Les 'jeans mortels' restent en production

GENÈVE:  De célèbres marques de jeans, notamment H&M, Levi’s, Lee, Diesel et Zara, qui s’approvisionnent en toile denim au Bangladesh ont fait l’objet de critiques avec la publication de nouveaux travaux de recherche qui révèlent que dans ce pays, les travailleurs et travailleuses de la confection continuent d’être exposés à des risques mortels en confectionnant des jeans artificiellement usés destinés aux Européens. Le rapport intitulé “Deadly Denim” (Denim mortel), qui a été publié par la Campagne Vêtements Propres — Clean Clothes Campaign — à Genève le 23 mars, établit qu’au Bangladesh, de grandes usines qui exportent des jeans à l’étranger continuent d’utiliser la technique du sablage.

Le sablage est une technique qui permet d’obtenir une “usure” artificielle de la toile de jeans. En raison des risques de maladies pulmonaires mortelles, notamment la silicose, chez les personnes chargées du sablage, des pays européens interdisent ces procédés de fabrication depuis de nombreuses années. Pour ne pas perdre une partie de leurs profits, des entreprises européennes continuent de s’approvisionner en jeans usés par sablage, provenant de régions non réglementées, comme la Turquie, la Syrie, le Bangladesh, le Mexique, l’Inde et l’Indonésie, et jusqu’à l’Asie du Sud-Est et l’Afrique du Nord.

La Fédération internationale des travailleurs du textile, de l’habillement et du cuir (FITTHC) et la fédération européenne, font campagne dans le monde entier, depuis de nombreuses années, contre le sablage. Grâce à ce travail, le ministère turc du Travail a décidé, en 2009, d’interdire le sablage.

Plus tard en 2010, la FITTHC a célébré un autre succès quand Levi Strauss & Co. et Hennes & Mauritz AB (H&M) ont été les premiers à appliquer une nouvelle interdiction mondiale du sablage dans leurs chaînes d’approvisionnement. C’est ainsi que ces entreprises sont allées au-delà de l’interdiction adoptée par la Turquie et ont étendu cette interdiction à toutes leurs opérations à l’échelle mondiale.

Depuis, de nombreuses marques ont déclaré qu’elles n’employaient plus le sablage pour décolorer leurs produits, bien que souvent, comme le montre le rapport sur la toile denim mortelle, les usines sont souvent revenues à la technique du sablage manuel ou mécanique pour répondre aux besoins et aux délais de conception, sans en informer leur clientèle. L’aspect usé peut être obtenu par l’emploi d’un équipement spécial industriel lourd, mais qui exige des investissements supplémentaires, et la plupart des entreprises préfèrent se servir d’une main d’œuvre “bon marché” sans se soucier de la vie des travailleurs et travailleuses.

En 2011, la FITTHC a travaillé avec plusieurs marques pour lancer un appel à l’action en leur demandant de prendre les mesures nécessaires pour engager un processus d’interdiction du sablage dans leurs chaînes d’approvisionnement, et de travailler avec leurs fournisseurs pour la transition vers des méthodes sûres de remplacement. Jusqu’à présent, une douzaine de marques ont signé l’interdiction, et des efforts sont exercés pour en encourager d’autres à signer.

La Campagne Vêtements Propres — Clean Clothes Campaign — est une alliance d’organisations de 15 pays européens, de syndicats et d’organisations non gouvernementales, qui soutiennent l’autonomie des travailleurs et travailleuses dans les industries mondiales de la confection et des vêtements de sport.

Des milliers défilent contre le lock-out des travailleurs de Rio Tinto au Canada

CANADA: Plus de 8.000 personnes ont défilé le 31 mars dans les rues d’Alma, Québec, pour soutenir les travailleurs et travailleuses lock-outés, membres de la section 9490 du syndicat United Steelworkers (USW). Environ 780 salariés d’une fonderie d’aluminium d’Alcan, filiale de Rio Tinto, sont privés de leurs moyens d’existence depuis la fin décembre, occasionnant ainsi, explicitement pour tous, l’étranglement économique de la collectivité de 30.000 personnes.

Le lock-out fait suite aux efforts entrepris par la section 9490 pour faire cesser l’érosion des emplois permanents avec un salaire horaire de 34 CAD, en opposition au projet d’Alcan de remplacer ces emplois par du personnel en sous-traitance payé à moitié prix.

Des autocars chargés de militants et militantes venus de tout le Canada ont rejoint les sympathisants locaux et 50 invités internationaux représentant les travailleurs et travailleuses de Rio Tinto en Australie, en France, au Mexique, aux Pays-Bas, en Nouvelle-Zélande, en Afrique du Sud, au Royaume-Uni et aux États-Unis.

Manfred Warda, secrétaire général de la Fédération internationale des syndicats de travailleurs de la chimie, de l’énergie, des mines et des industries diverses (ICEM) a promis la mobilisation des travailleurs et travailleuses de Rio Tinto par le mouvement syndical mondial dans ce combat. "Si le concept socialement impitoyable de Rio Tinto ne peut pas être battu ici au Québec, il y a peu d’espoir qu’il puisse être stoppé quand d’autres subiront les attaques de l’entreprise", a affirmé Warda.

Jyrki Raina, secrétaire général de la Fédération internationale des organisations de travailleurs de la métallurgie (FIOM), a déclaré que Rio Tinto doit "faire preuve de respect pour les travailleurs et travailleuses, actuellement et dans l’avenir, et mettre fin aux dures réductions du coût de la main-d’œuvre et des emplois décents, sans tenir compte de l’économie locale. Une entreprise qui a réalisé un bénéfice énorme en 2011 avec des subventions de l’État, ne peut absolument pas justifier le remplacement de bons emplois permanents par de la main-d’œuvre en sous-traitance".

Daniel Roy, directeur de United Steelworkers au Québec, a rappelé aux personnes présentes qu’en plus des emprunts sans intérêt obtenus depuis une trentaine d’années et de l’électricité à un prix extrêmement réduit, l’entreprise gagne maintenant 15 millions de CAD par mois en revendant son surplus d’électricité à la société d’État Hydro-Québec, selon la divulgation d’un accord conclu en secret.

Le vice-président de l’ICEM et directeur national canadien de l’USW, Ken Neumann, avait un message destiné au gouvernement conservateur: "Le Premier ministre Stephen Harper n’a clairement pas été à la hauteur de sa tâche en ne réussissant pas à imposer des conditions lors de la vente d’Alcan à Rio Tinto en 2007 et à protéger les emplois. Pour quelqu’un tant incliné à s’impliquer dans les relations de travail, pourquoi n’intervient-il pas auprès de Rio Tinto pour mettre fin à cet odieux lock-out?"

Ken Lewenza, président du syndicat des travailleurs canadiens de l’automobile (CAW), a affirmé sous les acclamations de la foule que la section 2301 du CAW avait adopté une déclaration sur le doublement des cotisations syndicales pour accorder 68.000 CAD de soutien par mois aux travailleurs et travailleuses d’Alma.

La section 9490 de l’USW et Rio Tinto Alcan ont repris en mars des pourparlers qui vont sans doute se poursuivre. Toutefois, l’ICEM et la FIOM ont promis d’engager le combat à l’échelle mondiale contre le concept antisocial de Rio Tinto.

La bannière d'IndustriALL va flotter au sommet du monde

NÉPAL: Dorje Khatri a décidé d’aller planter la bannière du nouveau syndicat mondial, IndustriALL, au sommet du mont Everest. "Je quitte Katmandou le 3 avril pour aller conquérir encore une fois le mont Everest", a annoncé Khatri. "Je vais faire l’ascension du toit du monde, du 15 au 25 mai 2012, en passant par le col Sud à la frontière de la Chine. Je serai de retour le 5 juin à Katmandou".  

Au cours d’une brève cérémonie organisée à Katmandou, le président de GEFONT, Bishnu Rimal, a remis la bannière d’IndustriALL à Dorje Khatri, membre du Comité central de GEFONT, affilié au Syndicat des travailleurs de la randonnée, des voyages, du rafting et de l’aviation du Népal (UNITRAV), qui va entamer sa huitième expédition sur le mont Everest. Le fanion a été enroulé pour garder le secret du logo de la nouvelle organisation qui verra seulement le jour en juin prochain au Congrès fondateur à Copenhague.

Le camarade Khatri a déjà réussi l’ascension à sept reprises. L’année dernière, il a hissé la bannière de la Confédération syndicale internationale (CSI) dans le cadre de la campagne  "Protéger le Climat — Protéger l’Himalaya" coordonnée par GEFONT.

Rimal, président de GEFONT, a exprimé ses meilleurs vœux au nom de GEFONT NEC et de toute la classe ouvrière népalaise. Khatri va escalader l’Everest avec une équipe du Royaume-Uni portant le nom de UK Adventure Peak , le même groupe qui l’avait accompagné l’année dernière. Il a réussi à planter les bannières de la Fédération internationale des organisations de travailleurs de la métallurgie, de GEFONT et de l’Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois (IBB) au cours des dernières années.

Le rapport de la FLA sur Apple ne parvient pas à assurer une voix aux travailleurs

CHINE/MONDE: Après une enquête chez Foxconn à Shenzhen et Chengdu, Fair Labour Association (FLA) a publié son rapport le 29 mars 2012, dans lequel elle attire l’attention sur des problèmes à résoudre d’urgence chez Foxconn. La directrice de la FIOM pour l’électronique, Jenny Holdcroft, a fait le commentaire suivant vendredi 30 mars 2012 sur la chaîne World News de la BBC lors de la publication du rapport de la FLA.

"Des améliorations significatives à long terme ne pourront pas être obtenues tant que les salariés eux-mêmes ne seront pas en mesure de négocier une convention collective qui prenne en ligne de compte toutes les infractions aux droits", a déclaré Jenny, "un simple contrôle ne sera jamais suffisant. La FLA a exercé jusqu’à maintenant un contrôle dans trois usines sur les treize que possède Foxconn en Chine, et 156 entreprises fournissent des pièces et composants à Apple".

Le rapport de la FLA a signalé plusieurs questions urgentes chez Foxconn, concernant notamment le temps de travail, la santé et la sécurité, les relations industrielles, la rémunération et les stagiaires. Foxconn est connu pour la dureté de ses méthodes de  travail, qui est l’un des facteurs qui ont déclenché la vague de suicides en 2010. Le rapport a fait preuve de retenue en ne signalant pas la dureté des méthodes de travail et les pressions dans le travail; et la question des infractions flagrantes concernant l’obligation de garder le statut de stagiaire n’a pas été abordée du tout.

L’identification des problèmes chez Foxconn ne sera jamais suffisante, et tout espoir d’améliorer les conditions de la main-d’œuvre ne dépendra pas du travail réalisé par des contrôleurs, mais de la capacité des salariés eux-mêmes à contrôler le respect de leurs droits dans le travail, et de forcer à y remédier quand ce n’est pas le cas.

Le rapport de la FLA donne l’assurance que Apple et Foxconn remettront à tous les salariés une copie de la convention collective, mais ce n’est pas suffisant. Les travailleurs et travailleuses  doivent être en mesure d’établir un calendrier de négociation avec l’employeur, qui mène à une convention collective couvrant tous les aspects du travail, notamment les salaires et le temps de travail, les heures supplémentaires, la santé et la sécurité.

Réussite de la grève nationale en Espagne

ESPAGNE: La grève nationale annoncée par la Confederación Sindical de Comisiones Obreras, CC.OO et l’Unión General de Trabajadores UGT, a été suivie par 10,2 millions de travailleurs et travailleuses. Quatre millions de personnes au moins ont participé aux 111 meetings et manifestations dans tout le pays. La mobilisation a été une réponse syndicale unanime aux réformes du travail et au démembrement du secteur public proposés par le gouvernement du Premier ministre Mariano Rajoy.

Selon les syndicats, la grève nationale n’a été en aucune façon une décision facile du fait des pressions exercées par certains employeurs, et notamment des menaces et même d’un chantage pour compromettre et discréditer la grève. Cela n’a pas empêché les travailleurs et travailleuses de différents secteurs et entreprises de se rassembler pour condamner unanimement les réformes du travail du gouvernement qui laissent à prévoir de nouvelles réductions des droits du travail et des droits sociaux en Espagne.

Les syndicats espagnols ont des propositions sur la manière d’accroître l’activité économique et de réduire le chômage en Espagne, et ils vont présenter leurs propositions au Président, aux groupes politiques du Parlement, ainsi qu’aux associations patronales. Sur ce point, les syndicats demandent au président du Parlement d’accélérer la présentation de l’Initiative législative populaire (Iniciativa Legislativa Popular) signée par plus d’un million de personnes et présentée en juin 2011 par la CC.OO et l’UGT.

Dans le même temps, la CC.OO et l’UGT vont formuler des allégations contre la proposition de réforme du travail au Défenseur du peuple (Defensor del Pueblo) et présenter une plainte formelle à l’Organisation internationale du Travail (OIT) contre le gouvernement espagnol qui impose des réformes du travail en infraction à plusieurs conventions de l’OIT ratifiées par l’Espagne.

Les travailleurs de Benteler en grève à Kaluga, Russie

RUSSIE: Les travailleurs et travailleuses de Benteler à Kaluga, Russie, membres du syndicat interrégional des travailleurs de l’automobile (ITUA), affilié à la FIOM, se sont mis en grève le 29 mars au soir.
Cette action a été rendue nécessaire par le refus répété de la direction d’engager des négociations avec le syndicat.

Le 29 février, la section locale de l’ITUA qui avait demandé à l’entreprise de commencer à négocier, avait essuyé un refus de l’entreprise. Au début de mars, une grève du zèle des travailleurs et travailleuses avait poussé la direction à accepter de négocier.

Cependant, la négociation collective n’avait pas encore commencé en mars, et au lieu d’engager de bonne foi des négociations avec le syndicat, la direction a adopté des mesures antisyndicales. Elle a refusé l’enregistrement de documents que lui ont remis les représentants de l’ITUA et interdit aux militant(e)s de rester dans l’enceinte de l’usine en dehors des heures de travail.

Le 29 mars à 20h30, les travailleurs et travailleuses de Benteler se sont mis en grève. Un peu plus tôt en fin de journée, le coordonnateur de l’ITUA à Kaluga, Dmitry Kozhnev, avait pris part à la réunion avec la direction de l’entreprise, des responsables de la municipalité  et des services du procureur. La direction a indiqué qu’elle refusait de négocier uniquement avec l’ITUA du fait que le syndicat ne représente pas l’ensemble de la main-d’œuvre. Kozhnev a répliqué que l’ITUA représentait tous les salariés, et ce, en totale conformité avec la législation russe. La direction a promis de préparer une note officielle dans laquelle elle acceptait de négocier, mais elle ne l’a jamais fait.

Des cas d’intimidation et de harcèlement de l’entreprise envers les salariés ont été signalés, notamment la tentative des gardes chargés de la sécurité de mettre la main sur Kozhnev pour l’expulser des locaux, mais ils en ont été empêchés par les travailleurs. Les salariés continuent de soutenir l’ITUA à une écrasante majorité.

À l’annonce de la grève, les gardes chargés de la sécurité ont voulu forcer les membres du personnel de production à quitter les ateliers, mais ces derniers ont réussi à rester dans la cafétéria. L’usine a été encerclée par la police anti-émeute et le personnel de sécurité de Benteler et de l’usine voisine Volkswagen. Cependant, les salariés de VW, qui appartiennent également à l’ITUA, ainsi que des militant(e)s de groupes sociaux et d’autres syndicats de Kaluga, se sont rendus à l’entrée de l’usine pour soutenir les grévistes.

Benteler fournit des pièces d’automobile à l’usine Volkswagen. Comme VW n’a pas de stock de pièces de Benteler, il est possible que la production s’arrête complètement chez VW. Les travailleurs de Benteler ont réussi à arrêter la chaîne de montage dans leur usine pendant une demi-heure, mais la direction a eu recours au personnel administratif et aux gardes de sécurité comme briseurs de grève.

Actuellement, une bonne centaine de grévistes se trouve encore dans l’usine. La direction de l’entreprise a donné l’ordre d’enlever toutes les denrées alimentaires et toutes les boissons de la cafétéria, ce qui fait que l’ITUA a créé un fonds de solidarité pour procurer de la nourriture et de l’eau aux grévistes. Des plans sont en cours de réalisation pour de nouveaux arrêts de travail.

Dans une lettre adressée à Hubert Koopmann, directeur général de Benteler, la FIOM exige la fin des attaques contre les grévistes et demande instamment à l’entreprise d’engager immédiatement des négociations de bonne foi.  

La FIOM continuera de suivre de près la situation et rendra compte des évènements qui se produisent à Kaluga, Russie.

Arrestation du président d'un syndicat au Kosovo

KOSOVO: La Fédération internationale des organisations de travailleurs de la métallurgie (FIOM) s’est associée à des partenaires syndicaux européens et mondiaux pour écrire au gouvernement serbe et exiger la libération immédiate de M. Hasan Abazi et l’abandon de toutes les accusations portées contre lui.

La FIOM est actuellement dans l’incertitude du lieu exact de détention de M. Hasan Abazi (sans doute le poste de police de Vranje) et également de la nature des accusations portées contre lui.

Dans plusieurs lettres, les fédérations insistent en particulier sur la nécessité d’abandonner les accusations dans le cas où elles se rapporteraient aux régimes passés ou aux activités sous ces régimes.

La FIOM a envoyé la lettre aux autorités serbes conjointement avec la Fédération internationale des syndicats de travailleurs de la chimie, de l’énergie, des mines et des industries diverses (ICEM) et la Fédération internationale des travailleurs du textile, de l’habillement et du cuir (FITTHC).

Demander justice pour les travailleurs du fournisseur de Apple en Turquie

TURQUIE: La Fédération internationale des organisations de travailleurs de la métallurgie (FIOM) demande instamment aux sympathisants de signer la pétition du Forum international pour les droits syndicaux (ILRF) et de se tenir aux côtés des travailleurs et travailleuses de Trexta qui se battent en Turquie pour pouvoir se syndiquer.

Trexta a fait de la vie de ses salariés un enfer vivant en les forçant à travailler 30 heures sans interruption et sans préavis, par une discrimination contre les femmes qui ne demandent pas la permission d’être enceintes, et en menaçant les personnes qui s’inquiètent des questions de sécurité. Jusqu’à présent, Trexta a licencié 32 salariés qui avait créé un syndicat dans un établissement de Çerkezköy en Turquie.

Serap Yazgac, une jeune travailleuse de Trexta, avait décidé qu’elle avait besoin d’un syndicat après avoir été grièvement brûlée par un fer industriel dans un établissement de Trexta en Turquie. Le fer de fabrication était tombé sur sa main où il est resté bloqué pendant plusieurs minutes avant que quelqu’un puisse le retirer de la chair brûlante. Les secours auraient pu venir plus tôt si la direction n’avait pas enlevé le bouton de sécurité, au prétexte que les gens en abuseraient. L’entreprise a ensuite refusé de prendre en charge les soins d’urgence de Serap.

Quand Serap est retournée travailler, elle était déterminée à s’assurer que cet accident ne se produirait plus jamais, mais quand elle a tenté d’adhérer à un syndicat pour améliorer la sécurité chez Trexta, elle a été licenciée sans raison valable.

Apple affirme enquêter sur la situation, mais Serap et ses collègues n’en n’ont jamais entendu parler par Apple. Apple doit demander à Trexta de réintégrer immédiatement toutes les personnes victimes d’un licenciement abusif et de reconnaître le droit des travailleurs et travailleuses de créer un syndicat.

De l’exploitation des travailleurs et travailleuses chez Foxconn en Chine à ce qui se passe chez Trexta en Turquie, Apple doit aller à la source des questions concernant les droits du travail dans ses chaînes d’approvisionnement.

Renforcement de la solidarité mondiale en faveur des travailleurs de Bosch

ALLEMAGNE/MONDE: La 3ème réunion mondiale de Bosch, qui réunissait plus de 60 représentant(e)s des travailleurs/euses de 34 pays du monde, et pour la première fois d’Inde, de Malaisie et de Chine, s’est tenue du 21 au 23 mars à Abstatt, Allemagne.

La participation des représentant(e)s syndicaux/ales de Malaisie a pu être possible après que le syndicat local eut réussi à syndicaliser l’usine Bosch en Malaisie avec le soutien de la Fédération internationale des organisations de travailleurs de la métallurgie (FIOM) et du comité d’entreprise en Allemagne.

Lors de la réunion, le Conseil de direction s’est une fois de plus engagé à garantir partout dans le monde le droit de tous les salariés d’adhérer librement au syndicat de leur choix et de négocier des conventions collectives avec ces syndicats. Cette réunion mondiale avait la tâche très importante d’assurer un soutien mutuel en garantissant l’application de cet engagement dans tous les établissements Bosch du monde, comme indiqué dans l’accord-cadre international signé avec l’entreprise.

Les délégué(e)s présents à la réunion ont publié une Déclaration internationale de solidarité en faveur des membres du syndicat coréen des métallurgistes (KMWU) qui sont actuellement en conflit avec la direction sud-coréenne de Bosch. Le président du syndical local a été destitué après que les salariés eurent refusé de reprendre le travail le dernier jour de l’année. La direction a prétendu qu’il s’agissait d’une grève illégale, alors que les salariés croyaient que c’était un jour férié qui avait été négocié.

"Les délégué(e)s présents à la réunion mondiale de Bosch ont exprimé leur respect le plus grand et leur sincère gratitude pour le courage, la détermination et l’unité démontrés par nos collègues sud-coréens tout au long de leur conflit. Nous soutenons les efforts de nos collègues et leur combat pour la défense des droits des travailleurs et travailleuses et des droits syndicaux", peut-on lire dans la déclaration.

Durant la réunion mondiale, les principales questions soulevées dans les rapports nationaux concernaient l’investissement et l’emploi, et la nécessité de garantir un avenir et d’assurer des emplois. Lors de la réunion, plusieurs délégué(e)s ont pu parler directement au Conseil de direction de questions particulières et demander d’obtenir une meilleure information que celle obtenue localement. "Cet accès à l’information et l’échange d’expériences étaient des éléments essentiels de la réunion", a déclaré Helmut Lense, directeur du département  de l’automobile de la FIOM.

Une partie très importante de la discussion a porté sur les effets de la crise financière sur les salariés. Principalement en Allemagne, l’adoption de plusieurs instruments de flexibilité a permis d’éviter des licenciements. Ces exemples pourraient servir, dans l’avenir, à venir à bout de situations identiques, sans licenciements massifs, ainsi que dans d’autres pays.

À l’issue de la réunion, tous les délégué(e)s ont accepté de poursuivre les réunions mondiales et ont exprimé leur engagement pour entreprendre des négociations avec la direction en vue d’un accord sur l’organisation régulière de réunions mondiales, ce qui serait également un important pas en avant pour établir et renforcer les relations avec tous les salariés de Bosch.

Les entreprises métallurgiques les plus prisées au monde par Fortune sont syndicalisées

MONDE: Ce que les adeptes des pratiques antisyndicales ne peuvent pas expliquer, c’est que sur la liste publiée récemment par le magazine Fortune des 1000 entreprises les plus prisées au monde, il s’agit 9 fois sur 10 d’entreprises syndicalisées dans le secteur de la métallurgie. Selon CNN Money, la liste des entreprises les plus prisées constitue le nec plus ultra de ces entreprises pour leur réputation. Le résultat de l’enquête menée sur 698 entreprises de 32 pays est une véritable consécration de la syndicalisation. Non seulement beaucoup d’entreprises prisées par leurs cadres, leurs directeurs et les spécialistes de la sécurité sont syndicalisées, mais certaines d’entre elles ont des taux de syndicalisation parmi les plus élevés. L’étude comportait neuf critères allant de la valeur de l’investissement à la viabilité.

Les syndicalistes estiment, et cela semble corroboré par les faits, que tout membre d’un syndicat, tout travailleur ou travailleuse, a son mot à dire sur ce qui se passe au travail, et c’est quelque chose de bien. Le fait de travailler ensemble et de pouvoir faire entendre sa voix sur le lieu de travail facilite les rapports. L’argument selon lequel la syndicalisation empêcherait la main-d’œuvre et la direction de pouvoir fonctionner comme une seule équipe sans influence extérieure ne tient pas la route à l’examen. L’une des entreprises citées, Tata Steel, a travaillé avec son syndicat local dans la ville de Jamshedpur en Inde depuis 1920. Plus récemment, cette entreprise a remporté à quatre reprises le prix World Steel Dynamics de la meilleure usine sidérurgique au monde pour sa culture de travail en équipe.

Rob Johnston, directeur exécutif de la FIOM, a déclaré: "Il est important de dire la vérité sur la syndicalisation, et si les entreprises décidaient en plus grand nombre de faire l’effort nécessaire pour travailler plus activement avec les syndicats au lieu de dépenser des millions pour créer des obstacles à la syndicalisation, on obtiendrait manifestement de meilleurs résultats".

La réponse d’une entreprise à la syndicalisation montre souvent sa véritable motivation et le rôle qu’elle réserve à ses salariés dans le processus de prise de décisions. Quand une entreprise est favorable à la syndicalisation et ouverte aux décisions de sa main-d’œuvre, on a alors une bonne base pour obtenir des réussites. Quand l’entreprise se dissimule derrière de fausses informations ou craint des tactiques et ne compte que sur l’intimidation, cela montre qu’elle n’a aucune croyance dans le travail d’équipe ou dans le droit de ses salariés d’exprimer un choix. Comment peut-on parler de travail d’équipe quand l’un des partenaires prend toutes les décisions sans donner à l’autre la possibilité d’exprimer un choix?