde d’ouverture concernant les secousses au sein des chaînes d’approvisionnements, Christina Hajagos-Clausen, Directrice du secteur de l’habillement et du textile chez IndustriALL, a remis en question le déséquilibre structurel de la production mondiale, sur le constat que la « flexibilité » de la chaîne d’approvisionnement fait souvent peser le risque commercial sur les maillons inférieurs.

« Lorsque des crises surviennent, les enseignes ajustent leurs pratiques d’achat du jour au lendemain. Les travailleurs et travailleuses n’ont pas cette latitude. Sans négociations collectives ni accords contraignants, ils sont laissés pour compte et doivent absorber le choc. »

Les données de l’OCDE présentées lors du forum ont montré que si la plupart des entreprises publient désormais des informations sur la durabilité, seule une petite proportion d’entre elles rendent compte de manière significative de leur diligence raisonnable en matière de droits humains. Pour les syndicats, cela reflète un manque persistant de transparence dans sa mise en œuvre qui, faute de caractère exécutoire, ne protège pas les salariés.

Christina Hajagos-Clausen a souligné que la collaboration ne fonctionne que lorsqu’elle inclut des engagements exécutoires en matière de pratiques d’achat, de salaires et de relations sociales. Des modèles contraignants tels que l’Accord du Bangladesh et le cadre ACT au Cambodge démontrent comment des accords négociés peuvent intégrer la représentation des travailleurs dans la gouvernance de la chaîne d’approvisionnement et créer une plus grande prévisibilité en temps de crise.

ACT a organisé une session relative aux conventions collectives soutenues par les enseignes au Cambodge, un effort pratique visant à relier les promesses d’achat à des salaires plus élevés.

Athit Kong, Président du syndicat cambodgien CCADWU, a souligné l’importance d’intégrer directement les enseignes dans les structures de négociation :

« C’est là tout l’intérêt d’impliquer l’enseigne. Je ne vois pas d’autre modèle que celui-ci, rassemblant ces trois éléments, qui serait plus avantageux pour les travailleurs et travailleuses. Nous voulons des salaires décents, mais nous voulons aussi que cela soit durable pour le secteur. Il faut dès lors pouvoir se reposer sur des compétences de base. »

Durant son intervention, il a souligné que les augmentations salariales doivent s’appuyer sur des systèmes de relations sociales solides qui garantissent l’équité pour les salariés et la stabilité pour le secteur.

Les intervenants ont reconnu que de nombreuses initiatives d’entreprises n’ont pas abouti à de réelles améliorations. Un consensus clair s’est dégagé : la croissance des salaires ne peut être dissociée des promesses d’achat. Les achats responsables doivent renforcer, et non affaiblir, la négociation collective.

Le secteur de l’habillement au Cambodge, qui emploie principalement des femmes et fait vivre des millions de personnes est devenu un terrain d’essai en la matière. Bien que qualifiés d’« acte de foi », les accords contraignants en termes d’achat commencent à donner des résultats mesurables, fondés sur la confiance entre les enseignes, les syndicats et les employeurs, et alignés sur les priorités industrielles nationales ainsi que sur le développement des compétences.

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a souligné l’impact de cette approche :

« Il est essentiel de relier la négociation collective aux pratiques d’achat des enseignes afin de mettre en place un salaire vital. Au Cambodge, cela devient une réalité. Nous comptons désormais à notre actif la signature de huit conventions collectives qui augmentent les salaires de dizaines de milliers de travailleurs et travailleuses. Il s’agit d’un accord sans pareil qui montre que des engagements contraignants peuvent produire des résultats concrets pour les travailleurs et travailleuses. »

La conclusion du forum de Paris s’avère sans équivoque : une résilience qui n’inclurait pas les droits des travailleurs est illusoire. Des normes applicables, des négociations sectorielles et une responsabilité partagée sont les fondements de chaînes d’approvisionnement stables et équitables.

Pour IndustriALL, la direction à suivre est limpide : passer d’engagements volontaires à des accords contraignants, aligner les achats sur la fixation des salaires et veiller à ce que les travailleurs et leurs syndicats soient intégrés dans la gouvernance de la chaîne d’approvisionnement.

Les accords contraignants portent leurs fruits et lorsque les syndicats sont présents à la table des négociations, les chaînes d’approvisionnement deviennent plus stables, plus prévisibles et plus équitables.

Salaires et sécurité sociale : principales revendications des affiliés indonésiens

Cette décision stipule que les dispositions relatives à l’emploi doivent être supprimées et requiert l’élaboration d’une nouvelle loi sur le travail. Les députés disposaient d’un délai de deux ans, avec une date limite fixée au 31 octobre 2026, pour promulguer un nouveau texte conforme aux exigences de la Cour constitutionnelle. Depuis novembre 2024, le Parlement indonésien a inscrit le débat sur ce sujet à son programme législatif national prioritaire. Il entérine ainsi la reconnaissance politique de la nécessité de réviser le cadre actuel qui découle de la Loi Omnibus et des décisions de la Cour constitutionnelle y afférentes.

Dans le prolongement de leur réunion de 2025 sur la réforme du droit du travail, les affiliés indonésiens appellent à l’élaboration et à l’adoption d’une nouvelle loi sur le travail qui soit en tous points conforme aux normes internationales du travail. Les dispositifs législatifs proposés devraient offrir une protection complète aux travailleurs et travailleuses, notamment par l’amélioration des politiques salariales, l’extension et le renforcement de la couverture sociale, l’élargissement de la protection de la santé et de la sécurité au travail et l’approfondissement des garanties des droits fondamentaux des salariés, en ce compris la liberté syndicale et la négociation collective.

Les affiliés indonésiens exigent l’adoption de salaires décents, plutôt que de simples salaires minimums. Cela implique la mise en place d’un mécanisme de fixation des salaires plus cohérent et plus transparent, par le biais de rôles et fonctions accrus des conseils salariaux aux niveaux national, provincial et sectoriel. Les affiliés réclament également la mise en œuvre intégrale des barèmes et des structures salariales au sein des entreprises afin de garantir une progression salariale équitable, la transparence et l’égalité de rémunération pour un travail de valeur égale.

En matière de sécurité sociale, les affiliés indonésiens demandent une couverture sociale plus large et plus inclusive, basée sur l’emploi. Des mesures d’application plus strictes s’imposent entre autres afin de garantir l’enregistrement, par les employeurs, de tous les travailleurs et travailleuses dans le système national de sécurité sociale. Les affiliés revendiquent également la mise en œuvre de régimes de protection sociale pour les travailleurs et travailleuses touchés par la transition énergétique et le changement climatique, compte tenu des risques croissants de perte d’emploi et de moyens de subsistance. En outre, ils réclament le renforcement de la protection de la maternité grâce à l’amélioration des régimes de prestations concernés, notamment par l’allongement du congé prévu. Les affiliés indonésiens exhortent en outre le gouvernement à ratifier la Convention n° 102 de l’OIT sur la sécurité sociale (normes minimales), élément essentiel à la consolidation du cadre national de protection sociale, conformément aux normes internationales du travail.

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a indiqué que le temps était venu pour les affiliés indonésiens de prendre des mesures concrètes quant à la réforme du droit du travail telle que proposée. Les salaires et la sécurité sociale constituent des revendications majeures dans la lutte pour l’égalité et les droits des travailleurs.

Ramon Certeza, Secrétaire régional d’IndustriALL pour l’Asie du Sud-Est, a déclaré que les affiliés d’Indonésie doivent renforcer leur cohésion et serrer les rangs autour d’une revendication commune relative à une nouvelle proposition de loi sur le travail.

Iwan Kusmawan, Président du Conseil indonésien, s’est montré très optimiste après la création du groupe de travail et a appelé de ses vœux l’élaboration d’une revendication collective par les affiliés d’IndustriALL dans le cadre du nouveau projet de loi sur le travail. Il a déclaré :

«D’ici mars, nous œuvrerons au sein du groupe de travail sur les salaires et la sécurité sociale et collaborerons avec des experts ainsi que d’autres parties prenantes sur notre nouveau projet de loi sur le travail. »

Inde : 300 millions de travailleurs et travailleuses se mobilisent

Cette action massive marque la dernière salve en date d’une lutte menée de longue haleine contre les quatre codes du travail adoptés par le Parlement sans consultation, sans convocation de la Conférence indienne du travail et au mépris flagrant des normes internationales du travail. Depuis l’introduction de ces codes et face à l’obstination répétée du gouvernement à ignorer les revendications des travailleurs et travailleuses, les syndicats ont déjà piloté six grèves générales à échelle nationale En sonneurs d’alerte, ils estiment que ces codes affaiblissent la négociation collective, restreignent le droit de grève, excluent près de 70 % des usines du champ d’application du droit du travail et privent des millions de salariés d’un environnement de travail sécurisé, d’un accès à la sécurité sociale ainsi que de la protection de leur salaire.

La publication du projet de politique en matière de travail et d’emploi Shram Shakti Niti 2025 a fortement exacerbé la frustration suscitée par ces aménagements juridiques. Selon les syndicats, cette proposition vise la centralisation du pouvoir et la refonte de l’État, installant celui-ci dans un rôle de facilitateur pour les employeurs plutôt que de garant des droits des travailleurs.

Les affiliés d’IndustriALL ont joué un rôle déterminant dans la mobilisation en suscitant l’adhésion à l’action nationale des travailleurs et travailleuses des secteurs de la fabrication, des mines, de l’énergie, du textile et connexes. Bien que chaque syndicat ait fait valoir des préoccupations spécifiques à son secteur, les revendications relatives à la sécurité de l’emploi, aux salaires équitables, à la protection sociale et à la défense du droit à la négociation collective ont fait l’objet d’une réelle convergence.

Sanjay Vadhavkar, Secrétaire général de la Fédération indienne des travailleurs de la sidérurgie, de la métallurgie et de l’ingénierie, aussi membre du Comité exécutif d’IndustriALL, a déclaré :

«La population active s’exprime d’une seule voix, le gouvernement ne peut continuer à faire la sourde oreille. Nous exigeons la dignité, la sécurité de l’emploi et la reconnaissance de la santé, de la sécurité et de la protection sociale comme droits fondamentaux. Tout modèle de développement qui néglige le bien-être des travailleurs et travailleuses n’est ni durable ni juste. Nous continuerons à lutter jusqu’à la satisfaction de nos revendications, en particulier le retrait immédiat des réformes anti-ouvrières et l’établissement d’un dialogue constructif avec les syndicats et les salariés. »

Sanjay Singh, Secrétaire général de la Fédération nationale indienne des travailleurs de l’électricité et membre du Comité exécutif d’IndustriALL, a déclaré :

« Le message des travailleurs est clair : cessez de démanteler les mesures de protections du travail. La sécurité de l’emploi, la sécurité sur le lieu de travail et la protection sociale sont des droits des travailleurs et non des concessions accordées à la convenance du gouvernement. Nous poursuivrons notre combat en faveur de l’abrogation des quatre codes du travail, du rétablissement de la NREGA (Loi nationale de garantie de l’emploi rural Mahatma Gandhi), de la relance de l’ancien régime de retraite et de la mise en œuvre intégrale de nos revendications légitimes. »

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a déclaré :

« La force de cette grève réside dans l’unité et la détermination de la classe ouvrière indienne. IndustriALL est pleinement solidaire des syndicats et des travailleurs indiens. Leurs revendications reflètent les normes internationales fondamentales du travail, notamment la liberté syndicale, la négociation collective, la protection sociale et la sécurité des conditions de travail, autant de droits qui doivent être respectés et défendus par le gouvernement. »