La fermeture de Sidelpa met 400 personnes au chômage

COLOMBIE: une assemblée des actionnaires de Siderúrgica del Pacífico (Sidelpa), appartenant au groupe Gerdau qui avait pris le contrôle de Sidelpa et de Diaco en 2005, a décidé d’arrêter la production et de fermer l’entreprise, ce qui laisse directement ou indirectement environ 400 personnes sans emploi.

L’entreprise a déclaré que la fermeture est due à la crise financière mondiale (variations de la demande mondiale pour l’acier) et à l’arrêt d’un four dans l’aciérie décidé par l’agence gouvernementale chargée de l’environnement, Corporación Autónoma del Valle del Cauca, qui a ordonné le 2 juin 2009 l’arrêt de la production en raison de la pollution de l’air.

Immédiatement après l’annonce de l’entreprise, les 280 salariés employés directement se sont déclarés en assemblée permanente selon le syndicat (Sindicato de Trabajadores de la Siderúrgica del Pacífico). Edgar Perea, vice-président du syndicat, a déclaré à la presse que l’entreprise avait présenté un plan de départs volontaires, tout en ajoutant que "nous n’avons pas accepté le plan car ce que nous voulons, c’est du travail".

Ils ne sont pas les seuls à perdre leur emploi. Plus de 150 travailleurs contractuels et 200 salariés chez Diaco, Cali, qui traite les produits Sidelpa, sont maintenant sans emploi, a déclaré Sintrametal, auquel le syndicat est affilié.

Edward Portilla, vice-président national de Sintrametal, a expliqué que l’entreprise veut "se débarrasser de nous. Elle a licencié près de 200 travailleurs en novembre et décembre, puis mis en œuvre un programme obligatoire de licenciements. Ensuite est venu l’ordre de la CVC, que l’entreprise a utilisé comme raison".

Du fait de la gravité de la situation qui laisse 400 familles sans revenus, le Bureau régional de la FIOM demande à ses affiliés de faire preuve de solidarité avec le combat des salariés de Sidelpa pour conserver leurs emplois.

Une délégation parlementaire va se rendre au Mexique

MEXIQUE/MONDE: Des parlementaires, des responsables politiques et des dirigeant(e)s syndicaux/ales du monde entier demandent au président mexicain, Felipe Calderón, d’accepter de les rencontrer pour aborder la question de l’assassinat qui a eu lieu récemment et la situation des membres du syndicat national des mineurs et des métallurgistes du Mexique (SNTMMSRM) qui sont actuellement détenus et victimes de harcèlement.

En juillet, une cinquantaine de dirigeant(e)s syndicaux/ales et de parlementaires des pays qui sont les principaux partenaires commerciaux du Mexique, participeront à une mission d’enquête de haut niveau. La délégation rencontrera durant les cinq jours de sa visite des hauts fonctionnaires mexicains, des ambassadeurs en poste au Mexique, des membres du syndicat des mineurs, des veuves et des familles des victimes de la violence.

L’envoi d’une mission a été décidé en réponse à l’augmentation marquée de la violence contre les membres du SNTMMSRM, dont beaucoup sont en grève depuis plus de 22 mois dans des mines appartenant à Grupo Mexico qui est la plus grande et la plus puissante société minière du pays. L’influence de Grupo Mexico auprès du gouvernement mexicain a entraîné plusieurs arrestations illégales de membres du syndicat des mineurs, ainsi que la falsification de documents, la corruption et la perversion du système juridique pour tenter de briser le syndicat.

Le SNTMMSRM est un syndicat indépendant, établi de longue date, qui représente les travailleurs/euses dans les mines et la sidérurgie, et qui est un fervent et ardent défenseur des droits des travailleurs/euses. C’est l’un des rares syndicats au Mexique à posséder un programme militant en faveur de la grève.

Les attaques contre le syndicat, qui sont l’objet de plaintes officielles présentées à l’Organisation internationale du Travail et à la Commission interaméricaine des droits de l’homme, ont augmenté au cours des derniers mois. Le gouvernement a bloqué illégalement tous les comptes du syndicat aux niveaux national et local, s’est livré à des attaques brutales contre les grévistes, a poursuivi au pénal et intenté des actions en justice contre des membres du SNTMMSRM. Le 11 juin, un gréviste, membre du SNTMMSRM à Sombrerete, Zacatecas, a été battu à mort quand la violence a éclaté à la mine de Grupo Mexico. Trois autres membres ont été grièvement blessés.

Les parlementaires et les dirigeant(e)s syndicaux/ales demanderont au gouvernement de cesser d’aider la multinationale minière Grupo Mexico dans sa campagne visant à détruire le SNTMMSRM, de débloquer tous les comptes du syndicat saisis illégalement par le gouvernement, et de poursuivre en justice tous les responsables des crimes commis contre des membres du SNTMMSRM.

La délégation est organisée conjointement par la Fédération internationale des organisations de travailleurs de la métallurgie (FIOM), la Fédération internationale des syndicats de travailleurs de la chimie, de l’énergie, des mines et des industries diverses (ICEM), United Steelworkers (USW) et le SNTMMSRM. La décision d’entreprendre cette action a été prise à la Conférence régionale de la FIOM pour l’Amérique latine et les Caraïbes, qui a eu lieu la semaine dernière à Buenos Aires.

3.5 Lutter pour le commerce, le développement et l'emploi durables

Lors de la réunion de son Comité central en 2003, la FIOM a adopté un programme énonçant que la croissance et le développement équitables et durables devaient reposer sur les quatre piliers suivants :

•·               Création d’emplois et pouvoir d’achat ;

•·               Retour à la réglementation du marché financier mondial, incluant entre autres instruments une Taxe Tobin ;

•·               Annulation de la dette ; et

•·               Réforme de l’OMC et des institutions financières internationales.

Tels sont, aujourd’hui plus que jamais, les éléments indispensables d’un programme de développement reposant sur la justice sociale, sur une stratégie adéquate de lutte contre la pauvreté, des règles internationales équitables afin de réguler le commerce et les investissements, et un système multilatéral efficace. Tels sont les axes que la FIOM entend suivre en coopération avec ses affiliés ainsi que d’autres organisations syndicales internationales et des organisations sociales et politiques qui partagent nos idées.

Il faut reconnaître que le mouvement syndical international n’a guère progressé, depuis notre dernier Congrès, en matière de gouvernance mondiale démocratique, de respect des droits humains et des droits syndicaux, et de lutte contre la pauvreté et l’exploitation des travailleurs/euses. C’est tout particulièrement le cas dans les  négociations commerciales : les gouvernements ne tiennent pas compte des travailleurs/euses et n’évoquent que du bout des lèvres les problèmes d’emploi et de développement.

Même si les efforts conjoints des syndicats ont abouti à quelques progrès au plan international, comme l’inclusion des normes du travail dans les principes de la Société financière internationale (SFI) de la Banque mondiale, ces efforts n’ont guère été suivis d’effet. D’ailleurs, le Fonds monétaire international continue de préconiser des politiques de déréglementation qui sapent les droits syndicaux. La Fédération Internationale des Organisations de travailleurs/euses de la Métallurgie réitère vivement la demande des syndicats d’intégrer les droits fondamentaux du travail dans les accords de commerce bilatéraux et multilatéraux. Mais cela ne saurait être suffisant sans mécanismes d’application effective de ces instruments, prenant en compte, notamment, la situation particulière des pays où la législation ne protège guère le droit des travailleurs/euses de se syndiquer et le droit aux négociations collectives.

L’ouverture des marchés devrait être un instrument au service du développement durable. A cet effet, il faut absolument lancer des politiques industrielles en faveur de l’emploi. En fait, il manque encore un maillon fondamental entre l’ouverture des marchés et la croissance durable. Ce maillon manquant, ce sont les emplois – des emplois de qualité pour tous et une juste répartition des richesses pour les travailleurs/euses qui les créent.

Dans ses activités concernant le commerce, la FIOM, en coopération avec ses affiliés, axera principalement son action sur le développement économique et la recherche de l’équité, en prenant en compte les éventuels conflits d’intérêts entre les travailleurs, du fait de l’ouverture des marchés. La création d’emplois de qualité pour tous, afin de produire de la richesse et redistribuer les revenus de façon à réduire les inégalités, est un objectif tout aussi important pour les pays industrialisés que pour les pays en développement. La FIOM coordonnera les efforts de ses affiliés afin qu’il soit donné priorité à ces objectifs dans les politiques commerciales de tous les gouvernements. La croissance durable que nous défendons ne saurait se faire au détriment des autres et nous combattrons pour la recherche de solutions équilibrées qui ne désavantagent pas les plus faibles. Il incombe à la FIOM, et plus particulièrement à son Groupe de travail sur le commerce, l’emploi et le développement, de construire une stratégie de solidarité afin d’harmoniser les intérêts légitimes des travailleurs/euses du Nord comme du Sud. La FIOM continuera à préconiser un débat transparent parmi ses affiliés en vue de traiter les problèmes causés par la libéralisation du commerce et susceptibles d’avoir des répercussions négatives sur les emplois et les droits dans certains pays – tout en protégeant l’emploi dans les autres. 

Les gouvernements doivent intégrer les questions de développement et les droits des travailleurs dans les négociations commerciales, qui doivent explicitement prendre en compte les incidences prévisibles de la libéralisation du commerce sur l’emploi.  De concert avec ses affiliés, la FIOM va continuer à exiger que les gouvernements communiquent des estimations sérieuses sur les nouveaux emplois créés par l’ouverture des marchés et les accords d’investissements étrangers directs. Ceci est indispensable pour éviter les évaluations infondées ou mensongères quant aux conséquences de l’expansion du commerce.

La FIOM, en étroite collaboration avec les autres FSI, la CSI et la CSC, œuvrera pour influer sur les institutions internationales pour qu’elles adoptent un système démocratique doté de règles convenues multilatéralement tenant compte, dans un esprit d’équité, des différents besoins et situations des pays, et des différents groupes au sein des pays. L’absence d’un véritable programme pour le développement rend impossible toute progression des négociations du Cycle de Doha. Dans le même temps, les accords bilatéraux de libre échange servent de plus en plus les intérêts des grandes entreprises et leurs alliés, au détriment des travailleurs/euses et des citoyens. Depuis le dernier Congrès de la FIOM, certains de ces accords se sont heurtés à une opposition efficace, souvent à l’initiative des syndicats. Ces combats sont autant d’exemples d’unité et de solidarité entre les travailleurs de plusieurs régions, sur lesquels la FIOM pourra fonder ses futures actions.

Le développement durable devrait être un objectif prioritaire dans les stratégies des pays en développement qui cherchent à attirer les investissements étrangers. Il devrait aussi constituer un indicateur de réussite, de même la création d’emplois de qualité et d’un système équitable de protection sociale publique. La FIOM coordonnera les actions conjointes et encouragera la solidarité entre ses affiliés des pays en développement et des pays industrialisés, contre la création de zones économiques spéciales, où les incitations accordées aux STN entraînent la suppression des droits humains fondamentaux et des droits syndicaux, et plongent les travailleurs dans une extrême précarité par la détérioration de leurs conditions de vie et d’emploi. 

La FIOM, en étroite collaboration avec les FSI, la CSC, la CSI et d’autres mouvements sociaux qui partagent les mêmes idées, fera en sorte que :

•·               La réglementation des marchés financiers mondiaux exige dans un premier temps une meilleure publicité des transactions, le renforcement du système de contrôle et la réglementation des acquisitions sous forme de LBO ;

•·               Le développement durable soit intégré aux accords de commerce et d’investissement, que l’accès aux marchés soit équitable et équilibré, et que soient mis en place des mécanismes de contrôle transparents pour la mise en application des accords déjà signés ;

•·               Des évaluations d’impact et de durabilité quant à la dimension économique et sociale du développement dans d’éventuels accords de commerce soient effectuées avant la clôture des négociations ;

•·               Les gouvernements engagés dans les négociations d’accords de commerce bilatéraux ou multilatéraux examinent les conséquences de la libéralisation des échanges sur l’emploi, et que celles-ci soient évaluées avec la pleine participation des syndicats ; et que

•·               Le respect universel des droits fondamentaux des travailleurs/euses et des syndicats, tel qu’énoncé dans la Déclaration de l’OIT de 1998, soit stipulé dans tous les accords de commerce et d’investissement bilatéraux et multilatéraux, tout en prévoyant des mécanismes efficaces de mise en application.


La FIOM et ses affiliés s’attacheront à :

•·               Unir les travailleurs/euses de la métallurgie au niveau régional et international pour la recherche de solutions équitables aux conflits d’intérêts suscités par la libéralisation du commerce, qui sont de nature à nuire aux parties les plus faibles ;

•·               Développer la solidarité entre les affiliés pour lutter contre les effets négatifs possibles de l’ouverture des marchés sur l’emploi, dans les pays en développement comme dans les pays industrialisés ;

•·               Lutter contre la résistance qu’opposent les gouvernements à une évaluation transparente des conséquences potentielles des accords de commerce sur l’emploi, avec le concours des partenaires sociaux ; et

•·               Promouvoir les campagnes d’information et de sensibilisation auprès des travailleurs/euses et des populations sur les avantages économiques que les entreprises et les pays qui les accueillent pourraient obtenir si les droits fondamentaux des travailleurs/euses étaient respectés.


La FIOM aidera ses affiliés à:

•·               Surveiller l’impact des accords de libre échange sur l’emploi et les conditions de travail dans les industries de la métallurgie ;

•·               Mobiliser leurs adhérents, en coopération avec leurs centrales nationales respectives ainsi que les partis politiques et les mouvements sociaux de même sensibilité, contre les projets d’accords de libre échange qui porteraient atteinte au développement, aux droits des travailleurs/euses, aux emplois de qualité et aux services sociaux publics pour les travailleurs/euses et leurs familles ; et

•·               Lutter contre les conditions d’emploi précaires résultant des investissements étrangers.

 

3.4.2 Faire progresser les droits fondamentaux en s'appuyant sur les accords-cadres internationaux

La FIOM s’efforcera de défier les STN et leurs chaînes d’approvisionnement en utilisant les accords-cadres internationaux (ACI), les conventions de l’OIT et les Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales ; elle s’appuiera aussi sur la coopération accrue entre les syndicats et, en plus de la solidarité internationale, sur la coopération avec les ONG qui partagent avec nous les mêmes objectifs afin de protéger et promouvoir les droits des travailleurs/euses et les droits syndicaux. Il est essentiel que les syndicats s’attachent à syndiquer les travailleurs sur les sites des entreprises – une condition préalable à la surveillance et la mise en application des droits des travailleurs Pour autant, les ACI ne sauraient remplacer une réglementation intergouvernementale contraignante, qui est indispensable pour faire appliquer les normes fondamentales du travail, et ne sauraient remplacer non plus la législation nationale nécessaire pour contrôler plus efficacement les activités des STN. 

La FIOM s’efforcera de défier les STN en utilisant les accords-cadres internationaux (ACI), les conventions de l’OIT, les Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales et autres moyens de la solidarité internationale, et en s’appuyant aussi sur les alliances avec des ONG qui partagent avec nous les mêmes objectifs en matière de protection et de promotion des droits des travailleurs/euses et des droits syndicaux. Les organisations syndicales jouent un rôle essentiel car sans elles, il serait impossible de surveiller et faire appliquer les droits des travailleurs/euses et notamment ceux inscrits dans les normes fondamentales du travail et les ACI. Les ACI ne nous dispensent pas de la nécessité de recruter, d’avoir des lois nationales pour faire appliquer les normes du travail et une régulation internationale plus efficace des activités de STN. 

En tant qu’instruments négociés au niveau international par les FSI en coopération avec leurs affiliés, d’une part, et les STN, d’autre part, les ACI sont des instruments importants que la FIOM et ses affiliés peuvent utiliser pour établir des normes minimales de travail dans l’ensemble des activités des STN et de leurs chaînes d’approvisionnement. La FIOM a adopté un modèle d’accord-cadre international et des recommandations portant sur quatre grands axes : améliorer le contenu des accords, lancer le processus et négocier, mettre en œuvre et contrôler l’application.

S’appuyant sur l’expérience des ACI déjà négociés avec les STN la FIOM devra :

•·               Renforcer la mise en œuvre, le suivi et l’application pratique de ces accords en recourant aux structures de la FIOM et à ses bureaux régionaux ainsi qu’à la formation et la participation des affiliés dans le but de faire appliquer les bonnes pratiques dans les STN signataires d’un accord-cadre international ;

•·               Après consultation des syndicats couverts par les accords, déterminer les possibilités de renforcer les accords en vigueur et définir les options et moyens optimaux visant à améliorer leur contenu ;

•·               Coordonner la participation des affiliés dans la négociation de nouveaux ACI ;

•·               Explorer les stratégies possibles pour encourager les STN récalcitrantes à négocier et se conformer aux ACI ; et

•·               Mettre en œuvre un programme de formation concernant les ACI, accompagné d’un guide, afin d’aider les affiliés à utiliser ces instruments conformément à la politique de la FIOM.

La coopération des affiliés, en particulier ceux du pays d’origine de la STN, concourt à la réalisation de ces actions.

3.4.1 Renforcer la solidarité et la coopération syndicales dans les secteurs et les STN

Il revient à la FIOM la tâche décisive de développer une solidarité et une coopération efficaces entre les affiliés présents dans les STN de la métallurgie, afin de placer les travailleurs/euses sur un pied d’égalité – bien au-delà des normes minimales. A cet effet, la FIOM et ses affiliés doivent mobiliser les travailleurs/euses des STN et de leurs chaînes d’approvisionnement, et leur offrir la possibilité de participer activement au travail syndical quotidien ainsi qu’aux activités transnationales.

En développant les relations et en renforçant la solidarité de façon permanente avec les représentants syndicaux de différents pays, on améliore la capacité des affiliés d’agir de concert en cas de crise, par exemple en cas de violations des droits des travailleurs/euses, durant des négociations collectives, lors de licenciements de masse ou en cas de restructuration, de façon à empêcher que les travailleurs/euses ne soient dressés les uns contre les autres. La FIOM utilise les réseaux syndicaux mondiaux et les conseils mondiaux d’entreprise de la FIOM pour accroître la capacité des affiliés à travailler ensemble afin de défendre les intérêts des travailleurs/euses au-delà des frontières nationales.

Chaque fois qu’une STN annonce des licenciements ou une régression des conditions de travail dans un pays donné, et que les travailleurs et leurs syndicats sont directement affectés par ces changements, la FIOM coordonnera des actions de solidarité dans tous les pays où opère la STN. Ces actions de solidarité incluront notamment : des campagnes d’information s’adressant aux travailleurs et à l’ensemble de la société ; l’engagement de tous les syndicats à s’opposer au transfert de la production dans le pays du litige vers un autre pays ; manifestations de protestation dans les pays où la STN est active, et chaque fois que possible, interruption de la production et/ou des flux de fournitures. Dans ces campagnes de solidarité, le syndicat du pays du siège de la STN a un rôle décisif à jouer.

Ceci est particulièrement important pour développer la solidarité avec les travailleurs de pays tels que la Chine, où ces travailleurs luttent pour les droits liés au travail et la création de syndicats indépendants et démocratiques. Dans ce contexte, il est également important de nouer des liens avec des organisations extérieures à la FIOM, comme par exemple la Fédération des syndicats de Chine (ACFTU) et ses affiliés de la métallurgie.

Une autre démarche consiste à institutionnaliser les réseaux et les conseils mondiaux d’entreprise de la FIOM de façon à créer des structures mondiales de représentation des travailleurs. Ces structures doivent être représentatives, fonctionner correctement, être financièrement viables et organisées. A cet égard, la FIOM s’appuiera sur l’expérience acquise dans le cadre de la coopération internationale relative aux entreprises dans toutes les régions.

La FIOM poursuit ses efforts pour établir des conseils mondiaux d’entreprise de la FIOM dans les STN. Chaque fois que possible, le financement de ces conseils mondiaux devra être négocié avec les directions des STN, sans transiger sur la participation et le contrôle des syndicats. La direction devrait jouer un rôle dans ces conseils en participant régulièrement à leurs réunions et en communiquant des informations sur la situation, la politique et les investissements de l’entreprise.

Ces conseils d’entreprise de la FIOM devront s’appuyer sur des réseaux syndicaux constitués de coordonnateurs syndicaux responsables issus de différents pays et / ou de sites locaux dans lesquels se trouvent les usines des STN. Ces réseaux ont vocation à garantir que tous les syndicats participent au processus d’échange d’informations.

Des organes mondiaux de représentation des salariés/conseils mondiaux d’entreprise ont été créés dans des entreprises telles que Volkswagen, Daimler, SKF et Rolls Royce. Ils sont composés de représentants des salariés et ont été négociés avec et sont financés par les entreprises respectives.  Les syndicats peuvent être associés sur la base d’un accord ou par des réseaux syndicaux d’appui.  Les affiliés de la FIOM s’efforcent de travailler avec ces comités/conseils afin de mettre en œuvre les politiques de la FIOM.

Le principal avantage de cette coopération nationale, régionale et internationale autour d’une entreprise est que les représentants syndicaux de l’entreprise peuvent échanger des informations et parvenir à des positions partagées. Dans ces conditions, il est possible de coordonner les activités des représentants nationaux ou locaux à l’échelle internationale. Ainsi, les réseaux, les comités d’entreprise mondiaux et les conseils mondiaux d’entreprises de la FIOM offrent la possibilité de développer la solidarité et d’éviter la concurrence entre les travailleurs des différents sites d’une même multinationale.

La FIOM facilitera et organisera des initiatives de formation afin de dispenser aux représentants syndicaux dans l’entreprise et aux responsables syndicaux en charge des STN les compétences internationales et interculturelles requises. L’objectif est ici de favoriser efficacement la coopération au niveau de l’entreprise. La communication entre les représentants syndicaux des entreprises et leur syndicat national devra être organisée en fonction des pratiques qui existent dans les pays respectifs (par exemple, par des dirigeants syndicaux en charge de certains secteurs ou entreprises).

Les réseaux syndicaux, les comités d’entreprise mondiaux/conseils d’entreprise mondiaux et les conseils d’entreprise mondiaux de la FIOM sont en capacité de devenir des organes de négociation. La FIOM peut soutenir cette évolution lorsque les syndicats ont une force suffisante, à condition d’avoir reçu mandat des affiliés et  que les syndicats participent au processus, et dans le respect de lignes directrices de la  FIOM clairement énoncées. Il est nécessaire que la FIOM examine et définisse des lignes directrices relatives au fonctionnement des réseaux construits autour des entreprises, sur la base des  expériences et des débats antérieurs. Il faudrait envisager de concentrer les ressources et les efforts sur un certain nombre d’entreprises clés sélectionnées de manière équilibrée dans les différents secteurs et pays.

Les réseaux syndicaux, les comités d’entreprise mondiaux et les conseils d’entreprise mondiaux de la FIOM s’inscrivent dans le contexte élargi des activités sectorielles de la FIOM et doivent prendre en compte la diversité des structures des chaînes de production et la concurrence dans les industries de la métallurgie. Les activités sectorielles rassemblent les travailleurs/euses d’entreprises concurrentes pour débattre sur l’évolution de la situation et tenter de s’accorder sur des positions communes et des stratégies conjointes. Ces stratégies devraient examiner les tentatives des directions de placer les salariés du secteur en situation de concurrence.

Les réunions sectorielles régionales de la FIOM améliorent la coordination en reliant les forums de travailleurs/euses au niveau de l’entreprise et au niveau du secteur, et favorisent ainsi les activités au niveau mondial. Le développement des activités sectorielles et régionales par des mesures cohérentes axées sur les défis que rencontrent les travailleurs de l’industrie sera facilité s’il intervient en même temps que le renforcement des liens syndicaux au niveau de l’entreprise, sur la base d’une évaluation des travaux déjà effectués.

Les syndicats de certains pays peuvent éventuellement exercer une influence sur les STN par le biais des capitaux détenus collectivement par les travailleurs/euses dans les fonds de pension et de retraite. Les affiliés de la FIOM – et en particulier ceux du pays d’origine des STN – disposent aussi de toute une série de moyens nationaux pour exercer une influence sur la gouvernance d’entreprise. Ces moyens peuvent être utilisés pour promouvoir et protéger les droits des travailleurs/euses et les droits syndicaux tout au long des chaînes mondiales de production, de façon à combattre la corruption dans les directions d’entreprises et les forcer à faire preuve d’une plus grande responsabilité sociale.

Les campagnes mondiales contre les STN qui violent régulièrement les droits des travailleurs/euses et les droits syndicaux sont essentielles pour faire avancer les intérêts des travailleurs/euses. Cela exige le soutien des affiliés de la FIOM, des conseils mondiaux, des groupes d’action et des réseaux, et en recourant aussi aux stratégies éventuelles des capitaux détenus par les travailleurs/euses et de communication.

Pour renforcer la solidarité et la coopération syndicales dans les secteurs et les STN, la FIOM doit :

•·               Faire pression sur les STN afin qu’elles assument la responsabilité des conditions de travail dans leurs activités et dans les chaînes d’approvisionnement, et qu’elles lèvent les obstacles à la liberté syndicale ;

•·               Établir une entente mutuelle entre les syndicats présents dans les STN de la métallurgie afin de placer les travailleurs/euses sur un pied d’égalité bien au-delà des normes minimales ;

•·               Mettre au point une stratégie de réseaux autour des STN ainsi que des  méthodes et outils de travail, sur la base d’une analyse critique des réseaux en place, des conseils d’entreprise et des ressources disponibles dans chacune des grandes STN. Cette stratégie inclura des lignes directrices qui seront élaborées par le Comité exécutif et s’appliqueront au fonctionnement des réseaux tissés autour des entreprises. Elles traiteront du rôle des syndicats du pays d’origine, de la FIOM et d’autres affiliés, en évitant la cooptation par les entreprises, renforceront le rôle des syndicats nationaux et traiteront aussi des outils et protocoles de communication et d’action. Cette stratégie concentrera les ressources et les efforts sur un certain nombre d’entreprises clés réparties sur l’ensemble des secteurs et pays ;

•·               Aider les affiliés à former et coordonner des réseaux syndicaux mondiaux au niveau des STN et/ou au niveau sectoriel. S’appuyant sur ces réseaux, les représentants des salariés au niveau de l’entreprise et des syndicats nationaux pourront régulièrement se livrer à des échanges d’informations et des consultations à l’échelle transnationale ;

•·               Coordonner les activités et concevoir des matériels pédagogiques et d’information afin d’établir une confiance mutuelle et une solidarité, conformément à la devise "L’Union fait la force " ;

•·               Construire des réseaux destinés à échanger des informations et engager des actions. Ces réseaux devront être facilement accessibles, réactifs, efficaces et précis ;

•·               Collecter, analyser et diffuser des informations concernant les industries métallurgiques en accordant une attention particulière aux entreprises et aux branches industrielles qui présentent une forte concentration de travailleurs/euses et d’adhérents. Ces informations porteront sur les négociations collectives, les changements technologiques, les innovations relatives à l’organisation de la production, la durée du travail, les grilles salariales et les classifications, et les actions revendicatives ;

•·               Coopérer avec la Commission syndicale consultative (CSC) auprès de l’OCDE et la CSI en vue de renforcer encore davantage les mécanismes pour influer sur la gouvernance d’entreprise et les plans d’investissement socialement responsables des fonds de pension et des caisses de retraite ; et

•·               Coopérer avec les autres FSI, la CSI, et la CSC pour faire en sorte que les structures de la représentation syndicale dans les entreprises à l’échelle mondiale, de même que les droits à l’information et à la consultation, soient explicitement reconnus par l’OIT et validés par le droit et les règlements internationaux. 

Les affiliés de la FIOM doivent :

•·               Offrir le soutien technique et politique nécessaire à la construction et au renforcement des réseaux ainsi qu’à la coordination internationale efficace de l’information aux niveaux national et régional ; et

•·               Encourager les adhérents au niveau national à développer la confiance mutuelle et la solidarité, de façon à assurer une approche internationale des droits des travailleurs/euses et des droits syndicaux lorsqu’il s’agit de s’opposer aux stratégies des entreprises, notamment lors des processus transnationaux de restructuration.

3.4 Créer un contrepoids au pouvoir des sociétés transnationales

Dans leur course au profit, les STN exercent une énorme pression sur les travailleurs/euses sans se soucier de leurs droits démocratiques, syndicaux et sociaux. Les employeurs, avec l’appui de nombreux gouvernements et des institutions de gouvernance mondiale, s’efforcent de déplacer les risques pour les faire supporter par les travailleurs/euses et réduire ainsi leurs obligations sociales, économiques et environnementales.

Aujourd’hui, les syndicats luttent pour faire contrepoids à l’immense pouvoir économique et à la complexité des STN.  Les réductions de coûts que recherchent les STN se traduisent souvent par la suppression des emplois stables pour passer à l’emploi précaire, la fragmentation des négociations collectives, les restructurations d’entreprises  et les violations des droits humains et du droit du travail. Ces pratiques sont utilisées pour exacerber la concurrence entre les travailleurs/euses et les collectivités à l’intérieur d’un même pays ou entre plusieurs pays, et déclencher la course au moins disant en matière de normes.

Il est nécessaire et urgent de renforcer l’efficacité de la solidarité et la coopération internationales entre les travailleurs/euses de la métallurgie au sein des STN et tout au long des chaînes d’approvisionnement afin d’inverser ces tendances. La FIOM dispose d’une marge de manœuvre considérable pour remettre en cause cette situation et d’une solide expérience, notamment avec ses stratégies et activités destinées à renforcer la solidarité entre les travailleurs/euses des divers secteurs et dans les STN. Néanmoins, la FIOM et ses affiliés doivent œuvrer pour améliorer leurs outils, l’échange d’informations et la confiance mutuelle entre les travailleurs/euses. Cette approche doit reposer sur une analyse critique des forces et des faiblesses de la syndicalisation et de ses réseaux, des conseils et des ressources disponibles dans chacune des grandes STN. Cette analyse sera entreprise par le Comité exécutif de la FIOM, sur consultation de ses structures régionales et sectorielles. 

3.3.3 Lutter pour la sécurité au travail

Chaque année, plus de deux millions de personnes décèdent à la suite d’accidents du travail ou de maladies professionnelles. La sécurité au travail présente de fortes disparités selon les pays, les secteurs économiques et les groupes sociaux. Les décès et les accidents du travail prélèvent un lourd tribut parmi les travailleurs/euses des nations en développement. Les réductions d’effectifs, l’externalisation, la sous-traitance et le travail temporaire créent de piètres conditions de travail. Bien que l’environnement physique du lieu de travail se soit amélioré au cours des dernières décennies, des millions de femmes et d’hommes dans le monde travaillent toujours dans des conditions dangereuses. C’est pourquoi, compte tenu de la priorité donnée à la prévention,  la défense et l’amélioration de la santé et de la sécurité au travail sont un devoir syndical fondamental qui devrait devenir prioritaire pour tous les affiliés de la FIOM.

Il est encore difficile d’interdire certains produits dont on connaît pourtant bien les dangers, par exemple l’amiante, mais à cela s’ajoute l’introduction de nouveaux produits chimiques et de nouvelles technologies, diffusés sans recherche préalable suffisante, et qui constituent une nouvelle menace pour la santé et le bien-être des travailleurs/euses. Dans ce cadre là, ce principe de précaution doit s’appliquer aux nanomatériaux dont la dangerosité commence à percer à la suite de nombreuses études. Cette précaution est d’autant plus urgente que ces matériaux entrent dans la composition de nombreux produits comme des vêtements, de cosmétiques, des composites, l’automobile, les lunettes, peintures etc.. Le cancer professionnel est de loin la cause de décès liée au travail la plus répandue. Il s’agit là d’un problème qui n’alarme pas les directeurs des grandes entreprises, qui ne répondent qu’aux actionnaires lors des assemblées générales annuelles. Les causes sont passées sous silence, les corps sont mis en terre, les entreprises se soustraient à leurs responsabilités, et les décès continuent sur les lieux de travail en raison d’expositions pourtant prévisibles et évitables.

La FIOM et ses affiliés doivent redoubler d’efforts afin de mettre un terme à ces pratiques. Il est indispensable d’établir des comités de santé et de sécurité efficaces sur tous les lieux de travail, détenant une bonne connaissance des dangers spécifiques au lieu de travail. Les actions préventives doivent se fonder sur des recherches, des éléments de preuve et des lois rigoureuses de  santé et de sécurité, qu’il convient de promouvoir en veillant à leur application pratique. La santé et la sécurité sont des sujets très importants pour les syndicats. Généralement les lieux de travail syndiqués sont des lieux plus sûrs qui offrent de meilleures conditions de travail.

Le mouvement syndical international doit œuvrer pour faire inclure les conventions et les recueils de principes et de bonnes pratiques de l’OIT dans la législation nationale et dans les conventions collectives, et veiller à leur mise en application.

La FIOM doit encourager les affiliés à élaborer des stratégies de syndicalisation axées sur le thème de l’amélioration de la sécurité et de la qualité des lieux de travail. Ces stratégies peuvent être liées à la campagne pour le travail décent. La campagne pour le travail décent devrait être élargie pour inclure la pratique de salaires fixes et de contrats d’emploi de durée indéterminée, des horaires de travail respectueux de la santé et de la vie familiale, une protection contre les exigences excessives de résultats, le maintien de l’employabilité des travailleurs, un système participatif de protection de la santé et de la sécurité, la formation et le perfectionnement des compétences.


La FIOM doit :

•·               Coopérer avec la CSI, la CSC et les FSI pour faire en sorte que l’OIT offre une assistance technique aux gouvernements, employeurs et syndicats en vue d’améliorer leur connaissance de la législation en vigueur dans le domaine de la santé et de la sécurité au travail ;

•·               Traiter les questions de santé et de sécurité professionnelles dans les réunions aux niveaux régional, sectoriel et des entreprises ;

•·               Continuer de développer la campagne pour un niveau zéro de cancer professionnel ;

•·               Continuer de faire campagne pour l’interdiction internationale de la production, l’importation, l’exportation et l’utilisation de l’amiante ; et

•·               Maintenir les pressions sur les gouvernements nationaux afin qu’ils mettent en œuvre des programmes de transition pour les travailleurs/euses déplacé(e)s en raison de l’interdiction de l’amiante, et faire en sorte que les coûts de  traitement et d’indemnisation des travailleurs/euses souffrant de maladies liées à l’amiante soient pris en charge par les employeurs.


La FIOM aidera les affiliés à :

•·               Informer les instructeurs et leur enseigner les notions fondamentales de santé et de sécurité au travail, et une fois formés, ceux-ci seront chargés d’assurer la formation des délégués au niveau des entreprises ;

•·               Veiller à la mise en place de comités de santé et de sécurité performants sur tous les lieux de travail ; 

•·               Utiliser la santé et la sécurité comme outil de recrutement des travailleurs/euses et pour créer des syndicats puissants ; et

•·               Mettre au point des stratégies concernant le VIH/SIDA et autres épidémies nouvelles.

3.3.2 Lutter pour l'égalité des droits

Tous les travailleurs/euses devraient jouir des mêmes droits, indépendamment de leur sexe, âge, nationalité, appartenance ethnique, handicap, orientation sexuelle ou religion.  Pourtant, dans de nombreux pays – dont des pays industrialisés – les employeurs de la métallurgie continuent à discriminer impunément les travailleurs sur la base de tels critères. La FIOM coopérera avec ses affiliés afin d’éradiquer la discrimination au travail sous toutes ses formes. Partout dans le monde, de nombreux travailleurs/euses subissent des discriminations et se voient dénier leurs droits à la liberté d’association et à la négociation collective. C’est pourquoi la FIOM s’attachera en priorité à aider ses affiliés à mettre au point des stratégies spécifiques de syndicalisation, par exemple afin d’améliorer les taux de syndicalisation chez les femmes, les travailleurs/euses migrant(e)s et les jeunes travailleurs/euses, en particulier dans les zones franches d’exportation où se pratiquent encore les atteintes aux droits syndicaux et la répression des syndicats. Il est évidemment urgent que les syndicats procèdent à une évaluation afin de savoir s’ils doivent adopter de nouvelles approches pour répondre aux besoins et aux aspirations des femmes, des jeunes et des travailleurs/euses migrant(e)s – des groupes qui sont sous-représentés dans les syndicats de la métallurgie mais qui sont de plus en plus nombreux à entrer dans l’industrie. Il est nécessaire de modifier les structures, la culture et les pratiques syndicales qui dissuadent les travailleurs/euses de se syndiquer, et faire en sorte que l’égalité des droits s’applique à l’ensemble des travailleurs/euses.

Aux termes de la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées, la discrimination est avérée lorsque les personnes handicapées ne sont pas en mesure de participer en tant que membres à part entière à la vie sociale et lorsque les droits humains et les droits des travailleurs leur sont déniés. En ce qui concerne les travailleurs âgés en particulier, notamment les travailleurs handicapés et de santé fragile, de nombreux pays doivent intensifier leur lutte contre la discrimination et l’exclusion sociale du marché du travail et de la formation continue que subissent ces personnes.

Du fait de la discrimination, les femmes, les migrants et les jeunes travailleurs/euses sont surreprésentés dans l’emploi précaire. Le phénomène atteint des niveaux extrêmes chez les travailleurs/euses migrant(e)s, en particulier lorsqu’une terrible pauvreté les laisse sans protection contre les organisations sans scrupules et parfois criminelles qui exploitent leur vulnérabilité. La FIOM encouragera ses affiliés à confronter leurs stratégies pour établir des contacts avec les travailleurs/euses migrant(e)s et les syndiquer, afin d’améliorer leurs conditions de travail en les incluant dans les négociations collectives.

Le double fardeau du travail professionnel et familial que portent les femmes les contraint parfois à accepter des emplois précaires, qui ont des conséquences néfastes pour elles-mêmes, leur famille et la collectivité. La FIOM s’attachera prioritairement à mettre en lumière les effets disproportionnés du travail précaire sur les travailleuses et à promouvoir des mesures correctrices, en portant une attention particulière à l’écart salarial entre les femmes et les hommes et à la segmentation sexiste qui interdit aux femmes l’accès à de meilleurs emplois.

La représentation des femmes à tous les niveaux de l’organisation syndicale est toujours insuffisante. Les efforts consentis par les syndicats pour organiser les travailleuses sont entravés par l’existence de structures qui refusent aux femmes l’accès aux postes de direction.  La FIOM continuera d’œuvrer avec ses affiliés pour corriger ce déséquilibre et les aider à surmonter les barrières qui entravent la représentation des femmes dans les structures syndicales et leur participation aux élections. Il sera mis l’accent sur la nécessité d’encourager une plus forte participation des jeunes travailleurs/euses dans les structures syndicales.


La FIOM doit :

•·               Aider ses affiliés à conduire la lutte contre la discrimination au travail sous toutes ses formes ;

•·               Soutenir les activités des affiliées en matière de recrutement dans les zones franches d’exportation et encourager l’échange mutuel d’informations sur leurs actions les plus réussies ;

•·               Coopérer avec la CSI et d’autres FSI, en particulier la Fédération Internationale des Travailleurs du Textile, de l’Habillement et du Cuir (FITTHC), afin de remédier à l’absence de syndicats dans les zones franches d’exportation ;

•·               Aider ses affiliés à éliminer les contraintes qui privent les personnes handicapées de l’accès à l’égalité des chances dans le travail. La FIOM appuiera aussi les programmes centrés sur les questions relatives aux personnes handicapées dans toutes les activités des syndicats et de l’OIT ;

•·               Aider les affiliés à déterminer et supprimer les obstacles qui entravent l’égalité de participation et de représentation des femmes dans leurs syndicats ;

•·               Surveiller et divulguer les informations relatives à l’impact du travail précaire sur les femmes, les migrants et les jeunes travailleurs/euses, en encourageant notamment les affiliés à effectuer leur propre analyse de l’égalité entre femmes et hommes dans le travail précaire, et prendre des mesures pour réduire le double fardeau de l’emploi et des travaux ménagers ;

•·               Veiller à ce que les mesures prises pour améliorer les conditions des travailleurs/euses précaires tiennent tout particulièrement compte des besoins des femmes, des migrant(e)s et des jeunes travailleurs/euses ;

•·               Offrir aux affiliés la possibilité d’échanger des données d’expériences et des stratégies en vue d’établir le contact avec les travailleurs/euses migrant(e)s internes et externes et de les syndiquer ; et

•·               Attirer l’attention sur les difficultés que rencontrent les jeunes à trouver un emploi sûr, correctement rémunéré et assorti de conditions de travail décentes, et appuyer les affiliés qui tentent de remédier à ces difficultés.

3.3.1 Lutter pour les droits syndicaux

Le droit universel et fondamental des travailleurs/euses de constituer des syndicats indépendants ou d’y adhérer et de négocier collectivement avec leurs employeurs est la base du syndicalisme. La FIOM a toujours donné la plus haute priorité à la lutte contre la répression des syndicats et les violations des droits des travailleurs/euses et des droits humains. La FIOM continue d’exiger des règles intergouvernementales contraignantes sur la mise en application des normes fondamentales du travail, en considérant qu’il s’agit là d’une nécessité absolue. Les normes fondamentales du travail adoptées par l’OIT doivent être intégrées à la fois dans les accords de l’OMC et dans les accords bilatéraux et multilatéraux. Aux fins de superviser la présence des normes de l’OIT dans les accords de l’OMC, il convient de renforcer et d’élargir les mécanismes de contrôle mis en place par l’OIT, ainsi que l’exige la Déclaration de l’OIT de 2008 sur la justice sociale pour une mondialisation équitable. Ces revendications exigent un redoublement des efforts de la FIOM et de ses affiliés, en coopération avec les autres FSI, la CSI et la CSC. Nous devons être plus visibles, en particulier lorsque nous exprimons notre soutien aux syndicalistes exposés à de graves dangers, y compris l’intimidation, les attaques, les enlèvements, l’emprisonnement, voire le meurtre.

Il revient aux Etats et aux gouvernements nationaux la responsabilité première de mettre en œuvre des règles intergouvernementales assorties de sanctions afin de faire appliquer et de concrétiser la dimension sociale de la mondialisation. Des engagements de la part des entreprises, par exemple les ACI, peuvent constituer une protection supplémentaire pour les travailleurs.

À l’ère de la mondialisation, les possibilités d’actions internationales de solidarité ont certes augmenté mais le poids de ces actions dans la lutte pour la progression des droits syndicaux est d’autant plus décisif à présent. La puissance de l’action solidaire n’est rien d’autre que la force collective qui la sous-tend. Pour qu’une action soit efficace, il faut adopter une double stratégie: d’une part, faire pression sur les gouvernements qui violent systématiquement les droits humains et les droits syndicaux et, d’autre part, lancer des actions contre les comportements antisyndicaux des entreprises. À cet effet, il est particulièrement important d’exercer des pressions sur les employeurs tout au long de la chaîne d’approvisionnement des entreprises.

En outre, les employeurs ne doivent pas être autorisés à profiter d’un cadre juridique qui les met à l’abri de toute poursuite judiciaire pour violation des droits fondamentaux, comme c’est le cas en République de Corée, où le code pénal autorise les entreprises à poursuivre les syndicats en justice et demander l’incarcération des dirigeants syndicaux en invoquant le chef d’accusation "d’entrave aux affaires". De telles situations exigent des actions soigneusement conçues, fondées sur une collaboration étroite et systématique entre la FIOM, ses affiliés, les autres FSI, la CSC et la CSI.  Pour autant, le plus important reste la solidarité internationale des travailleurs/euses dans le cadre d’une organisation résolument engagée au niveau local, faute de quoi aucune action de solidarité internationale ne saurait être efficace.

La FIOM et ses affiliés doivent aller au-delà de la simple coordination. La FIOM doit promouvoir et conduire des campagnes afin de réagir efficacement lorsque les STN ou certains pays ou régions commettent des violations des droits des travailleurs. A cet effet, les affiliés doivent pleinement s’investir dans la mobilisation de leurs adhérents et être en mesure d’appliquer des stratégies communes dans le cadre de leurs pays respectifs. Cela suppose qu’ils assurent un flux de communication avec leurs adhérents pour consolider leurs efforts de mobilisation. Ce n’est qu’en disposant d’un système efficace et de l’appui et l’approbation des adhérents que nous pourrons riposter aux violations des droits dès qu’elles sont perpétrées. 


La FIOM doit coopérer avec ses affiliés et les autres FSI, la CSC, la CSI et les organisations non-gouvernementales (ONG) afin de :

•·               Faire appliquer les mesures de protection des droits des travailleurs/euses et des droits syndicaux en s’appuyant sur les ACI, les Principes directeurs de l’OCDE, les conventions de l’OIT et les accords de commerce qui intègrent les normes fondamentales du travail de l’OIT et les normes sociales minimales ainsi que des sanctions en cas d’infraction de façon à compléter les efforts de mobilisation sur le terrain ;

•·               Mettre au point des stratégies et promouvoir des actions conjointes pour obtenir une réglementation contraignante à l’échelle intergouvernementale sur l’application de normes sociales minimales. Cela suppose une mobilisation et un redoublement des efforts aux niveaux international et national en vue de promouvoir le respect universel des conventions fondamentales de l’OIT sur le plan juridique et dans la pratique ;

•·               Dénoncer publiquement les gouvernements et les entreprises qui exploitent les travailleurs/euses et violent les droits syndicaux, et organiser des actions de solidarité sur des thèmes spécifiques pour réduire le travail précaire, la sous-traitance, les systèmes de salaires à deux vitesses et les projets de législation visant à saper les droits des travailleurs/euses ;

•·               Diffuser immédiatement et efficacement des informations concernant les atteintes aux droits syndicaux à travers un système de réaction rapide ;

•·               Établir des réseaux de solidarité aux niveaux local, régional et international ;

•·               Créer sur le site Internet de la FIOM une page consacrée à la solidarité, qui pourra être consultée lors d’actions de solidarité ou à titre informatif, contenant aussi les directives de l’OIT à suivre en cas de plainte ainsi que des mises à jour relatives au déroulement des campagnes, des informations d’actualité et autres informations ; et

•·               Fournir aux affiliés et partenaires des informations sur les actions, leurs résultats, l’évaluation des résultats acquis et les futures stratégies d’action pour faire avancer les droits syndicaux.


La FIOM apportera son aide aux affiliés pour s’assurer :

•·               Qu’une riposte rapide est organisée lors de toute atteinte d’une STN aux droits des travailleurs/euses, en déclenchant le processus d’information et de mobilisation des salariés d’une même STN dans tous les pays où elle opère, et la mise en œuvre d’une action collective et en recherchant la coopération entre les affiliés de la FIOM dans ces pays. 


Les affiliés de la FIOM devront :

•·               Mobiliser le soutien de leurs adhérents dans la lutte contre les syndicats parrainés par l’employeur, contre la législation antisyndicale, les tactiques destinées à briser les syndicats et les conflits liés aux relations du travail ;

•·               S’assurer que l’information sur les violations des droits est immédiatement relayée par le système de réaction rapide de la FIOM et que des mises à jour sont diffusées en temps voulu sur les événements récents et les actions en cours au niveau local ;

•·               S’engager à participer activement aux campagnes mises au point par la FIOM et entreprendre des actions conjointes avec d’autres syndicats nationaux et d’autres organisations sociales partageant les mêmes idées ;

•·               Inclure les questions relatives aux droits dans les outils de formation et d’éducation pour s’assurer que les actions de solidarité et la prise de conscience des droits syndicaux atteignent les travailleurs/euses de la base ;

•·               Diffuser publiquement les atteintes aux droits, les initiatives de solidarité et les actions lancées au niveau international ; et

•·               S’assurer qu’aucun des avantages garantis aux salariés d’une STN dans un pays ne soit basé sur une atteinte aux droits des salariés dans un autre.

3.2 Renforcer la négociation collective

Négocier et renforcer la négociation collective est l’activité essentielle des syndicats et cela reste le meilleur outil pour améliorer les salaires et les conditions d’emploi, réguler la relation entre employeurs et travailleurs/euses et résoudre les problèmes qui surgissent sur le lieu de travail. Son impact va bien au-delà du lieu de travail et influe sur les conditions de vie et certaines perspectives de développement des collectivités. La négociation collective devrait de plus en plus être utilisée comme outil d’ouverture des syndicats à la collectivité et devrait aussi promouvoir les intérêts généraux des travailleurs/euses en tant que citoyen(ne)s et consommateurs/trices.

Depuis une dizaine d’années, le mouvement syndical subit les attaques des employeurs, des gouvernements et leurs alliés, qui sont déterminés à affaiblir la négociation collective et saper ainsi le mouvement syndical. Les employeurs en particulier cherchent résolument à supprimer la négociation collective au niveau national, sectoriel et parfois même au niveau de l’entreprise. En utilisant la menace d’une délocalisation de la production et des services, les employeurs font aussi pression pour obtenir davantage de flexibilité et autres concessions. Ils imposent aux salariés de nouvelles formes d’emploi et pratiques de travail qui augmentent le stress et l’insécurité. Dans les pays en développement, les investisseurs étrangers en particulier exigent une déréglementation de la législation du travail et d’autres modifications législatives qui ont des conséquences négatives sur les perspectives de développement de ces pays.

La FIOM veillera avec ses affiliés à ce que les conventions collectives continuent d’offrir un cadre de référence permettant d’intervenir sur toutes les questions de travail, y compris l’obtention de salaires décents et de conditions de travail correctes, notamment en matière de durée et d’organisation du travail, de cadences de travail et de santé et de sécurité.

Dans la mesure où les entreprises fonctionnent de plus en plus à l’échelle mondiale, à plus long terme, les négociations collectives devront aussi se dérouler au niveau international, dans le  respect des droits des syndicats nationaux – tel est l’objectif de la FIOM. Dans un premier temps il sera nécessaire d’établir un système d’information et de coordination.


Pour développer et renforcer les activités mondiales et nationales de négociation collective, la FIOM doit :

•·               Concevoir des moyens d’échange d’informations sur les négociations collectives en s’appuyant sur l’expérience acquise au niveau régional en Europe et ailleurs ;

•·               Développer des approches communes dans les négociations parmi les affiliés au niveau mondial, par exemple en s’accordant sur des positions syndicales mondiales pour des questions telles que l’emploi précaire et la formation ;

•·               Conduire des négociations transfrontalières avec les STN en recourant aux réseaux syndicaux mondiaux existants et à l’appui d’un coordinateur de la FIOM, sur la base de mandats des affiliés clairement formulés et conférés au cas par cas. Ces négociations transfrontalières devront s’inscrire dans un cadre d’action sous la forme de lignes directrices élaborées par le Comité exécutif de la FIOM avec l’appui du Secrétariat.  Les lignes directrices énonceront aussi le rôle des coordonateurs. Les négociations pourraient porter non seulement sur les ACI mais aussi sur des sujets tels que la santé et la sécurité, la formation, l’accès à l’information et autres questions d’intérêt commun ;

•·               Aider les affiliés à renforcer leur capacité de négociation collective au niveau national.


Les affiliés de la FIOM doivent :

•·               Communiquer aux autres affiliés des informations sur leurs résultats d’expérience en matière de négociation collective ; et

•·               S’efforcer de lever les obstacles juridiques à la négociation collective aux niveaux national et sectoriel.