Maigre bilan de Yaoundé : peu de résultats pour l’Afrique lors de la réunion des ministres de l’OMC

La réforme de l’OMC, le commerce électronique, les subventions à la pêche, l’agriculture et le paquet de mesures en faveur des pays les moins développés ont été renvoyés à Genève, en Suisse, pour y être approfondis.

Ce résultat a déçu les syndicats et les organisations de la société civile, qui avaient planifié leurs propres réunions parallèles et espéraient que la conférence permettrait de réelles avancées sur des questions de développement qui les préoccupent de longue date. Au lieu de cela, elle a mis en évidence de vives divergences concernant la marge de manœuvre politique des pays en développement, l’avenir du commerce numérique et l’équilibre entre les intérêts multilatéraux et la souveraineté nationale.

Droits de douanes sur les transmissions électroniques dans l’impasse

L’impasse la plus visible concernait le moratoire établi de longue date sur les droits de douane applicables aux transmissions électroniques. Ce texte, en vigueur depuis 1998, empêche les membres de taxer les produits numériques transfrontaliers tels que les logiciels, la musique ou les livres électroniques. Traditionnellement renouvelé tous les deux ans, il a expiré après que les ministres, qui constituent l’instance décisionnelle suprême de l’OMC, ne sont pas parvenus à s’entendre sur une prolongation.

Les États-Unis ont d’abord plaidé en faveur d’une interdiction permanente, avant de proposer un renouvellement de cinq ans. Le Brésil a insisté pour s’en tenir à la norme de deux ans, arguant qu’un gel plus long limiterait la capacité des pays en développement à générer des recettes et à façonner leur politique numérique. Le moratoire connexe sur l’engagement de ne pas déposer de plaintes en situation de nonviolation ou motivées par une autre situation au titre de l’accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC) a également expiré sans prorogation.

Les syndicats, notamment la CSI, IndustriALL et l’Internationale des services publics, ainsi que des organisations de la société civile africaine, dont l’Africa Trade Network, ont considéré cet échec comme le reflet de déséquilibres plus profonds au sein des structures de l’OMC. La plupart ont fait valoir qu’un moratoire permanent ou prolongé profiterait de manière disproportionnée aux grands exportateurs du numérique tout en limitant les options des économies qui sont encore en train de construire leur infrastructure en la matière.

Une occasion manquée pour l’agriculture

L’agriculture, une priorité pour les membres africains et d’autres pays en développement, n’a une nouvelle fois donné lieu à aucune avancée concrète. Aucune décision n’a été prise concernant le soutien interne, l’accès aux marchés, la sécurité alimentaire publique ou le mécanisme de sauvegarde spéciale. Les revendications formulées de longue date par les pays du « Cotton-4 » (Bénin, Burkina Faso, Tchad et Mali) en matière de subventions sont également restées sans réponse. Les États-Unis avaient bloqué tout progrès sur l’agriculture plus tôt dans la conférence, appelant à une remise à plat de ces négociations.

Un autre point sensible a concerné la proposition d’intégrer l’Accord sur la facilitation des investissements pour le développement dans les règles de l’OMC. Les syndicats et la société civile ont averti que son adoption formelle risquait de compromettre le caractère consensuel de l’organisation.

Les représentants des syndicats et de la société civile ont présenté le Protocole sur l’investissement de la Zone de libre-échange continentale africaine comme un cadre régional plus approprié, arguant qu’il évite un arbitrage international conflictuel et protège mieux les investisseurs nationaux.

Paule-France Ndessomin, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Afrique subsaharienne, a déclaré que cette réunion constitue une occasion manquée d’élargir l’espace de politique industrielle pour la création d’emplois décents, en particulier pour la population jeune d’Afrique, conformément à l’Accord de Marrakech qui a institué l’OMC.

« Des règles commerciales plus justes et plus équitables, qui créent des emplois et donnent la priorité aux travailleuses et travailleurs ainsi qu’aux communautés africaines, sont nécessaires pour aller de l’avant »,

a-t-elle affirmé.

Roxanne Brown parle de pouvoir, de solidarité et d’une nouvelle ère pour les femmes dans le mouvement syndical

« Ce moment ne concernait pas que moi. Il nous concernait toutes. »

Le 1er mars dernier, Roxanne D. Brown est devenue la 10e Présidente internationale du Syndicat des Métallos USW : première femme, et première femme noire, à diriger l’un des syndicats les plus puissants d’Amérique du Nord.

Elle est parfaitement consciente de ce que cela signifie. Bien plus qu’une étape personnelle, une étape collective. Un moment qui a cristallisé, comme elle l’a dit, « tant d’espoirs, de rêves, de luttes silencieuses et de prières » et qui revient à toutes ces collègues à qui on avait un jour martelé qu’atteindre le sommet n’était pas pour elles.

Un mois plus tard, alors qu’elle s’adressait à IndustriALL durant la Conférence internationale des femmes de l’USW à Toronto, ce moment historique avait gardé tout son poids. Aux yeux des retraitées qui ont déclaré qu’elles n’auraient jamais pensé vivre assez longtemps pour y assister. Aux yeux des jeunes femmes qui se demandent encore s’il y a une place pour elles en haut de l’échelle. Pour Roxanne Brown elle-même, qui, par habitude, se surprend encore parfois à se présenter comme « Vice-présidente ».

« Il n’y a rien que les collègues ne puissent accomplir. Pour elles, où que ce soit de par le monde, il n’existe aucun poste, aucun rôle inatteignable, aucune tâche insurmontable. »

Armée pour ce moment

Roxanne Brown n’est pas arrivée à la présidence par hasard. Née à Kingston, en Jamaïque et élevée à White Plains, dans l’État de New York, elle s’est engagée dans le mouvement syndical portée par son vécu personnel : sa mère et sa tante occupaient des emplois syndiqués qui leur ont permis d’acheter une maison et d’accéder à la classe moyenne. Cette ascension a déterminé l’ensemble de son parcours.

Elle a rejoint l’USW il y a 27 ans. Depuis, elle a consacré près de trois décennies à lutter pour les travailleuses et travailleurs dans les secteurs de la santé, du commerce et de l’industrie manufacturière ainsi qu’en faveur de la sécurité au travail. Pendant tout ce temps, elle n’a cessé d’être portée par une seule conviction : ce sont les travailleuses et travailleurs qui ont le plus de poids autour de n’importe quelle table de négociation.

Sachez qui vous êtes

Devant une salle remplie de consœurs syndicalistes, Roxanne Brown a transmis la leçon qu’elle a partagée avec sa propre fille et qu’elle transmet désormais aux femmes au sein du mouvement.

« Tôt ou tard, le monde va essayer de vous imposer sa propre vision de qui vous êtes. Il est donc vraiment important que vous ayez conscience de qui vous êtes. Ainsi, lorsque ce moment viendra, vous vous dresserez, fortes de savoir qui vous êtes. »

Elle parle d’expérience. Dans les années qui ont précédé son élection, elle les a elle-même entendu les doutes, les limites que les autres tentaient de lui imposer. Elle avait déjà décidé de qui elle était.

Pour Roxanne Brown, se connaître soi-même ne relève pas d’un exercice contemplatif. Cela signifie accéder à ce qui nous rend puissantes et agir délibérément pour protéger cette conscience acquise. Elle tisse des liens avec les gens par la parole, par l’écoute, par les histoires qu’elle recueille et intègre dans son travail.

Elle parle ouvertement du syndrome de l’imposteur, le qualifiant non pas d’échec personnel, mais de phénomène structurel, une chose que les femmes doivent constamment gérer dans des espaces qui ne sont pas conçus pour elles.

« Même quand on sait qui l’on est, cette confiance vacille un peu et le syndrome de l’imposteur refait surface », a-t-elle souligné. « Savoir qui l’on est dès le départ et prendre des mesures pour se le rappeler, aussi modestes soient-elles, c’est vraiment important. »

Désignant sa fille de huit ans présente dans la salle de conférence, elle précise que celle-ci a bien plus de confiance en elle qu’elle-même, Roxanne Brown, n’en a jamais eue à cet âge. Pourquoi ? Parce qu’elle a grandi entourée de femmes fortes, tant au sein de sa propre famille et qu’au sein de sa famille syndicale, qui lui ont toutes montré à quoi ressemble le pouvoir dans la pratique.

« C’est de cela qu’il s’agit », a affirmé Roxanne Brown. « Montrer ce qui est possible. »

Renforcer le leadership des femmes : le modèle « Femmes d’acier »

La présidence de Roxanne Brown n’est pas le fruit du hasard.

Elle a été préparée pendant des décennies grâce au modèle puissant de développement du leadership féminin déployé par le mouvement syndical international.

Femmes d’acier, le programme de l’USW consacré à la syndicalisation et au leadership des femmes, est antérieur à la représentation féminine au sein du Comité exécutif du syndicat. À sa création,  la direction de l’USW était exclusivement masculine. Il a fallu attendre 2008 pour que la première femme fasse son entrée au Comité exécutif. Pourtant, l’ancien Président international, Leo Gerard, avait marqué son engagement envers le programme, envers les collègues féminines du syndicat, envers l’idée que les femmes avaient besoin d’une structure où elles pourraient apprendre, participer à des formations et appréhender l’exercice du pouvoir.

Les résultats parlent d’eux-mêmes. Si en 2008, une seule femme siégeait au Comité exécutif, aujourd’hui, elles y sont au nombre de trois. La majorité des chefs de département de l’USW sont des femmes. Et pour la première fois dans l’histoire du syndicat, la présidence  internationale est assumée par une femme.

« Si nous n’avions pu nous appuyer sur ce programme, j’ignore par quel biais nous aurions pu parler aux collègues de leur pouvoir », a déclaré Roxanne Brown. « De ce qu’elles apportent au syndicat et de la manière dont ce pouvoir le sert. »

Sous la direction de Randie Pearson, Directrice de Femmes d’acier, l’édition 2026 du programme a été entièrement remaniée. Le contenu de la formation, la formulation, les questions abordées, tout a été mis à jour pour refléter les besoins actuels des femmes. Cette refonte inclut la reconnaissance explicite de la violence domestique comme enjeu syndical, thématique dont les collègues ont autrefois douté qu’il puisse figurer sur la liste des préoccupations du syndicat.

« A l’époque, les collègues étaient confrontées à des problématiques dont elles ignoraient si elles pouvaient devenir des points d’attention pour le syndicat », a déclaré Roxanne Brown.

« Ce changement est désormais intégré dans la mouture dont nous disposons aujourd’hui. »

Aux affiliés du monde entier qui débutent ce parcours, elle adresse un message sans détour : tout commence par le leadership. L’engagement doit venir d’en haut. Et le programme doit être conçu pour durer, non seulement pour les collègues présentes aujourd’hui, mais aussi pour celles qui cherchent encore leur voie.

« Ceci n’est que le début »,

a-t-elle assuré.

« Et l’objectif est de faire en sorte que d’autres collègues ouvrent les yeux sur ce qui est possible. Car d’autres défis sont à venir. »

Solidarité internationale en période de pression

En tant que Vice-présidente régionale d’IndustriALL pour l’Amérique du Nord, Roxanne Brown amène, au cœur d’une coalition mondiale de travailleuses et travailleurs répartis dans 130 pays, toute la puissance des Métallos USW.

À un moment où la politique commerciale américaine, les attaques contre les droits des travailleurs et le démantèlement des protections sur le lieu de travail secouent les marchés du travail du monde entier, ce lien n’a jamais été aussi crucial.

« Quand les États-Unis éternuent, le monde attrape un rhume », a-t-elle fait remarquer. « Les travailleuses et travailleurs des États-Unis ne sont pas le gouvernement. Nous aussi, nous ressentons la douleur et la pression et nous comptons sur la solidarité de notre famille syndicale partout dans le monde. »

Elle se montre tout aussi directe au sujet de la menace qui pèse en Amérique du Nord. Le climat politique actuel, le démantèlement des protections en matière de diversité, d’équité et d’inclusion, l’assouplissement des réglementations sur la sécurité au travail, le chaos de la politique tarifaire qui a bouleversé les chaînes d’approvisionnement à l’échelle mondiale : tout cela n’est pas que simple agitation politique. Il s’agit de véritables dommages infligés aux travailleurs.

« Au cours de l’année écoulée, un grand nombre de protections érigées au profit des travailleuses et travailleurs en matière de sécurité et de santé ont été rabotées », a-t-elle signifié lors de la conférence. « Nous n’en percevons peut-être pas encore les effets immédiats. Mais ce jour viendra. »

Sa réponse à celles et ceux qui tentent de faire oublier aux travailleuses et travailleurs le pouvoir qu’ils détiennent est viscérale et sans ambiguïté. Ce sont eux qui ont bâti ces économies. Personne d’autre ne peut entrer dans les mines, les fonderies, les usines de pâte à papier et de papier et faire ce que le personnel syndiqué fait chaque jour. C’est là que réside réellement le pouvoir a-t-elle pointé.

« Nous les dépassons en nombre. Nous représentons la force. C’est ce que nous devons garder en tête ici et maintenant. »

Elle décrit IndustriALL comme la plateforme dont le mouvement a de toute évidence besoin à l’heure actuelle. Un espace où concentrer cette solidarité, où porter un regard lucide sur les exigences de la situation et où rappeler aux salariés du monde entier qu’ils ne se battent pas seuls.

« L’unique façon de traverser cette période consiste à prendre conscience que nous ne sommes pas seuls dans ce combat », a-t-elle indiqué.  « Que les travailleuses et travailleurs du monde entier se tiennent à nos côtés. »

« Qui a parlé d’une ère nouvelle ? »

Roxanne Brown, international president of the United Steelworkers, addressing the opening plenary of the USW Women of Steel conference in Toronto, March 2026
Roxanne Brown s’adresse aux déléguées lors de la séance plénière en ouverture de la conférence « Femmes d’acier » de l’USW à Toronto, mars 2026. Illustration : IndustriALL

Avant de quitter la scène, Roxanne Brown a balayé la salle du regard, dont plus de la moitié assistait à une conférence « Femmes d’acier » pour la première fois. Et elle a mis des mots sur ce qu’elle voyait.

« C’est ça, le leadership », a-t-elle déclaré. « Des collègues qui lèvent la main, qui veulent participer, qui ont la volonté de se former et d’enrichir leur propre boîte à outils. C’est le genre de leadership que nous attendons en tant que syndicat. »

Elle a évoqué cette collègue qui lui avait confié la veille avoir été désignée comme candidate à la présidence de sa section locale et qui a acquis la certitude de pouvoir y arriver après l’avoir rencontrée. Elle a évoqué la jeune femme qui s’est déclarée prête à s’impliquer davantage parce qu’elle avait vu non pas une mais trois collègues siéger au Comité exécutif international.

Cet événement du 1er mars 2026 ne concerne pas que moi, a-t-elle confié.

« Il incarne tant d’espoirs. De rêves. De luttes silencieuses. De prières. Et bien davantage. Nous avons accompli tout cela ensemble. Et ensemble nous continuerons à le faire. »

Nouveau régime d’assurance contre les accidents du travail pour les démolisseurs de navires au Bangladesh

La démolition navale est souvent considérée comme l’activité la plus dangereuse au monde. Les démolisseurs sont exposés quotidiennement à des risques liés aux matières toxiques, aux machines lourdes et aux chutes. La plupart du temps, ils n’ont que peu ou pas de recours lorsqu’ils se blessent ou tombent malades au travail.

Ce projet pilote EIS a été développé en partenariat avec l’OIT. Il met en place un fonds destiné à offrir une pension et un soutien financier aux travailleurs devenus incapables de travailler en raison d’un accident lié à leur activité ou d’une maladie professionnelle ainsi qu’à leurs familles.

Ce programme complète la Convention de Hong Kong pour le recyclage sûr et écologiquement rationnel des navires qui fixe des normes internationales pour le secteur.

BIMCO, la plus grande association internationale de transport maritime au monde, appelle ses membres à signer une lettre d’intention afin de contribuer au fonds EIS.

IndustriALL invite les armateurs à verser au fonds cinquante cents par tonne.

Une protection sociale pour le métier le plus dangereux au monde

Walton Pantland, Directeur pour la syndicalisation et les campagnes ainsi que la construction et la démolition navales auprès d’IndustriALL, a déclaré :

« La démolition navale représente un travail difficile et dangereux. Les travailleurs du secteur paient en effet un lourd tribut en termes de décès, de blessures et de maladies professionnelles. Ceux-ci étaient souvent laissés pour compte s’ils étaient blessés ou trop malades pour travailler. De la même manière que la Convention de Hong Kong rend la démolition navale plus sûre, ce programme EIS offre une protection sociale aux salariés. Cela signifie que les travailleurs et leurs familles percevront une pension s’ils sont dans l’incapacité de travailler. C’est la bonne décision pour le secteur, prise au bon moment. Nous exhortons les armateurs à verser cinquante cents par tonne au fonds afin d’améliorer les conditions de vie des démolisseurs de navires et de leurs familles. »

Le programme EIS applicable au secteur de la démolition des navires s’appuie sur le succès d’un régime similaire mis en place dans celui du prêt-à-porter au Bangladesh. Il s’agit du premier programme national d’assurance contre les accidents du travail destiné aux quatre millions de salariés de cette industrie, offrant des prestations à vie aux travailleuses et travailleurs blessés ainsi qu’aux familles de ceux qui ont perdu la vie au travail.

BP met en lock-out près de 1.000 travailleurs de sa raffinerie dans le cadre d’un conflit social illégal

Ce lock-out, qui met en péril les moyens de subsistance de centaines de travailleuses et travailleurs qualifiés et de leurs familles, intervient tandis que des négociations relatives à une convention sont en cours. Alors que le conflit entre dans son sixième jour, aucune nouvelle date de reprise de pourparlers n’a été fixée et le syndicat affirme que BP a choisi l’intimidation et la confrontation plutôt que la négociation de bonne foi.

Un lock-out planifié dès le départ

Mike Smith, Président national de la délégation syndicale de l’USW pour le secteur pétrolier, assure que la situation était prévisible dès la première heure des négociations.

« Dès le début, on a eu l’impression que c’était leur scénario. Ils ont agi à la fois au plan national, en ne proposant pas le modèle établi à ce niveau avec Marathon, et au plan local, en essayant de vider la convention collective de sa substance. »

La Présidente internationale de l’USW, Roxanne Brown, a condamné, sans équivoque, les actions de BP.

« La décision de BP de mettre ces travailleuses et travailleurs qualifiés en lock-out est inacceptable et illégale. Des générations de syndiqués ont assuré le fonctionnement sûr et efficace de cette raffinerie. Ils méritent d’obtenir une convention qui reflète leur valeur, non pas de subir des manœuvres d’intimidation destinées à leur arracher des concessions. »

Le syndicat exige la fin des manœuvres d’intimidation

Mike Millsap, Directeur du district 7 de l’USW, a averti que les conséquences, au-delà des salariés directement concernés, posent un risque pour l’ensemble de la communauté.

« Dans sa volonté de réduire les effectifs et d’imposer des baisses de salaire, BP choisit la confrontation et met en jeu la sécurité de la communauté en recourant à du personnel de remplacement inexpérimenté. Ce lock-out constitue une attaque directe contre les droits des travailleurs et une tentative d’affaiblir le pouvoir de négociation de ceux-là mêmes qui font le succès de ce site. »

La sécurité au travail et la pérennité de l’emploi au cœur des négociations

Mike Smith a souligné que le Comité de négociation du syndicat n’a cessé d’être disposé à dialoguer tout au long du conflit et a appelé BP à reprendre les pourparlers sans plus attendre.

« Notre Comité de négociation a été présent à la table et prêt à dialoguer. BP doit immédiatement mettre fin à ce lock-out et revenir à des négociations sérieuses. Un accord équitable est à portée de main si l’entreprise se montre disposée à négocier de bonne foi. »

Les principales revendications du syndicat portent sur la sécurité au travail, la pérennité de l’emploi et des salaires équitables.

Des actions prévues alors que la pression s’intensifie sur BP

Sans dates de reprise du dialogue à l’horizon, l’USW intensifie sa campagne publique. Des actions sont planifiées, notamment une éventuelle mobilisation à l’approche de l’assemblée générale des actionnaires de BP, prévue le 23 avril prochain près de Londres, moment susceptible d’attirer l’attention internationale sur ce conflit.

L’USW coordonne ses efforts de campagne stratégique et appelle ses affiliés et ses alliés à se tenir aux côtés des travailleuses et travailleurs en lock-out. Toute manifestation de solidarité et de soutien est la bienvenue alors que le syndicat élabore ses prochaines étapes.

Solidarité avec les travailleurs en lock-out

L’USW appelle BP à mettre fin immédiatement à ses pratiques de travail déloyales, à réintégrer toutes les travailleuses et tous les travailleurs en lock-out et à reprendre des négociations constructives qui respectent la dignité et l’engagement de ses salariés.

« IndustriALL est totalement solidaire des quelque 1.000 adhérents de l’USW victimes du lock-out imposé par BP sur le site de sa raffinerie de Whiting. Depuis des générations, ces travailleuses et travailleurs assurent le fonctionnement sûr et efficace de cette implantation ; leur contribution est inestimable et doit être respectée. Ce lock-out ne tient pas de la négociation mais de la coercition. Cela soulève de graves préoccupations au regard des normes du travail internationalement reconnues, notamment les conventions de l’OIT sur la liberté syndicale et la négociation collective. Nous appelons BP à mettre immédiatement fin au lock-out, à réintégrer tous les salariés concernés et à revenir à la table des négociations pour parvenir à un accord équitable garantissant la sécurité de l’emploi, des effectifs suffisants et des salaires équitables »

a déclaré Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL.

IndustriALL dépose une plainte auprès de l’OIT contre la Malaisie pour antisyndicalisme systémique

Cette plainte, déposée le 10 mars dernier en collaboration avec cinq syndicats affiliés malaisiens, accuse le gouvernement de ne pas garantir une protection adéquate contre l’ingérence des employeurs dans le droit des travailleurs à se syndiquer et à négocier collectivement, en violation directe de la Convention n° 98 de l’OIT, ratifiée par la Malaisie.

Un mécanisme de violations généralisé

Les douze dossiers concernent Flextronics Technology (Penang), Molex (Malaisie), Renesas Semiconductor KL, Texas Instrument Malaysia, XSD International Paper, General Aluminium Works, Hicom Automotive Manufacturers, Valeo Malaysia, Boeing Composites Malaysia, Nexperia Malaysia, Lumileds Malaysia et WiwynnTechnology Service Malaysia.

Dans chacune de ces affaires, les travailleuses, les travailleurs et les syndicats ont été confrontés à un ensemble de tactiques d’une constance remarquable, destinées à porter atteinte à leur liberté syndicale.

Les employeurs ont menacé les salariés de leur retirer primes, augmentations de salaire et avantages sociaux s’ils votaient en faveur de la création d’un syndicat. Ils les ont en outre avertis que l’usine fermerait ses portes et que des licenciements collectifs auraient lieu si des syndicats étaient créés. Les travailleuses et travailleurs migrants, parmi les plus vulnérables, ont été spécifiquement visés par des menaces d’expulsion et de non-renouvellement de leur permis de travail. Les bus de l’entreprise ont été délibérément retardés les jours de scrutin. Les bureaux de vote ont été rendus physiquement inaccessibles. Les salariés n’ont pas été autorisés à vérifier si leur nom figurait sur les listes électorales. Des militants syndicaux ont été licenciés, suspendus et soumis à des procédures disciplinaires à la suite de leurs résultats favorables.

Dans certains cas, les entreprises ont instrumentalisé le système judiciaire, déposant un recours après l’autre devant la Haute cour, la Cour d’appel et la Cour fédérale afin de retarder les procédures de reconnaissance de plusieurs années, voire de plus d’une décennie, pour l’un des dossiers en particulier.

Les travailleurs ont riposté et gagné mais la justice est restée évasive

Malgré des ingérences incessantes, les travailleuses et travailleurs de plusieurs entreprises ont fait preuve d’une détermination extraordinaire. Chez Nexperia, le syndicat a obtenu 95,92 % des voix. Chez Boeing Composites Malaysia, 85,2 % des votants se sont prononcés en faveur du NUTEAIW. Chez Lumileds, le syndicat a remporté le scrutin avec près de 70 % des suffrages, malgré les menaces de la direction d’expulser le personnel migrants, le refus d’accorder des pauses toilettes aux partisans du syndicat et les accusations fallacieuses de faute professionnelle à l’encontre des dirigeants syndicaux.

Pourtant, une victoire dans les urnes n’est que rarement synonyme de fin de la lutte. Chez Lumileds, un membre du Comité d’entreprise qui s’était élevé contre les intimidations post-scrutin a été licencié et contraint de dormir dans sa voiture après avoir été mis à la porte de son logement fourni par l’entreprise. Des travailleurs migrants ont été expulsés.

Chez XSD International Paper, vingt militants syndicaux ont été limogés quelques semaines après que le syndicat a été reconnu à 63,71 % des voix. Ils n’ont été réintégrés que plusieurs mois plus tard, à la suite d’une manifestation devant le Parlement malaisien.

Chez Renesas Semiconductor, bien que les tribunaux se soient prononcés à plusieurs reprises en faveur du syndicat et aient confirmé que l’entreprise s’était livrée à des pratiques antisyndicales, six ans après le dépôt d’une plainte officielle personne n’a encore été poursuivi ou sanctionné en vertu de la loi.

Les autorités n’ont pas agi

La plainte fait état d’un manquement constant des autorités malaisiennes à prendre des mesures efficaces. Les dénonciations déposées auprès du Département des relations sociales sont restées sans réponse ou n’ont donné lieu à aucune mesure concrète. Des enquêtes ont été ouvertes mais n’ont jamais abouti à des sanctions dissuasives. Les autorités ont privilégié la conciliation plutôt que l’application de la loi. Dans l’affaire Flextronics, une plainte urgente a été déposée auprès des agents du Département des relations sociales présents sur place pendant le scrutin. Aucune suite n’y a été réservée.

Dans ses observations de 2024, la Commission d’experts pour l’application des conventions et recommandations de l’OIT (CEACR) avait déjà signalé l’inefficacité des recours, la longueur des procédures et l’insuffisance des sanctions dissuasives en Malaisie dans les affaires de discrimination antisyndicale. Elle regrettait alors que le gouvernement n’ait pas fourni les informations demandées et n’ait apporté aucune modification à la disposition particulière de la Loi sur les relations sociales qui empêche les travailleuses et travailleurs de saisir directement les tribunaux.

Revendications d’IndustriALL

IndustriALL et ses affiliés font appel au Comité de la liberté syndicale de l’OIT pour qu’il recommande au gouvernement malaisien de prendre des mesures urgentes, notamment :

de veiller à ce que le scrutin secret et les procédures de reconnaissance se déroulent sans ingérence de l’employeur, avec un suivi actif et une intervention immédiate des autorités ;

de garantir des enquêtes diligentes et impartiales sur la discrimination antisyndicale, assorties de délais clairs et de conclusions motivées ;

d’imposer des sanctions efficaces, proportionnées et dissuasives, y compris une application effective de l’article 59 de la Loi sur les relations sociales ;

d’offrir des solutions rapides aux salariés concernés, entre autres une réintégration et une indemnisation ;

de prendre des mesures spécifiques pour protéger les travailleuses et travailleurs migrants, particulièrement exposés à la coercition ;

d’empêcher que les retards judiciaires excessifs ne deviennent un moyen de priver les salariés de leur droit de négociation collective.

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a déclaré :

« Les dossiers évoqués dans cette plainte ne représentent pas des incidents isolés ; ils témoignent d’une défaillance structurelle dans la protection des droits fondamentaux des travailleurs en Malaisie. Les travailleuses et travailleurs remportent les scrutins à une écrasante majorité et continuent pourtant d’être licenciés, intimidés et privés de leur droit de négociation. Le gouvernement malaisien doit agir et l’OIT doit lui demander des comptes. »

La plainte a été déposée conjointement avec les syndicats des secteurs de l’électronique (EIEUNR, EIEUSR et EIEUWR), du papier et de ses dérivés (PPPMEU) et des équipements de transport et industries connexes (NUTEAIW) qui représentent, à eux seuls, des dizaines de milliers de travailleuses et travailleurs dans l’ensemble de la Malaisie péninsulaire.

Illustration : Shutterstock

Convertir les lois sur la diligence raisonnable en résultats tangibles pour les travailleurs

Le Centre de compétence pour la DRDH a été créé par IndustriALL, UNI, la Confédération allemande des syndicats DGB et la Fondation Friedrich Ebert (FES). Il prend la forme d’une fondation à but non lucratif enregistrée aux Pays-Bas, soutenue à l’origine par un financement du ministère fédéral allemand de la coopération économique et du développement.

Il a pour mission de soutenir une transition fondamentale : passer d’une approche volontaire à un cadre juridique contraignant. Cette transition offre aux travailleuses et travailleurs du monde entier de nouvelles possibilités d’accéder à des voies de poursuite et de réparation. La cérémonie inaugurale, organisée par la FES, a débuté sur une déclaration d’intention limpide. Ce n’est qu’en plaçant les droits humains au cœur de la vie des entreprises que le monde pourra devenir plus équitable.

Kelly Fay Rodríguez, Directrice du Centre de compétences, a ouvert la séance en invitant l’auditoire à visualiser les travailleuses et travailleurs que ces lois visent à protéger : les ouvrières et ouvriers de la confection au Bangladesh, les mineurs de Zambie qui extraient du cobalt destinés aux batteries de véhicules électriques, le personnel d’entrepôt des pays où le fait de se syndiquer peut vous coûter votre emploi, les modérateurs qui examinent du contenu traumatisant pour un salaire ne dépassant pas deux dollars de l’heure.

« Pendant trop longtemps, lorsque ces droits étaient bafoués, les entreprises pouvaient s’en laver les mains. La distance leur servait de bouclier. Cette époque touche à sa fin. »

Au cours de la journée, trois tables rondes ont exploré les moyens de mettre ce principe en pratique. Elles ont abordé le paysage juridique, la reconnaissance syndicale au sein des chaînes d’approvisionnement mondiales et les réalités spécifiques auxquelles sont confrontés les travailleuses et travailleurs des secteurs des minerais critiques et des technologies. Des intervenants du Zimbabwe, du Kenya, du Brésil, de Côte d’Ivoire et de Roumanie ont livré des témoignages de première main quant à ce que cela demande de pouvoir se syndiquer, négocier et obtenir réparation. Ces trois tables rondes ont parlé d’une seule voix : les lois créent un levier si et seulement si les travailleurs ont leur mot à dire.

« Chez IndustriALL, nous disposons d’outils : les accords-cadres mondiaux, l’Accord, les Principes directeurs de l’OCDE. Toutefois même les meilleurs outils présentent des limites. Les travailleuses et travailleurs ont besoin de moyens de recours et il ne faut pas qu’ils attendent des années pour les obtenir »

a déclaré le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie.

Mettre en œuvre la DRDH

Les débats ont clairement démontré que les lois seules ne suffisent pas. Sans une implication significative des syndicats, la diligence raisonnable risque de se réduire à une simple formalité administrative. Ces lois peuvent devenir de puissants instruments de responsabilisation pour autant que les salariés siègent à la table de négociations. En clôture de la journée, Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, l’a dit sans détour :

« Les initiatives volontaires ne suffisent à changer ni la situation des travailleuses et travailleurs ni leur environnement de travail. Il nous faut une réglementation contraignante. Nous devons responsabiliser les entreprises et faire entendre la voix des salariés. »

Ce centre appuiera les syndicats grâce à un service d’assistance fournissant conseils, accompagnement et orientations vers des ressources spécialisées. Il les aidera à identifier les législations pertinentes, les leviers d’action existants et les moyens d’accéder aux mécanismes de mise en œuvre ainsi qu’aux voies de recours. Un laboratoire d’impact juridique, formé d’experts en matière de DRDH, de personnes de terrain et de spécialistes syndicaux, sera également mis en place. Il aura pour objectif de cartographier ces voies d’action et d’identifier les obstacles à l’application des lois.

IG Metall conteste l’élection du Comité d’entreprise de Tesla en raison d’actes d’intimidation et de menaces

Cette requête s’appuie sur l’article 19 de la loi allemande sur l’organisation des entreprises, qui interdit toute entrave aux élections par le biais de menaces ou de représailles.

Une campagne d’intimidation systématique

IG Metall dénonce une campagne soutenue d’intimidation à l’encontre des travailleuses, des travailleurs et des candidats qui soutenaient la liste syndicale. Pendant des mois, on a fait croire aux salariés que voter pour IG Metall revenait à voter contre Tesla et aurait des conséquences tant sur l’avenir de l’usine que sur leurs emplois.

Ces intimidations provenaient principalement des superviseurs et des directeurs d’usine qui occupent une position particulière au sein de l’entreprise. Position qu’ils ont utilisée pour influencer les élections de manière abusive. Des publicités lumineuses sur la façade de l’usine ont été autorisées pour la liste pro-direction, celles pour la liste d’IG Metall ont été immédiatement bloquées. Les dirigeants ont distribué des badges portant le slogan « Giga oui, syndicat non » et ont averti les travailleuses et travailleurs que voter pour IG Metall entraînerait une baisse de salaire. Dans certains cas, ont donné des instructions directes telles que : « Je ne peux que vous conseiller de ne pas voter pour la liste rouge. »

La Secrétaire générale d’IG Metall et Présidente d’IndustriALL, Christiane Benner, a déclaré :

« Le sentiment que l’élection chez Tesla a été influencée par des menaces est trop important pour ne pas porter le cas devant la justice. Nos collègues de l’usine, ainsi que les candidats au Comité d’entreprise, méritent des élections équitables sans avoir le sentiment qu’ils pourraient être sanctionnés par la suite à cause de leurs décisions. Au sein  d’un État constitutionnel comme l’Allemagne, cela doit non seulement être possible, mais aller de soi. À notre avis, cela n’a manifestement pas été le cas lors des récentes élections du Comité d’entreprise chez Tesla. Les principes démocratiques doivent s’appliquer à ces élections capitales.»

Jan Otto, Directeur régional d’IG Metall pour Berlin-Brandebourg-Saxe, a qualifié la situation d’inédite :

« En tant que syndicaliste, je n’ai jamais connu une atteinte à la cogestion démocratique telle que celle observée chez Tesla. Elon Musk et la direction allemande de Tesla ont utilisé tout leur pouvoir pour orienter cette élection du Comité d’entreprise en leur faveur. Nous nous défendrons contre cela par tous les moyens nécessaires. Mais les batailles juridiques ne sont pas notre priorité ; nous concentrons tous nos efforts sur la collaboration avec nos membres pour garantir de meilleures conditions de travail à Grünheide. »

Si le reours aboutit, le Comité d’entreprise actuel sera dissout et de nouvelles élections organisées.

Cette affaire a des implications plus larges pour le droit du travail allemand. La Confédération allemande des syndicats (DGB) réclame depuis longtemps une obligation stricte de neutralité de l’employeur lors des élections au Comité d’entreprise, arguant que l’affaire Tesla démontre le besoin urgent de protections juridiques plus solides.

Qui dirige le monde ? Pas les travailleurs. Il est temps que cela change.

Par Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint, IndustriALL

Les taux d’intérêt qui définissent si un gouvernement peut se permettre de financer des hôpitaux ou s’il doit les supprimer. Les cadres de gestion de la dette qui déterminent si un pays investit dans sa population ou rembourse ses créanciers. Les prescriptions en matière de marché du travail qui dictent aux gouvernements s’ils doivent protéger les travailleuses et travailleurs ou les soumettre à la déréglementation.

Je me trouvais dans ces salles de réunion début mars. Ce dont j’ai été témoin m’a mis en colère. Mais la colère, pour ceux d’entre nous qui dirigeons des syndicats ouvriers, ne suffit pas. Notre travail consiste à comprendre, à contester et à syndicaliser.

Laissez-moi donc vous raconter ce que j’ai vu, et en quoi cela concerne chaque travailleuse et travailleur, tant au sein d’une usine de confection au Bangladesh que dans une mine en Afrique du Sud.

Le monde est dirigé depuis des tours déconnectées des réalités des travailleurs

Les décisions prises par les grandes institutions de Washington frappent le monde réel de plein fouet, alors que les personnes les plus concernées n’ont pratiquement pas leur mot à dire dans leur élaboration. C’est pourquoi des organisations syndicales comme IndustriALL existent afin de relayer les réalités du terrain des travailleurs du Sud et du Nord dans des espaces où, sans elles, leur voix ne serait jamais entendue.

Et ce qui nous a été livré cette année à l’intérieur de ces murs, s’avère très inquiétant. Ce à quoi nous assistons ne se résume pas à un échec politique. Nous sommes face à une régression.

Ceux d’entre nous qui sont assez âgés pour se souvenir des années 1980 reconnaîtront le discours : déréglementation, austérité, primauté des marchés sur les personnes. Cette idéologie n’a jamais disparu. Elle est de retour, repensée et plus agressive, remodelant la gouvernance mondiale de manière à réduire l’espace démocratique à tous les niveaux.

Accablants, les chiffres parlent d’eux-mêmes

Les preuves sont incontestables. Le rapport du Comité extraordinaire du G20 sur les inégalités mondiales, piloté par l’économiste Joseph Stiglitz, lauréat du prix Nobel, et commandé sous la Présidence sud-africaine du G20, a révélé que 83 % des pays présentent de fortes inégalités de revenus. Entre 2000 et 2024, les 1 % les plus riches se sont  approprié 41 % de toute la nouvelle richesse créée à l’échelle mondiale. Dans le même temps, la moitié la plus pauvre de l’humanité n’en a capté que 1 %. La richesse moyenne des 1 % les plus riches a augmenté de 1,3 million de dollars au cours de cette période. Une personne appartenant à la moitié la plus pauvre de l’humanité a vu, quant à elle,  sa richesse moyenne majorée de 585 dollars.

La part du travail dans le revenu national, c’est-à-dire celle qui revient aux travailleuses et travailleurs plutôt qu’au capital, a diminué dans 56 % des pays depuis 1990. Entre 2019 et 2024, la rémunération moyenne des PDG enregistre une hausse de 50 %, à l’échelle mondiale tandis que le salaire moyen des travailleurs a augmenté de moins de 1 % (Rapport mondial sur les salaires 2024-25 de l’OIT).

Ces statistiques ne sont pas abstraites. Elles décrivent un monde dans lequel le système fonctionne exactement comme il a été conçu : pas pour les salariés.

Le piège de la dette et ce que cela signifie sur le terrain

Les syndicalistes zambiens ont offert l’un des moments les plus marquants de la réunion tenue à Washington. La Zambie a été le premier pays africain à se déclarer en défaut de paiement sur sa dette souveraine en 2020. Mais elle n’est pas la seule dans cette situation. Plus de 70 pays, en particulier dans le Sud, font face à une crise de la dette qui étouffe leurs économies et leurs salariés.

Comment tant de pays en sont-ils arrivés là ? En grande partie, en suivant les prescriptions des structures mêmes qui gèrent aujourd’hui leur dette. Et lorsque la crise survient, celles-ci reviennent, non pas avec une réflexion novatrice, mais avec les mêmes conditions : austérité, coupes budgétaires, garanties que les dettes envers les grandes institutions financières et les pays créanciers riches seront remboursées en priorité. Ceci n’engendre pas la prospérité mais l’effondrement des services publics et la chute des investissements. De même, au sein des usines et des mines, on enregistre des pertes d’emplois, une détérioration des conditions de travail et des salaires qui ne suffisent pas à couvrir le coût de la vie.

Aujourd’hui, 3,4 milliards de personnes vivent dans des pays qui dépensent plus pour le remboursement des intérêts que pour l’éducation ou la santé. (CNUCED, 2025) Il ne s’agit pas d’un problème de financement mais de justice.

Mesurer l’emploi et pourquoi choisir les personnes prises en compte est crucial

Lors de nos entretiens avec la Banque mondiale, nous avons remis en question son approche de la mesure de la qualité de l’emploi. Elle utilise en effet les revenus moyens comme indicateur principal de progrès. Nous nous y sommes fermement opposés.

Voici en quoi cela revêt une importance. Lorsqu’on dit à un gouvernement que son économie crée des emplois et que les revenus moyens augmentent, cela s’apparente à un succès. Mais les moyennes masquent tout. Elles occultent l’explosion du travail précaire, informel et celui de plateforme. Elles ne révèlent pas si un salaire est purement de subsistance,  s’il suffit à nourrir une famille, à payer un loyer et des soins de santé. Elles n’indiquent pas si les travailleuses et travailleurs ont le droit de se syndiquer, de négocier collectivement ou de refuser des conditions de travail dangereuses.

Aujourd’hui la crise des salaires sévit partout dans le monde. Dans de nombreux pays, les salaires ne couvrent pas les besoins primaires. La base de la pyramide des besoins humains, à savoir nourriture, logement et sécurité, reste hors de portée pour des millions de personnes qui travaillent à temps plein. Lorsque les institutions qui façonnent la politique économique mondiale mesurent le succès à l’aune d’indicateurs qui ne perçoivent pas cette réalité, il n’y a aucun espoir de changement.

Nous exigeons que la Banque mondiale modifie sa méthodologie. Nous revendiquons la fin des mesures d’austérité qui réduisent les salaires du secteur public et démantèlent les services sociaux dont dépendent les travailleuses et travailleurs. Un travail décent, centré sur les droits fondamentaux, la protection sociale et le dialogue social, doit constituer l’étalon de mesure du progrès économique, et non se résumer à une simple note de bas de page.

Fiscalité et hypothèquesur l’avenir

La part du travail diminue. La richesse se concentre au sommet. Et le système fiscal, qui devrait être le mécanisme permettant de redistribuer une partie de cette richesse à la société, dysfonctionne à dessein.

À l’échelle mondiale, les milliardaires paient un taux d’imposition effectif équivalant à seulement 0,3 % de leur fortune. (Zucman, Blueprint for a coordinated minimum effective taxation standard, Observatoire fiscal de l’UE/G20, 2024) Le taux moyen d’imposition statutaire des sociétés dans l’ensemble des juridictions et du Cadre inclusif de l’OCDE est passé de 28 % en 2000 à 21,1 % en 2021. (Statistiques de l’OCDE sur l’impôt sur les sociétés, 2024) Et en janvier 2026, l’accord de l’OCDE sur un taux minimum mondial d’imposition des sociétés, qui était déjà un compromis, a été davantage affaibli, les multinationales américaines étant exemptées des dispositions clés du taux minimum de 15 % (Paquet « Side-by-Side » de l’OCDE, janvier 2026).

Il ne s’agit pas d’un ajustement technique. C’est un choix politique qui indique aux travailleuses et travailleurs d’Indonésie, de Zambie et du Brésil que les règles de l’économie mondiale continueront d’être écrites par et pour les puissants. Chaque dollar qui alimente, sans être imposé, les comptes des entreprises et des milliardaires est un dollar qui n’est pas dépensé pour les écoles, les hôpitaux, les infrastructures et les services publics dont dépendent les salariés.

Les inégalités de richesse s’avèrent désormais plus profondes que les inégalités de revenus, et à défaut d’un régime fiscal mondial adapté, les chiffres de ces inégalités ne s’inverseront jamais.

La démocratie en guise de fil conducteur

L’IA, la dette, la fiscalité, la protection sociale : ces thématiques semblent distinctes. Elles ne le sont pas. Elles constituent toutes les symptômes d’un même échec sous-jacent : un système de gouvernance mondiale qui n’est pas démocratique, qui ne représente pas la majorité des populations du monde et qui a été pris en otage par des intérêts qui ne sont pas les leurs. 

C’est ce qui nous a clairement sauté aux yeux durant le G20 de cette année. La présidence américaine, aux mains de l’administration Trump, a complètement gommé le travail, l’emploi et les inégalités de l’ordre du jour. L’Afrique du Sud, qui avait permis de réels progrès pour les travailleuses et travailleurs lors de sa présidence en 2015, s’est vue retirer son invitation. Le Labour 20 n’a pas été reconnu. Seul le Business 20 est resté à la table des négociations. 

Ce n’est  pas juste une question de procédure mais une attaque contre les institutions démocratiques et contre le principe fondamental selon lequel celles et ceux qui sont concernés par les décisions doivent avoir leur mot à dire dans leur élaboration.

Le programme de déréglementation imposé par le G20 ne vise pas à libérer les économies. Il vise à supprimer, au profit d’une élite réduite, les protections pour lesquelles les travailleuses et travailleurs se sont battus pendant des générations telles que normes de sécurité, droits du travail, règles environnementales.

C’est honteux. Et nous ne le tolérerons pas.

Ce que nous allons faire

Ce que j’ai entendu à Washington m’a mis en colère. Ce que j’ai vu m’a indigné. Cependant, en tant que dirigeants du mouvement syndical, notre travail ne consiste pas à nous éplorer ou à nous contenter de prendre la parole. Il revient à comprendre, à éduquer et à mobiliser.

Le mouvement syndical mondial n’attendra pas l’invitation d’une présidence du G20 qui a clairement fait savoir que les salariés n’étaient pas les bienvenus. Nous mobiliserons nos forces. Nous construirons nos alliances avec la société civile. Nous porterons le programme social et syndical, déjà établi grâce à des années de travail sous les présidences précédentes du G20, sur toutes les tribunes et auprès de toutes les futures présidences qui voudront bien l’entendre.

La présidence britannique du G20 en 2027 devra nous prêter une oreille attentive.

Lors du dernier Congrès d’IndustriALL, nous avons adopté un slogan : « Organiser pour un avenir juste ». Celui-ci n’a rien d’éphémère. Il a été choisi pour accompagner une lutte qui ne connaîtra pas de fin. Une nouvelle génération de travailleuses et travailleurs en assurera la pérennité.

L’espoir est notre capital

Nous ne perdons jamais espoir. L’espoir est notre capital. Mais seul, il ne suffit pas. Il doit être associé à la connaissance, à l’énergie, à la solidarité et au pouvoir syndical. C’est ce qu’IndustriALL insuffle lors des réunions à Washington. C’est ce que nous apporterons partout où se prennent les décisions qui façonnent la vie des travailleuses et travailleurs du monde entier.

Les FSI appellent à la défense de la démocratie et des droits des travailleurs lors du G20

Cette déclaration intervient alors que la présidence américaine du G20, aux mains de l’administration Trump, a réduit l’agenda du G20 à trois priorités :la déréglementation, l’expansion des énergies fossiles et l’IA, refusant de convoquer des groupes de travail sur l’emploi, le développement, la santé ou les inégalités.

L’Afrique du Sud, à l’origine d’avancées significatives pour les travailleurs lors de sa présidence du G20 en 2025, n’a pas été invitée au sommet de cette année et a été remplacée par la Pologne. Le L20 lui-même n’a pas été reconnu par la présidence américaine.

Le Secrétaire général de la CSI, Luc Triangle, a mis en garde sur toute tentative visant à affaiblir les institutions démocratiques ou les protections des travailleurs au profit des milliardaires et des grandes entreprises, celle-ci ne faisant qu’aggraver les inégalités et l’instabilité.

La Secrétaire générale du TUAC, Veronica Nilsson, a ajouté que les travailleuses et travailleurs ont besoin que leurs gouvernements s’attaquent aux inégalités, au changement climatique et aux bouleversements technologiques et non qu’ils  alimentent ces phénomènes par le biais de la déréglementation, de l’expansion des énergies fossiles et d’un pouvoir des entreprises sans contrôle.

Les revendications des travailleurs à l’intention du G20

La déclaration du L20 présente une vision exhaustive de ce que le G20 devrait apporter aux travailleuses et travailleurs, notamment des salaires équitables et décents, une protection sociale universelle, des réglementations fondées sur les droits, une transition juste visant à l’abandon des combustibles fossiles et une fiscalité équitable garantie par une convention fiscale des Nations unies.

La déclaration soutient par ailleurs explicitement la création d’un Groupe international d’experts sur les inégalités, une recommandation clé du rapport du Comité extraordinaire du G20 sur les inégalités mondiales, commandé sous la présidence sud-africaine et dirigé par l’économiste Joseph Stiglitz, lauréat du prix Nobel.

Le mouvement syndical est convaincu que l’ordre du jour actuel du G20 aux États-Unis va dans la direction opposée. La déclaration du L20 décrit le programme de déréglementation comme un prétexte pour faire passer le rôle du gouvernement de la défense des intérêts de tous au creusement des inégalités au profit d’une petite élite.

« La décision d’exclure le Labour 20 du G20 n’est pas un oubli. C’est une prise de position sur les intérêts que sert cette présidence. Les travailleuses et les travailleurs ne représentent pas dans l’économie mondiale une question secondaire : ce sont eux l’économie mondiale. Nous n’allons pas attendre une invitation qui ne viendra pas. Nous allons élaborer le contre-programme dont les travailleuses et travailleurs ont besoin et veillerons à ce qu’il influence chaque présidence du G20 qui succédera à celle-ci, »

a déclaré Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL.

Les enjeux

Le sommet des dirigeants du G20 est prévu les 14 et 15 décembre prochains à Miami. En l’absence, sous la présidence américaine, de groupes de travail sur les relations sociales, l’emploi ou les inégalités, les syndicats élaborent leur propre contre-programme, par le biais de campagnes publiques, de la formation de coalitions et d’une implication auprès des futures présidences du G20, notamment celle du Royaume-Uni en 2027.

Renforcement des efforts de syndicalisation dans les industries manufacturières du Nigeria

Les discussions menées lors de cette mission, qui s’est déroulée du 9 au 11 mars, ont porté sur les violations persistantes de la liberté syndicale et du droit à la négociation collective, en particulier dans les entreprises contrôlées par des intérêts chinois. Ces violations s’ajoutent à des lacunes généralisées en matière de travail décent, à des conditions de travail précaires, à l’érosion des salaires et à des obstacles juridiques à la reconnaissance syndicale, notamment chez Dangote Industries. Les délégués et les affiliés ont également examiné les défis liés à la défense des droits des travailleurs tout au long des chaînes d’approvisionnement ainsi que les stratégies visant à accroître la densité syndicale.

La mission a coïncidé avec un événement organisé à Lagos à l’occasion de la Journée internationale des femmes, le 11 mars, par le Syndicat national des travailleurs du textile, de l’habillement et de la confection (NUTGTW), sur le thème : « Droits, justice et action pour toutes les femmes et toutes les jeunes filles. »

Réponses politiques en faveur du développement économique

La mission d’IndustriALL a constaté que la relance du secteur manufacturier nigérian se heurte à de redoutables défis structurels. Les pénuries d’énergie chroniques, dues au vieillissement des infrastructures et aux pannes récurrentes au niveau du réseau national, continuent de freiner la production industrielle. Au début de cette année, quelque 16 centrales électriques ont été mises hors service simultanément, abaissant la production à environ 4.000 MW alors que la capacité installée est bien supérieure.

La crise du coût de la vie a davantage érodé les revenus réels. Le salaire minimum national de 70.000 ₦ (51 dollars) par mois, introduit en 2024, a été rapidement mis à mal par une inflation persistante, ce qui a incité le Congrès du travail nigérian à en exiger la révision urgente en 2026. Le chômage des jeunes reste élevé, aggravant la pression sociale dans un pays où l’économie informelle domine toujours.

Cependant, des initiatives politiques soutenues par les syndicats ouvrent des perspectives . Pour prendre un exemple, la politique nationale du gouvernement de promotion du coton, du textile et de la confection vise à relancer une chaîne de valeur autrefois dynamique, de la ferme à l’usine, grâce à un financement ciblé dispensé par la Banque de l’Industrie. La création spécifique d’un Conseil de développement vise à réduire les importations annuelles de vêtements, qui se chiffrent en milliards de dollars, et à créer des emplois dont le pays a cruellement besoin. Des efforts d’industrialisation plus vastes mettent l’accent sur le potentiel inexploité des réserves de pétrole et de gaz du pays, notamment par le biais du programme « Décennie du gaz », qui a pour but de dynamiser l’industrie manufacturière nationale et de positionner le Nigeria en tant que plaque tournante énergétique régionale.

Les accords commerciaux régionaux et internationaux pourraient amplifier ces avancées. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) promet un accès plus large aux marchés et le développement de chaînes de valeur transfrontalières. En outre, la Loi sur la croissance et les possibilités en Afrique (AGOA), récemment renouvelée pour un an, offre un accès au marché américain en franchise de droits pour les marchandises éligibles.

Les syndicats ont indiqué que les taux de syndicalisation dans le secteur manufacturier nigérian restent modestes, reflétant les obstacles tant juridiques que pratiques à la syndicalisation.

« Il existe de grandes opportunités pour renforcer la syndicalisation dans la plupart des secteurs manufacturiers au Nigeria. Pour que cela se concrétise, le respect des droits syndicaux et de véritables négociations collectives sont essentiels »

a déclaré Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL.

La délégation comprenait Rose Omamo, Vice-présidente d’IndustriALL, et Paule-France Ndessomin, Secrétaire régionale pour l’Afrique subsaharienne.

Les affiliés nigérians d’IndustriALL sont l’Association des cadres supérieurs de l’industrie chimique et des produits non métalliques (CANMPSSAN), le Syndicat national des travailleurs du pétrole et du gaz naturel (NUPENG), le Syndicat national des travailleurs du textile, de l’habillement et de la confection (NUTGTW), l’Association des cadres supérieurs du pétrole et du gaz naturel (PENGASSAN), le Syndicat national de l’industrie chimique, de la chaussure, du caoutchouc, du cuir et des produits non métalliques (NUCFLNANMPE), le Syndicat des travailleurs de la sidérurgie et de l’ingénierie du Nigeria (SEWUN), le Syndicat national de l’électricité (NUEE) et le syndicat de Dangote.