3.1.3 Renforcer les syndicats par l'éducation, la formation et l'échange efficace d'informations

Formation et éducation

S’il y a lieu, la FIOM coopérera avec la CSI, la CSC, l’OIT et les organisations partenaires sympathisantes pour organiser et dispenser l’éducation et la formation visant la création de syndicats nationaux puissants. Le Secrétariat de la FIOM, sur consultation du Comité exécutif et des Régions, donnera priorité à ce travail afin de réaliser au mieux les objectifs du Programme d’action. Dans le cadre d’une coopération avec des organisations donatrices, il sera toujours veillé au maintien de la primauté des objectifs et de l’indépendance de la FIOM. 

L’éducation et la formation visant à renforcer les syndicats incluront des thèmes tels que :

•·               La mondialisation, le renforcement du pouvoir des STN et la remise en cause du néolibéralisme ;

•·               La syndicalisation ;

•·               Les politiques de négociation collective, les compétences en matière de négociation et les structures de négociation collective ;

•·               Les questions de santé et de sécurité ;

•·               L’égalité des droits ;

•·               L’adoption de nouvelles technologies ;

•·               Le développement des compétences et la formation tout au long de la vie ;

•·               Les stratégies de communication interne et externe ;

•·               La gestion financière du syndicat (y compris la collecte efficace des cotisations et une gestion contrôlée et transparente des dépenses) ;

•·               La mise en œuvre, le contrôle et l’application concrète des ACI; et

•·               D’autres questions syndicales présentant un intérêt ou de nature préoccupante.

Conformément aux principes mentionnés ci-dessus aux points 3.1.1 et 3.1.2, la FIOM fournira des ressources destinées à des projets de création de syndicats, à condition que ces projets:

•·               Créent des organisations indépendantes du patronat et du gouvernement ;

•·               Favorisent la démocratie au sein de l’organisation, encouragent les adhérents, en particulier les jeunes et les femmes, à participer aux activités de l’organisation et leur permettent de le faire. Les projets devront contribuer à faire disparaître toute discrimination à caractère politique, racial et sexiste ;

•·               Améliorent la capacité de l’organisation de mener à bien ses propres activités syndicales fondamentales et renforcer son autonomie, en particulier dans le domaine de l’éducation ;

•·               Renforcent la solidarité au sein de l’organisation, entre les syndicats du pays et/ou de la région, et au sein de la FIOM ; et

•·               Soutiennent les syndicats indépendants qui s’élèvent et luttent contre des gouvernements répressifs.

Information

L’information sur les activités de la FIOM et de ses affiliés doit être communiquée de façon plus systématique. Les informations diffusées peuvent aider les affiliés des différentes régions à mieux se connaître et se renforcer.

La FIOM doit :

•·               Œuvrer pour établir un système d’information interne plus efficace, en ayant recours au site Internet de la FIOM, à des lettres d’information, au bulletin trimestriel et autres moyens de communication.


Les affiliés de la FIOM doivent :

•·               Informer le Secrétariat quant à la nature des informations qui les intéressent ; et

•·               Fournir à la FIOM des informations sur leurs activités.

3.1.2 Œuvrer pour l'unité syndicale au niveau national

Dans les pays où les syndicats nationaux sont vulnérables ou ceux dans lesquels prédominent les syndicats d’entreprise, la FIOM coopérera avec ses affiliés en vue de promouvoir l’unité et le renforcement des structures nationales. Dans ce cadre, il s’agira notamment d’élaborer des stratégies destinées à éviter que les organisations de travailleurs/euses ne soient dressées les unes contre les autres ou tombent sous la coupe de la direction. En recourant à des instruments tels que les Conseils nationaux, la FIOM s’efforcera d’éviter la concurrence et encouragera la coopération et la solidarité entre les travailleurs/euses.

Sachant que les syndicats nationaux puissants sont souvent issus de contextes historiques très divers, il est nécessaire de rechercher l’unité d’action, même lorsque l’unification en un syndicat national unique ne paraît pas réaliste. La FIOM s’efforcera prioritairement de faire en sorte que les syndicats que nous soutenons ont la capacité de recruter, de négocier et de hiérarchiser les priorités de travail au niveau national et que les différents syndicats d’un pays soient en mesure de coopérer pour servir les intérêts de l’ensemble des travailleurs/euses de la métallurgie.

Dans les pays où la législation du travail n’autorise pas l’existence de syndicats nationaux, la FIOM œuvrera de concert avec les centrales nationales, d’autres syndicats mondiaux et avec la CSI afin d’aider les travailleurs/euses et leurs syndicats à faire abroger les lois qui font obstacle à la syndicalisation des travailleurs/euses au niveau national.


Pour aider les affiliés à obtenir l’unité au niveau national, la FIOM entend :

•·               Utiliser les structures des Conseils nationaux de la FIOM pour favoriser le renforcement de l’unité et de la solidarité dans l’action ; et

•·               Dans les pays où les affiliés sont majoritairement des syndicats d’entreprise actifs dans des STN, axer ses activités de syndicalisation sur le renforcement des structures nationales et la consolidation de l’unité entre les syndicats en  encourageant des changements dans les structures syndicales.

Les affiliés de la FIOM vont :

•·               Coopérer avec d’autres affiliés au niveau national afin de développer des  positions et plateformes communes sur les questions concernant les travailleurs/euses de la métallurgie, en particulier les négociations collectives.

3.1.1 Syndiquer les non syndiqués

Compte tenu des énormes défis que doivent relever les travailleurs/euses dans l’économie mondialisée d’aujourd’hui, le recrutement demeure une tâche fondamentale pour tous les syndicats, aussi les affiliés de la FIOM devraient-ils entreprendre d’eux-mêmes ces campagnes de syndicalisation.

La transformation de l’emploi stable en emploi précaire, les atteintes portées aux droits syndicaux et la fragmentation des systèmes de négociation collective sont autant de facteurs qui ont gravement restreint notre capacité de recruter et de représenter efficacement les intérêts des travailleurs/euses. De plus, les mutations structurelles de l’emploi, en particulier dans les pays développés, conduisent à une diminution du nombre des cols bleus qui ont toujours été bien syndicalisés et à l’augmentation du nombre de salariés très qualifiés et des travailleurs non-manuels. Pour les syndicats, ces travailleurs sont plus difficiles à syndiquer.

Pour obtenir et défendre les droits des travailleurs/euses de la métallurgie, nous avons besoin de syndicats nationaux puissants dans tous les pays. En conséquence, l’un des objectifs majeurs de la FIOM consiste à encourager les travailleurs/euses à constituer des syndicats nationaux indépendants, démocratiques et représentatifs, qui sont autonomes face aux employeurs, aux  partis politiques et aux gouvernements. Cet objectif inclut aussi la nécessité de pallier les faiblesses des syndicats existants et si nécessaire, de constituer des syndicats nouveaux capables de relever les défis de notre temps.

Toutefois, il ne s’agit pas seulement de ce que font les syndicats. Dans certains pays comme la Biélorussie, la Colombie, la Thaïlande et les Philippines, les gouvernements et les employeurs s’attachent à éliminer les structures syndicales, tuent ou intimident les militants ou encore segmentent les structures syndicales, encouragent le syndicalisme d’entreprise et par là affaiblissent considérablement le potentiel de puissance des syndicats. Tous les travailleurs, quelque soit leur situation, doivent être en droit de se syndiquer. La FIOM et ses affiliés doivent lutter pour obtenir une législation qui autorise les travailleurs/euses à prendre eux-mêmes les décisions concernant leurs structures de représentation, et exerceront des pressions sur les entreprises afin qu’elles respectent les décisions des travailleurs.


Les affiliés de la FIOM doivent :

•·               Donner priorité au recrutement qui est indispensable au renforcement de la puissance des syndicats au niveau national ;

•·               Utiliser des stratégies de syndicalisation au niveau sectoriel et dans les principales STN ;

•·               Assurer un soutien solidaire concret aux syndicats qui s’efforcent d’organiser des travailleurs/euses en tous lieux, en particulier tout au long de la chaîne d’approvisionnement des STN, y compris dans le pays de l’affilié ; 

•·               Lutter pour supprimer les barrières juridiques qui empêchent les travailleurs/euses précaires d’adhérer aux syndicats nationaux ;

•·               Renforcer le recrutement des travailleurs non-manuels, qui représentent une proportion croissante de la main-d’œuvre, afin d’élargir la solidarité et accroître le pouvoir de négociation ; et

•·               Faire pression pour l’élimination des restrictions légales au droit de syndicalisation  des travailleurs non-manuels.

Pour aider les affiliés à recruter, la FIOM entreprend de :

•·               Soutenir les syndicats dans la préparation de leurs propres campagnes et  stratégies de syndicalisation, en particulier pour le recrutement des femmes, des migrants, des jeunes et des travailleurs/euses en situation d’emploi précaire ;

•·               Renforcer ses efforts de sensibilisation au recrutement des travailleurs non-manuels dans toutes les régions, promouvoir l’échange d’informations et d’expériences quant aux outils et aux pratiques de syndicalisation, et examiner les sujets présentant un intérêt particulier pour les non manuels ;

•·               Déterminer et développer les possibilités de syndicalisation qui s’offrent aux affiliés, notamment lorsque les investissements des STN se traduisent par une augmentation du nombre de travailleurs/euses. Le Comité exécutif de la FIOM s’appuyant sur les informations des Régions, déterminera les pays qu’il convient de cibler en priorité dans le cadre de cette action. Seront ainsi retenus des pays tels que la Chine, où la FIOM n’a pour l’instant pas d’affiliés ;

•·               Utiliser les ACI et autres moyens pour mettre sur pied des campagnes de syndicalisation transfrontières ;

•·               Coordonner les activités de syndicalisation :

•§    Tout au long des chaînes d’approvisionnement, en ciblant les sous-traitants et les travailleurs/euses engagés dans diverses formes d’emploi précaire ;

•§    Dans les zones franches d’exportation, où les droits des travailleurs/euses sont ignorés et ces derniers, exploités ; et

•§    Partout où il est possible de coordonner des campagnes de syndicalisation à l’échelle de plusieurs entreprises ou unités de production ;

•·               Offrir des forums d’échange d’informations et d’expériences ;

•·               Mettre en place des formations sur les questions concernant la syndicalisation et la fidélisation des adhérents ; et

•·               Soutenir les initiatives nationales pour modifier la législation afin de protéger  le droit d’association et de négociation collective, en coopérant avec d’autres FSI, avec la CSI, la CSC auprès de l’OCDE et l’OIT.

La FIOM aidera les syndicats qui :

•·               S’investissent dans des activités menant à leur autonomie ;

•·               Ont défini leurs propres priorités et identifié leurs besoins ;

•·               Conduisent leurs activités en conformité avec le Programme d’action de la FIOM ;

•·               Mettent en place des structures syndicales répondant aux besoins locaux et internationaux des travailleurs/euses, et qui incluent des femmes à tous les niveaux ;

•·               Sont en mesure d’organiser des activités ou sont disposés à coopérer étroitement avec le bureau régional de la FIOM compétent ;

•·               S’attachent à établir des structures syndicales démocratiques, indépendantes des partis politiques et des employeurs ;

•·               Sont prêts à coopérer, aux niveaux local, national ou international avec d’autres affiliés à la FIOM ; et

•·               Affrontent et luttent contre les gouvernements répressifs.

3.1 Renforcer la puissance des syndicats nationaux

La FIOM ne sera forte que par la force de ses affiliés et son seul pouvoir est celui que ses affiliés lui confèrent. Notre priorité est donc de construire des syndicats nationaux puissants qui, dans le cadre d’une relation démocratique permanente avec les travailleurs/euses, sont capables d’obtenir de réelles avancées pour les travailleurs/euses par la négociation collective, la syndicalisation des non-syndiqués, les initiatives pour assurer l’unité syndicale au niveau national et le renforcement des syndicats par la formation, l’éducation et l’échange efficace d’informations.

2.8 Alliances, résistance et possibilités

Dans le monde entier, les citoyens se réunissent et se mobilisent contre les effets destructeurs d’un capitalisme débridé, contre la déréglementation à tout va et les abus commis par les entreprises, et appellent à la promotion de la démocratie, des droits humains et de la justice sociale. Différents mouvements sociaux et politiques ont rejeté le consensus néolibéral et suivent une autre voie. Le Forum social mondial, qui a vu le jour en 2001 à Porto Alegre, Brésil, est encore l’espace le plus vaste et le plus ouvert pour nouer des alliances et lancer des initiatives conjointes avec différents acteurs sociaux. Durant la décennie écoulée, un réel changement politique est survenu dans certains pays et surtout en Amérique latine, où des gouvernements démocratiques et progressistes sont arrivés au pouvoir et ont remis en question le modèle économique libéral en renationalisant leurs principales ressources naturelles et en utilisant les bénéfices pour avantager le plus grand nombre plutôt que les élites. De nombreux mouvements et réseaux qui jouent un rôle important dans les politiques locales et mondiales ont dégagé des espaces de dialogue et d’action commune et constitué des coalitions largement ouvertes. 

Les forces sociales progressistes du monde ont maintenant la possibilité de se rassembler et de présenter des alternatives aux politiques néolibérales. Ces alternatives en faveur du développement durable, des droits humains, de l’égalité entre femmes et hommes et de la protection des droits individuels et collectifs dans l’économie, offrent des possibilités de solidarité et d’alliances pour les travailleurs/euses du monde entier.

2.7 Un avenir sans perspectives

La mondialisation de l’économie pourrait être bénéfique aux les travailleurs/euses du monde entier et améliorer les perspectives de progrès social et de développement durable. Toutefois, ces perspectives sont incompatibles avec un programme de déréglementation. L’aggravation des inégalités dans et entre les pays, causée par les politiques néolibérales et le libre échange démontre que les travailleurs/euses ne reçoivent pas une part équitable de la richesse qu’ils créent dans la société. Les pratiques commerciales et industrielles non viables à terme, encouragées par une mondialisation débridée, ont mis en lumière les risques qui pèsent sur l’industrie ainsi que les préoccupations en matière de santé publique, de protection de l’environnement et de changement climatique.

Le changement climatique est une menace pour le développement durable et aura des répercussions négatives sur le bien-être des populations, les activités industrielles et sur l’emploi. Ce problème ne concerne pas que les pays développés, qui restent responsables de la plus grande partie des émissions polluantes de gaz à effet de serre. La croissance rapide et vorace en énergie qui prévaut en Chine, en Inde et d’autres économies en voie d’industrialisation rapide, contribue également à l’accroissement des émissions de gaz à effet de serre.

Le réchauffement de la planète est à présent largement reconnu et considéré comme étant le problème environnemental numéro un pour l’ensemble de l’humanité. On dispose de preuves scientifiques démontrant que la plus grande partie du réchauffement observé peut être imputée à une activité économique débridée et une consommation basée sur l’exploitation massive et excessive des ressources naturelles, causant aussi une pollution industrielle à vaste échelle. La progression rapide des émissions de gaz causées par les transports, l’industrie et les usines qui fonctionnent avec des combustibles fossiles provient d’une mondialisation encouragée par les politiques néolibérales, et notamment de l’expansion démesurée du libre échange et des coûts de transport qui lui sont associés. Aujourd’hui prévaut une forme de production qui ne tient pas compte des coûts pour l’environnement ni des coûts de recyclage et d’élimination. Les scientifiques s’accordent pour dire qu’il est crucial que des mesures immédiates  soient prises, par exemple pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, mettre un terme à la déforestation (notamment de la forêt tropicale humide) et réorienter la production agricole vers des méthodes fondées sur l’agriculture biologique.

De plus, le commerce des déchets dangereux tels que les résidus chimiques et autres déchets industriels, y compris les déchets provenant de centrales nucléaires, doit être soit soumis à une stricte réglementation, soit annulé. A présent, les pays industrialisés déchargent ces déchets dans les pays en développement. Ces derniers les acceptent en contrepartie d’un paiement minimal rapide. De nombreux éléments probants font ressortir que les pays accueillant ces déchets n’ont généralement pas les moyens de les traiter comme il se doit et en toute sécurité. Les déchets sont souvent placés dans des décharges à ciel ouvert, où des enfants et des femmes pauvres viennent chercher de quoi survivre. 

Le combat mondial pour la protection de l’environnement doit pleinement prendre en compte les conséquences sur l’emploi et les ouvertures qui pourraient se présenter. Si la protection de l’environnement a un coût, elle recèle aussi un énorme potentiel de création d’emplois dans les industries de la métallurgie et plus particulièrement, dans les énergies alternatives, la construction et les moyens de transports économes en carburant. La création d’emplois stables, sûrs et de qualité doit figurer au premier rang des mesures de lutte contre la crise de l’environnement. Ces emplois doivent reposer sur une production de biens et services qui sont utiles et à la portée de tout un chacun. Dans la mesure où de nombreux problèmes environnementaux proviennent des lieux de travail, les travailleurs/euses sont les mieux placés pour contribuer à la résolution de ces problèmes. De plus, les syndicats et en particulier les syndicats d’industrie doivent jouer un rôle important au niveau sectoriel, où il convient de porter une attention spéciale aux secteurs de l’automobile, de l’acier, de l’aluminium, de l’industrie aérospatiale et de la production d’énergie électrique – des secteurs essentiels pour l’avenir de notre économie. Au final, ces avancées ne seront possibles que si les syndicats du monde entier et leurs alliés luttent contre le néolibéralisme et pour des politiques nationales efficaces en faveur du développement industriel.

La mondialisation et ses conséquences sociales ont largement contribué à la propagation du VIH/SIDA et d’autres maladies nouvelles. C’est pourquoi de telles épidémies ne sauraient être traitées isolément et doivent au contraire s’inscrire dans le contexte du commerce, des relations de travail et de la protection sociale. Les pays moins développés, qui présentent des niveaux élevés de pauvreté et de fortes inégalités sont particulièrement vulnérables. Le poids des mesures préconisées par les institutions financières internationales a pour effet d’accroître la pauvreté dans les groupes de population les plus marginalisés économiquement. Cela est à la fois nocif au regard de la propagation de la maladie et des mesures à prendre pour endiguer les épidémies. Les syndicats ont un rôle clé à jouer sur le lieu de travail; car ils sont en mesure de protéger les travailleurs et d’élaborer des accords avec les employeurs favorisant l’accès aux soins et au traitement ainsi que la prévention de la discrimination. Les syndicats jouent aussi un rôle social et politique plus général dans la société civile, qui cherche à réduire la pauvreté et le dénuement par l’amélioration des salaires, du niveau de vie et des normes sociales.

La course mondiale aux armements, source de tensions et de conflits dans le monde, est également une menace pour l’avenir durable. Les dépenses militaires mondiales ont augmenté de 45 pour cent depuis 1998. La lutte pour un accès assuré aux ressources énergétiques vitales et autres matières premières est un facteur majeur qui contribue à cette escalade militaire. En même temps, les ressources limitées du monde sont dilapidées en raison d’une surexploitation inutile et également du fait de la croissance démographique. Par ailleurs, l’investissement dans des programmes d’éducation, de santé et d’aide officielle au développement, plus nécessaires que jamais,  reste à la traîne.

2.6 Le système du commerce mondial en plein chaos

Bien trop souvent, les gouvernements privilégient les intérêts des STN plutôt que ceux des travailleurs/euses, ce qui est particulièrement évident lorsqu’il s’agit de questions commerciales. Il n’est donc pas surprenant que le système commercial mondial d’aujourd’hui s’avère toujours incapable de résoudre le problème du développement durable et de répondre aux besoins des travailleurs/euses du monde. Les syndicats s’opposent énergiquement aux propositions actuelles de poursuite de la libéralisation du commerce des biens manufacturés, sachant que de telles mesures seraient fatales aux perspectives de progrès de nombreuses économies en développement et affaibliraient la valeur travail face au capital multinational, à la fois dans les pays en développement et dans les pays développés. Alors que le multilatéralisme est en crise, on observe une prolifération des accords de commerce bilatéraux et régionaux qui, le plus souvent, ont été négociés sans la moindre consultation ou participation des syndicats. 

Les tensions actuelles au sein du système multilatéral s’intensifient en raison des pratiques commerciales déloyales et de  la résistance des gouvernements à intégrer les normes fondamentales du travail de manière contraignante dans les accords de commerce et d’investissement. Le commerce peut être un moteur de développement économique et social, mais cela à condition que l’on change complètement les politiques et pratiques en vigueur. Les violations des normes du travail non seulement portent atteinte aux droits humains mais elles provoquent de surcroît des distorsions économiques, au même titre que les distorsions causées par des subventions déloyales ou des violations des droits de propriété intellectuelle, qui sont quant à elles sanctionnées par l’OMC. 

La participation croissante de la Chine au commerce international a accru la pression de la concurrence sur les travailleurs/euses des pays développés autant que des pays en développement, ainsi que les violations des normes fondamentales du travail.  L’impact sur le développement de l’engagement de la Chine en Afrique et en Amérique latine, motivé par le besoin d’avoir accès à des ressources énergétiques et minérales pour soutenir son industrialisation rapide, est devenu une source majeure d’inquiétude, au même titre que sa politique monétaire.

2.5 Influence croissante des sociétés transnationales

Les STN s’efforcent de transférer leurs risques et les coûts de leur activité sur les épaules des travailleurs/euses, souvent avec l’appui des institutions et des gouvernements. De plus, les délocalisations, l’externalisation et la sous-traitance sont désormais parties intégrantes des stratégies de réduction des coûts des entreprises et visent non seulement les emplois dans la production mais aussi, et de plus en plus, les emplois hautement qualifiés et bien rémunérés dans les activités de conception, de recherche et de développement. Les délocalisations et une grande partie des investissements dans des entreprises nouvelles interviennent dans des pays à faible taux de syndicalisation et dépourvus de syndicats démocratiques, voire de syndicats tout court.

Les STN ont créé des emplois par leurs investissements directs en capital fixe, tout en constituant des chaînes mondiales complexes d’approvisionnement et des réseaux à multiples niveaux, qui desservent des milliers de sous-traitants et de fournisseurs dans le monde entier. Ces réseaux ont ainsi permis aux entreprises de s’approvisionner en biens et services en tout point du globe, de réorganiser rapidement leurs chaînes de production en forçant les travailleurs/euses à s’adapter constamment à de nouvelles exigences de performance, ou encore de quitter le pays sans préavis si elles trouvent une main-d’œuvre moins coûteuse et plus docile ailleurs.

Les STN ont ainsi modifié considérablement le tissu industriel national et international à leur avantage, y compris en déplaçant les centres de décision et en transformant la relation d’emploi sur laquelle reposent en grande partie les systèmes de protection des travailleurs/euses. S’il est bien évident que les STN exercent une forte influence sur les conditions de travail de millions de travailleurs/euses dans le monde, elles se refusent à reconnaître leur influence et affirment ne pas être responsables du sort des travailleurs/euses qui se trouvent tout au long de la chaîne d’approvisionnement.

Les STN ont créé un marché du travail mondial dans lequel les travailleurs/euses d’un même pays et/ou de pays différents sont constamment placés en situation de concurrence les uns vis-à-vis des autres;  de plus, la mobilité sans limites du capital leur permet de tirer parti des disparités de salaires, de conditions de travail et de législation du travail. Il s’ensuit des conflits d’intérêt entre des groupes de travailleurs/euses de différentes régions, ou de différents sites d’exploitation, et également au sein d’un même pays et entre plusieurs pays. Les travailleurs/euses sont poussés à travailler plus vite, pour de moindres salaires et de plus longues durées de travail, d’où une augmentation des problèmes de santé d’origine professionnelle.  La capacité des STN de délocaliser la production et la recherche & développement est une menace non seulement pour les emplois mais aussi pour les salaires et le pouvoir de négociation des travailleurs/euses.

À ce jour, les efforts des syndicats face aux STN ont eu des succès limités. Les travailleurs/euses payent un lourd tribut au processus de délocalisation encouragé par les STN et bon nombre de régions commencent à entrevoir le spectre de la désindustrialisation. Toutefois, l’industrie est un élément clé de la croissance et du développement technologique et social, et également de l’équilibre des systèmes commerciaux. Il est de même vital pour l’emploi. Les politiques des gouvernements sont par conséquent nécessaires pour promouvoir une croissance équitable et durable, faciliter l’adaptation des industries traditionnelles et encourager le développement de nouvelles industries. Dans ce contexte les syndicats ont un nouveau rôle à jouer en intégrant les dimensions sociale et environnementale dans leur stratégie dans l’intérêt de tous les travailleurs.

2.4 Déni des droits fondamentaux des travailleurs

Partout dans le monde, des millions de travailleurs/euses connaissent la répression, l’incarcération, la discrimination et toutes sortes de menaces et de pressions en raison de leur activité syndicale. Des syndicalistes sont tués alors qu’ils ne font qu’exercer leurs droits.

Bien souvent, les normes de travail insuffisantes et l’application laxiste de la législation du travail servent d’arguments pour attirer les investissements étrangers qui font cruellement défaut, à l’instar des pratiques en vigueur dans les zones franches d’exportation. Ces zones emploient aujourd’hui des millions de travailleurs/euses, principalement des femmes. Dans ces zones, où la discrimination et les pratiques abusives sont monnaie courante, toute tentative de création d’un syndicat et de négociation collective est réprimée par l’intimidation, la violence, les licenciements voire des menaces de mort. 

Les politiques des institutions financières internationales ont également lésé les travailleurs/euses partout dans le monde : ces institutions ont imposé des conditions essentiellement conçues pour promouvoir la déréglementation des marchés du travail, la privatisation et la libéralisation, au point que ces politiques ont sapé les droits fondamentaux des travailleurs/euses, aggravé l’instabilité financière, favorisé les inégalités et plongé les travailleurs/euses et leurs proches dans de grandes difficultés économiques.

2.3 Atteintes portées aux syndicats

Cette offensive lancée contre les emplois et l’affaiblissement des liens d’emploi est aussi une atteinte aux droits des syndicats et des travailleurs/euses. Dans de nombreux pays, les employeurs, bien souvent avec le plein appui des gouvernements, s’efforcent de diviser les travailleurs/euses. Les syndicats luttent pour endiguer la baisse de leurs effectifs et la détérioration du climat des négociations collectives. Les tendances néfastes se manifestent sous la forme de changements dans les industries, des statuts d’emploi et des relations du travail, (notamment le déplacement du niveau de négociation de l’industrie ou du secteur vers les accords d’entreprise voire les contrats individuels), auxquels s’ajoute l’action antisyndicale des gouvernements et des grandes entreprises. De plus, les syndicats n’ont pas pris les mesures qui s’imposaient face à la gravité de la situation ainsi qu’à la nécessité de se rénover et se donner les moyens de recruter efficacement. 

Les campagnes antisyndicales agressives menées par les employeurs de certains pays avec l’aide de consultants externes ont largement favorisé cette offensive permanente contre les syndicats et les négociations collectives. Ces activités de destruction des syndicats sont exportées vers d’autres pays et font peser une lourde menace sur les droits des travailleurs/euses du monde entier.